Culture

Pamphlétaire du XXIe siècle

Que ce soit clair : je n’ai pas encore lu le dernier livre de Michel Houellebecq, lequel sort aujourd’hui. Et pourtant, je me gausse depuis quelques jours de ce que j’entends et lis de-ci, de-là (je crois que la palme a été emportée pour le coup par Ali Baddou, au comble du ridicule : la vidéo est visible ici).

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Ces mêmes personnes qui semblent horrifiées par un livre traitant de l’islamophobie, faisaient nettement moins de bruit lorsque Valérie Trierweiler publiait son torchon, hautement plus dangereux à mon sens, quant à l’image des valeurs républicaines.

On ne les entendait pas non plus lorsque Céline était “sanctifié” par son entrée à La Pléiade. Le traitement de l’islam par Houellebecq, semble bien “gentillet” en comparaison au marais fétide d’antisémitisme de cet écrivain français jugé majeur.

Michel Houellebecq, on le sait, notamment depuis la sortie de Plateforme où certains l’accusaient de faire le prosélytisme du tourisme sexuel, est un provocateur, un agitateur. Et dans cette société toujours plus attirée par le bas, dans laquelle la “culture” semble être un gros mot et bien, je trouve que l’écrivain nous fait là un bien fou.

Michel Houellebecq, en plus de ses écrits dont la qualité ne peut être reniée par personne (prix Goncourt en 2010 pour La Carte et le Territoire), est un génie du marketing. Alors même que le tout numérique règne absolument partout et sur tout, l’écrivain arrive avec quelques feuilles de papier à occuper l’espace médiatique un peu partout dans le monde (et oui, même les Etats-Unis en parlent). Il est invité au JT de France 2 (pouvez-vous me citer un autre écrivain à qui cela est arrivé ?), fait le tour de toutes les émissions. Bref, on ne parle que de lui.

Mais de quoi traite le livre ? L’écrivain imagine l’accession à l’Elysée en 2022 d’un leader musulman modéré. Michel Houellebecq s’interroge sur le sentiment religieux dans les sociétés occidentales. Une satire politique qui semble plutôt efficace à en croire les critiques majoritairement élogieuses mais aussi… hautement dérangeante. Houellebecq ne fait pourtant ici que poursuivre sa froide méditation, engagée de longue date, sur le désenchantement du monde occidental. Captant une anxiété diffuse de la modernité et de notre temps, dont il dresse le constat avec une efficacité et une absence de nostalgie confondantes. Voilà, ce n’est qu’un livre.

Comme quoi, en 2015, certains écrits peuvent encore déranger la bonne morale, le politiquement correct mais surtout, réveiller, peut-être, la mauvaise conscience de certains… 
« Prendre les faits dans la nature, puis étudier le mécanisme des faits, en agissant sur eux par les modifications des circonstances et des milieux, (…) pour arriver à la connaissance complète d’une vérité » écrivait Zola, définissant le naturalisme littéraire.

(cc) aeneastudio

4 Responses to “Pamphlétaire du XXIe siècle”

  • Je commence un peu à être lassée de la capacité de beaucoup à prendre la parole sur des sujets qu’ils connaissent peu, ou très mal. Ça ne te dérange pas du tout d’émettre un jugement sur l’avis d’Ali Baddou qui lui, contrairement à toi, a lu le livre de Houellebecq ?

    Avant de l’élever en pamphlétaire du XXIème siècle – ou de souffler que tout un chacun peut se le prétendre sous prétexte d’érudition – car récompensé par l’académie Goncourt et encensé par la critique depuis plusieurs années, il faudrait peut-être le lire, son bouquin.

    Je dis ça comme ça, je ne suis même pas certaine de faire avancer le débat.

    • +1 @Rose H. S’il est bien un auteur assez obscur pour complètement tromper les critiques sur le sujet même de ses livres, c’est bien Houellebecq. Je n’ai pas envie de lire “Soumission”, mais j’ai lu notamment “La possibilité d’un île”, “Plateforme” et “Les particules élémentaires” sans comprendre s’il y a autre chose à en tirer que de la misanthropie pure. C’est pour cela que je trouve que le débat qui se déroule actuellement démontre les limites intellectuelles de certaines interventions médiatiques. La vérité est que Michel Houellebecq en tant qu’auteur de romans est incompréhensible et que la plupart des critiques littéraires sont assez fats à son sujet (Tsss, genre, j’ai compris son bouquin et pas vous).

  • Johanna

    En effet, tu ne fais pas avancer le débat car, si tu avais bien lu ce que j’ai écrit, tu aurais vu que je parlais surtout de l’écrivain, l’ensemble de son œuvre et non pas uniquement de son dernier livre.

    Et, tu sais, être agressive ne sert à rien. Je te souhaite donc un bon weekend et re fais tout un tas de cœur avec les doigts..

    • Si tu as pris mon commentaire pour de l’agression @johanna, c’est que vraisemblablement on ne parle pas le même langage :) Ce d’autant que j’ai bien lu ton article, dans lequel tu parles à la fois du livre de Houellebecq, mais aussi de son oeuvre au global. Mais loin de moi l’idée de faire polémique, je signifiais simplement mon agacement.

      Je te souhaite à mon tour une bien belle semaine ;)

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