Humeurs

Par devoir de mémoire

La mémoire est un devoir. Au nom de l’Histoire. En écho à ma propre histoire. Au nom de toutes les histoires parmi tant d’histoires…

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Ma mère est née à l’île Maurice, petite île de l’Océan Indien où les corsaires bretons ont débarqué en 1715. A leur arrivée, ils l’ont appelée « île de France ».

Pendant près d’un siècle, les subtilités de la langue et le savoir-vivre « à la Française » se sont intégrés à la culture créole. Et même après l’arrivée des Anglais en 1810 et jusqu’à l’Indépendance de l’île en 1968, beaucoup de Créoles ont gardé en eux l’héritage de la culture française, même si la langue officielle et administrative reste l’anglais.

Ainsi, croyez-le ou non, le nom de famille de ma mère avait une consonance typiquement bretonne. Après quelques recherches sur le net, on retrouve l’histoire de corsaires ayant en effet porté ce nom… Je suis donc née d’une mère d’origine étrangère, naturalisée Française par amour, dont l’histoire a pris racine en Bretagne il y a plusieurs siècles.

Mon père est né en Normandie, terre sacrée des Celtes, conquise par les légions romaines puis par les Vikings. Un point de chute stratégique pour les conquérants venus de la mer. Aujourd’hui, la Normandie est une région de France où il fait bon vivre. A la lisière du Couesnon, ma famille paternelle cultive ses terres depuis plusieurs générations, dans le respect des traditions.

Mes parents, tous deux globe-trotters, se sont « déracinés » pour faire le tour du monde. Ils se sont croisés par hasard, en terre inconnue en Afrique. Je suis ainsi le fruit d’une rencontre improbable vécue à l’autre bout du monde. Je suis née métisse en France, dans un pays libre où le mélange des genres et des couleurs est un droit, où l’amour entre deux nations se vit au grand jour.

Je suis à la fois ce bout de paradis de l’autre côté du globe, cette terre aux sept couleurs où les touristes se bousculent pour découvrir un ailleurs paradisiaque, et à la fois ce petit bout de jardin celtique, entre la Normandie et la Bretagne. Je suis tous ces pays qui ont construit mon histoire. Je suis tous ces peuples qui ont écrit l’Histoire. En tous cas, j’en suis solidaire et j’essaie de comprendre ces cultures qui parfois se croisent, se rencontrent, cohabitent…

Aujourd’hui, je suis Charlie. Je suis Arménienne et je n’oublie pas le génocide. Je suis juive et je pleure ma famille déportée. Je suis Africaine et je souffre des massacres entre ethnies qui ne mènent nulle part. Je suis Algérienne et je suis fière d’honorer la mémoire de mes frères morts pour la France. Je suis musulmane et je respecte les traditions. Je suis citoyenne du monde. Ma liberté a un prix, qui n’a pas de prix.

L’Histoire nous a enseigné ses erreurs, ses dérapages, ses bavures. J’écoute en ce jour, émue, le témoignage des survivants venus partager un message de paix, avec dignité. Leur courage est une leçon de vie. Se souvenir, se rappeler que ça peut arriver. Ne pas ignorer la vérité. L’affronter. La comprendre. L’analyser. Pour ne pas recommencer. Transmettre les leçons qu’on en aura tirées.

La mémoire est un devoir. Partageons-la. Qu’elle soit collective ou personnelle, elle nous rappelle l’essentiel.

(cc) Nicolas Raymond

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