Humeurs

Ca reste entre nous

La pathologie dont je suis atteinte peut revêtir plusieurs aspects. En termes de communication verbale, il existe deux profils : soit on communique de manière très (trop ?) fluide et spontanée, comme le Chevalier, soit on se retrouve bloqué dans le processus de la parole, comme moi-même. J’en veux pour preuve : il a fallu que j’attende de rencontrer le Chevalier pour oser enfin dire je t’aime à ma mère.

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Je n’ose pas dire les choses aux gens en face, parce qu’avec mon manque manifeste de diplomatie, j’ai peur de les heurter. Et pourtant, je refuse moi-même qu’on me dise les choses de manière détournée, même si le fait qu’on soit en colère contre moi me bloque la mâchoire.

Par conséquent, mis à part avec le Chevalier, où la communication verbale est plus que fluide – heureusement, d’ailleurs – je ne sais que grommeler, fuir ou claquer la porte pour exprimer mon mécontentement ou ma tristesse. Je ne sais que hurler, courir ou danser quand je suis joyeuse. Je ne sais que pleurer quand je suis triste. Je cherche mes mots quand je dois argumenter.

Pourtant, à l’écrit, je m’exprime parfaitement bien. Ma sœur, ma mère et le Chevalier l’ont très bien compris et communiquent pour les choses importantes soit par Messenger, soit par SMS, soit par mail. Ce qui me perturbe au plus haut point, c’est que les mots se bloquent dans ma gorge ou dans ma tête. Ce n’est pas parce que je ne dis rien que je n’ai rien à dire. Sauf que le simple fait de répondre à une question ou à une sollicitation est une source d’angoisse pour moi. Parler au téléphone s’avère problématique, et je n’utilise pas les deux heures de mon forfait. Je crains d’ailleurs que le jour de mon mariage, mon discours de consentement reste bloqué par l’émotion, ou que je ne puisse pas le dire de manière intelligible.

Beaucoup de mes followers sur Twitter, quand ils me rencontrent pour la première fois en vrai, me demandent comment se fait-il que je puisse balancer autant de conneries sans broncher sur le réseau social et que je sois si réservée une fois devant eux. La vérité est que j’ai appris à compenser par l’écrit ce complexe lourd à porter : j’ai peur que ma parole ne soit pas aussi fluide que je le voudrais et qu’on découvre ce qui ne va pas chez moi. A ce propos, quand je parle avec les gens, j’ai maintenant pris le parti de l’honnêteté quant à mes dispositions de communication.

Les personnes qui me sont le plus proches en dehors de ma propre famille savent désormais que me forcer à dire ce qui ne va pas n’est pas constructif. Si vraiment j’ai quelque chose à dire, je le dis en temps voulu, même si le moment choisi n’est pas opportun. Alors on a parfois l’impression que je dis les choses de travers, ou en dépit du bon sens. On a aussi l’impression que je me fous complètement de la conversation, alors que je cherche les mots les plus adéquats pour répondre (mais le temps que je trouve, il est souvent trop tard… ).

Je n’ai acquis l’usage de la parole qu’à l’âge de 5 ans et je considère aujourd’hui que c’est une lacune que je ne réussirai jamais à combler. Cela s’avère être un véritable handicap quand je dois passer comme en ce moment des entretiens d’embauche. Je ne sais pas me « vendre », parce que je n’ai pas les mots pour cela. Je dois demander un délai de réflexion à chaque question qui m’est posée. Les personnes qui me côtoient se mettent à penser que j’ai des difficultés intellectuelles, alors que c’est tout le contraire.

Fort heureusement, il m’arrive de rencontrer des personnes bienveillantes, comme ma future ex-patronne, qui ont décidé de prendre le parti d’attendre que j’aille au bout de ma réflexion pour obtenir le meilleur de moi-même, quitte à me reformuler les choses autrement. Car une autre des difficultés que je rencontre avec la communication verbale est que je ne saisis pas toujours le sens d’un propos ou d’une consigne. Et ça, c’est lourd. Vraiment.

Bref, si vous voulez vraiment communiquer avec moi, préférez l’écrit. Mes confidences seront plus sincères ainsi.

(cc) Steffi Reichert

One Response to “Ca reste entre nous”

  • On se connait un peu et j’ai adoré ce texte où tu te livres si simplement et si clairement. J’ai l’impression que par rapport à ce que tu appelles ta “pathologie”, tu es arrivée à un nouveau tournant. Bon chemin, Storia.

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