Culture

Song’s Story’A #9 : Tomorrow Never Knows

Pour ce nouvel épisode de Song’s Story’A, je vais vous parler d’une des chansons les plus marquantes de la période psychédélique anglaise qui résulta du Swinging London. Dernier titre du septième album des Beatles, Revolver, qui marque déjà une rupture avec un style plutôt « propre » adopté depuis le début par le groupe, Tomorrow Never Knows est à ce titre extrêmement mythique, tant par la structure atypique que par le contexte de création du titre.

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Je vous propose l’écoute de la version originale en deux versions.

La version mono – version originale –, plébiscitée par le Chevalier, mais pas par moi. Pourquoi ? En tant qu’autiste et hyperacousique*, le côté bloc monolithique de tout ce déferlement de son a tendance à me taper sur le système.

*Ceci veut dire que mon oreille interne amplifie la plupart des sons. C’est pour cette raison que j’entends encore des ultrasons, bien que j’aie plus de 25 ans. Le Chevalier me précise également que les versions mono contiennent également une quantité non négligeable d’infrabasses. Ceci explique mon malaise à l’écoute.

Et donc voici la version stéréo – version mixée avec les pistes de départ –, aux sonorités amplifiées et diffuses. Cette version m’est plus agréable, parce que je n’ai pas l’impression de me prendre toutes les subtilités sonores comme un coup de poing dans la gueule.

Enfin, voici les paroles, pour le moins énigmatique aux esprits les moins avertis.

Turn off your mind, relax and float down stream…
It is not dying, it is not dying…

Lay down all thought surrender to the void…
It is shining, it is shining…

That you may see the meaning of within…
It is being, it is being

That love is all and love is everyone…
It is knowing, it is knowing…

That ignorance and hate may mourn the dead
It is believing, it is believing…

But listen to the color of your dreams
It is not living, it is not living…

Or play the game existence to the end
Of the beginning (ad lib)…

Bref, voici donc une chanson qui mérite une explication de texte un petit peu plus poussée que les autres épisodes de la série.

Contexte de création

John Lennon, en 1966, consomme du LSD depuis deux ans. En parallèle, il lit l’ouvrage des psychologues Timothy Leary, Richard Alpert et Ralph Metzner, The Psychedelic Experience, qui se veut être une adaptation occidentale du Livre des Morts tibétain et également une préparation spirituelle à l’absorption de drogues. Kamoulox. En parallèle encore, George Harrison s’intéresse de près aux musiques indiennes et aux spiritualités orientales, ce qui explique la présence omniprésente du sitar dans tous les albums des Beatles post-Revolver.

Quand les quatre larrons retournent en studio en avril 1966, ils n’ont rien enregistré depuis novembre 1965 et reviennent de quelques semaines de vacances après des tournées un peu mouvementées. C’est la première fois que le groupe fait une pause aussi longue dans sa carrière et cela va changer la vision artistique et créative du groupe. On passe d’un Rubber Soul encore très propre à des trucs de tarés, où, selon moi, les Beatles puisent leur vérité (le summum selon moi étant les démos d’Esher, en mai 1968, qui furent enregistrées en préambule de l’album blanc et qui auraient très bien pu le surpasser avec un enregistrement professionnel).

Les étapes de création

Il faut savoir que la vision sous acide de John Lennon n’est pas sortie d’un bloc. Il a fallu plusieurs strates et plusieurs personnes pour connaître celle que l’on connaît actuellement.

La première version posée par Lennon sur sa guitare pourrait ressembler à ceci. Précision : c’est une cover, donc ceci est bien une approximation et, je dirais même, la vidéo que je poste est peut-être une pure foutaise. Si c’est le cas, je suis disposée à le reconnaître.

Après moult réunions préliminaires chez George Martin, il est admis que la chanson se déroulerait sur un seul accord de guitare (le Do majeur) et sur diverses expérimentations de bidouillage sonore, soit du fait de Lennon (les guitares en backwards) lui-même, soit du fait de Paul McCartney (les « cris de mouette »), soit du jeune ingénieur du son Geoff Emerick, qui avait à l’époque 20 ans. C’est grâce à lui qu’a été fait le travail sur la voix et la batterie (qui donne l’impression d’être backmashée). Mais entre la première prise le 6 avril 1966 et le mix final le lendemain, il s’est passé beaucoup de choses. Pour s’en apercevoir, voici la prise une de la chanson :

Oui, je sais, c’est moche.

Pour obtenir le résultat final, il a fallu :

- Travailler sur place les effets sonores. La batterie a été travaillée avec un limiteur Fairchild, sauf la caisse claire qui est amplifiée différemment. D’ailleurs, si cela n’avait pas été amplifié de la sorte, cela aura résulté à la tournerie utilisée par le fils de Ringo Starr, alias Zak Starkey, sur la chanson Falling Down du groupe Oasis.

- Enregistrer certains instruments isolément (les guitares, notamment), les backmasher et les accélérer si besoin est. L’effet « cris de mouette » proposé par McCartney est notamment fait avec des voix criées, inversées puis accélérées.

Maintenant qu’on a bien analysé toute la chanson, voyons les réinterprétations.

La new-wave : Phil Collins, 1981

Bizarrement, bien qu’une quinzaine d’années aient passé et que les bidouillages sonores soient devenus légion, Phil Collins a décidé de reprendre les éléments qui ont fait le charme de la version originale. Sauf qu’il a décidé de prendre une batterie très planante et des claviers hypnotiques, tout en intégrant des petits sursauts sonores pour éviter qu’on s’endorme totalement. Résultat : si Lennon avait pris de la beuh, c’est ce qui aurait résulté de son trip.

La version des héritiers : Noel Gallagher (Oasis), Johnny Marr (The Smiths), Kelly Jones (Stereophonics) et Cornershop, 1998

On a là beaucoup de musiciens britanniques qui officient depuis les années 1980 et 1990 et qui se réclament des Beatles. Que font-ils ? Etant donné que Cornershop s’est fait connaître en mêlant brit-pop et influences indiennes traditionnelles, ce super-groupe a décidé de prendre le contrepied de la base rock. Résultat : une chanson folk, planante et respectant une certaine idée de l’inspiration indienne telle qu’on se la faisait dans les années 1960. Une réussite.

La version contemporaine : Alison Mosshart, 2010

La chanteuse de The Kills, mais aussi de The Dead Weather, entre autres collaborations et projets personnels, a fait une version très rock et glamour pour la bande originale du film Sucker Punch (2010). Le résultat reprend la rythmique hypnotique de Ringo Starr, mais intègre une orchestration rageuse et des violons qui réinterprètent de manière baroque l’aspect planant de la chanson.

Bonus Track : The Chemical Brothers feat. Noel Gallagher, Setting Sun, 1997

Déjà, ce qui saute à l’oreille, c’est la tournerie de batterie reprise pleine balle. Ensuite, les larrons de Manchester ont décidé de reprendre la structure mono-mélodique de la chanson de départ pour faire un remix d’un titre écrit par Noel Gallagher dès 1992.

A bientôt pour de nouvelles aventures musicales…

(cc) Jodi

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