Humeurs

Le Père

Toutes ces choses que je sais et que tu ne vois pas ; comme je hais regarder toutes ces flammes s’agiter, les âmes danser. Je t’ai chéri plus que tout, comme un roc, un pilier d’or et d’acier, de cristal aussi, parfois.

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J’ai vu tes larmes, je t’ai vu baisser les armes, croire au bonheur, effacer les rancoeurs, je t’ai vu mentir comme tu m’as appris à ne pas le faire, j’ai espéré que tu sois là, chaque fois, je t’ai cru infaillible.

J’ai profité de ta protection, j’ai grandi en ton sein, épanouie dans l’espace de tes rêves pour nous. Sans jugement, aucun, du soutien, à chaque pas, chaque décision. Tu nous as poussés hors du nid, pas trop vite, ni trop lentement, brusquement parfois, avec la précaution du souffleur de verre, tu nous as soufflé notre vie. J’ai cru à cette bulle de confort et de sécurité.

Elle a éclaté.

Maintenant je suis seule, seule le matin devant ma glace à me répéter que cette journée finira bientôt, comme les autres qui suivront ensuite, à me donner du courage, à le perdre sitôt le pied mis dehors. Seule lorsque je vois mes buts dégringoler, mes envies qui changent, mes peurs qui mangent ma volonté, mes terreurs. L’horreur : ces gens autour que je n’aspire qu’à fuir, ces faux semblants, drôles de sourires, s’ils se doutaient seulement qu’en pensée je t’implore de venir me chercher, qu’on remonte les pendules un petit peu, qu’on retourne quand nous étions heureux. Je m’en veux de t’en vouloir de ne pas pouvoir m’aider.

Comme j’envie leurs études et leur liberté, quand tu me reproches ma décision de m’être éloignée, comme si c’était de ma faute. Mon besoin de réussir qui me rattrape, le besoin de perfection dans chaque chose, le meilleur diplôme, la meilleure vie. Tout ce gâchis devant moi, la vie que tu lui as servi sur un plateau d’argent, qu’il a rayée sans pitié. J’ai jamais abandonné, toujours dans le droit chemin, je t’ai haï mille fois pour ce résultat, quand je hurlais au monde de me laisser en paix, enfermée dans le noir pendant des jours entiers.

Je t’ai détesté des heures et des heures durant, sur les bancs de bruyères, amère. Mais j’ai réussi tu vois, jamais lâché, toujours là, j’ai pas craqué, pas claqué des doigts. Je pensais mériter mieux que ça. Mon succès que je ne devrais à personne d’autre qu’à moi, celui que je pensais hériter de toi. Ces appels à l’aide que tu n’entends pas. Tous ces mots que je pense et que je ne dis pas.

Je voulais juste que tu veilles sur moi.

(cc) Claude Robillard

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