Histoires

J’ai un sucre à te dire (4ème partie)- Catch Intérieur

Le balcon de sa chambre était devenu le lieu de fornication de tous les pigeons de son quartier. En ouvrant les yeux après sa sieste matinale, Clara se dit qu’il était temps qu’elle s’achète une carabine à air comprimé pour tous les faire frire, ils pondaient leurs œufs et se permettaient de nourrir leurs rejetons sur son balcon comme si elle les y avait invités.

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- Et merde ! Vous pouvez pas attendre que j’me lève pour piailler ! marmonna-t-elle dans son sommeil. Elle tenta de se rendormir, en vain, puisqu’elle se leva dix minutes plus tard, vingt minutes avant que son réveil ne sonne. Elle devait se rendre à la fac pour effectuer son inscription en retard et affronter les horribles et approximatifs rouages des universités françaises.

Douche prise, jambes rasées, mollet entaillé, brushing incertain, elle s’installa sur son lit et fixa son armoire pendant un long moment. En réalité, elle pensait à Mini Brad. Après sa folle tentative de drague, ils se voyaient depuis quelques semaines… En bonne attardée sentimentale, ça ne lui convenait pas du tout.

- Pauvre conne, t’en as pas marre de te foutre dans des situations merdiques ? T’avais besoin de faire la débile avec le premier tocard qui passe ? Et merde…

Elle prit les premières fringues qui lui passaient sous la main, son sac et sortit de chez elle en claquant la porte. Une fois devant l’ascenseur, elle chercha son Labello dans son sac. Il fallait pas abuser, elle avait quand même une réputation à tenir et ne voulait pas passer pour une dépressive.

- Hé ! C’est toi qui me laisses des sacs poubelles dans la montée d’escalier ?

- Pardon ? répondit-elle en se retournant.

La femme de ménage de l’immeuble s’approcha d’elle, le pas énergique. Elle était en général très désagréable, alors Clara se prépara mentalement.

- Je te demande si c’est toi et ta famille qui me laissez des sacs poubelles pleins de couches pour me faire chier ?

- Euh. Non.

- Et comment j’peux être sûre de ça ?

- Bah…c’est tout simple, on n’a pas que ça à faire !

- Bah oui bien sûr ! Tout le monde me répond la même chose, c’est jamais personne bien sûr ! hurla-t-elle.

- Ecoute, il est 11h, j’ai pas encore bu mon café et j’ai pas le temps de m’embrouiller avec toi, lui répondit-elle calmement.

- Ouais mais quand même, moi j’en ai marre !

- Je sais. Mets-toi au chômage !

- Ouais ouais, c’est ça ouais !

- Ciao, bonne journée !

Ecouteurs dans les oreilles elle sortit de l’immeuble en chantonnant et en se disant « chacun ses problèmes ». On ne devrait pas polluer l’esprit de ceux qui n’ont rien demandé, avec ses propres soucis et insécurités irrationnelles. Et de plus, penser que les personnes qui vous laissent des déchets un peu partout dans la vie le font par mesquinerie et non par simple manque de civisme relevait de la paranoïa.

Après une réflexion poussée, elle décida de prendre la voiture de sa mère, essentiellement pour ne pas avoir à regarder ou à entendre tous les nouveaux étudiants boutonneux et puceaux dans le bus, bien frais, en mode Y.O.L.O et persuadés de commencer leur vie qui s’avèrerait bien merdique au final. L’employée de la fac de droit, encore dans la vingtaine, portait des lunettes en forme de papillon, elle semblait souffrir de strabisme convergent, était gratifiée de dents proéminentes et du zozotement assorti.

- Nom, prénom ? dit-elle, d’une voix morne.

- Clara Sudan.

- Age ?

- 25 ans.

- C’est pour une inscription en quelle année ?

- 1ère année.

- Vous avez 25 ans et vous êtes en 1ère année ? Sérieux? lui demande-t-elle, perplexe.

- Non, j’disais ça pour faire une blague!

L’été était arrivé à sa fin et Clara devait reprendre le chemin de l’école, à son grand regret. Elle avait continué à travailler comme femme de ménage quelques semaines avant de s’offrir deux semaines de vacances à St Tropez et au Grau-du-Roi. A St Trop’, elle avait flâné dans les rues en robe à fleurs et s’était imaginé en artiste exilée ne supportant plus la douleur du monde et résidant dans une villa de caractère au-dessus de la ville. La vérité c’est qu’elle dormait avec ses amis sous une ridicule  toile de tente à 3km de la ville, ne bouffait que des pâtes bolo, et que question artistes St Trop’ était plutôt le tombeau où la superficialité rencontrait l’inutilité de l’existence.

Ils avaient finalement décidé de partir au Grau-du-Roi retrouver leurs semblables : les classes laborieuses qui s’accrochent à leur serviette de plage de 9h du mat’ à 20h, se pètent le bide aux moules-frites du coin en riant très fort et en entonnant les chansons paillardes les plus cultes. SON monde. Elle avait passé de très bonnes vacances et avait oublié de s’inscrire, À NOUVEAU, en 1ère année à la fac.

L’employée, le visage plutôt pâle, fixait le mur sans cligner des yeux, Clara commença à s’inquiéter.

- Mademoiselle, vous allez bien ?

- Pourquoi vous me demandez ça ? lui répondit- elle sèchement.

- Parce que vous fixez le mur sans bouger et…

- C’est vous que je fixe ! hurla-t-elle en postillonnant.

- Excusez-moi, mais c’est dur à déterminer, vous louchez un peu? lui dit Clara d’une petite voix où perçait un fou rire.

- Non, non, non je n’le savais pas ! Merci, merci infiniment…!

Elle prit une profonde inspiration et Clara se retint de lui conseiller de se masser les lobes d’oreilles en soupirant « OUSSAAAAA », mais l’employée ne semblait pas être  fan de « Bad Boys ».

- Ecoutez, je m’excuse, je ne voulais pas vous énerver, je peux vous amener un café ou une boisson fraiche ? Je comprends que de supporter des étudiants toute la journée doit être éprouvant et vous avez beaucoup de mérite !

Il fallait mieux pour elle glisser sur cette pente si elle voulait être inscrite cette année en cours. Les yeux de l’employée s’élargissaient, puis elle soupira soudainement une nouvelle fois et dit d’une voix timide :

- Est-ce que je peux vous demander une cigarette ?

Clara lui donna immédiatement celle qu’elle gardait derrière l’oreille et lui proposa son briquet en lui disant qu’elle reviendrait le chercher plus tard dans l’après-midi. Elle lut une grande reconnaissance dans ses yeux puis sortit du bureau. En traversant les couloirs elle décida d’aller manger au restaurant universitaire, elle rencontrerait bien quelqu’un avec qui passer le temps. Dès qu’elle mit un pied dehors elle cligna des yeux, éblouie par le soleil de midi, et s’empressa de chausser ses lunettes de soleil Dior trouvées sur une plage de St Trop’.

Le campus grouillait déjà d’étudiants en tous genres : des mecs gélifiés à chevalière, des jeune filles à couettes totalement perdues, des bonhommes en survet’ Lacoste, des bobos en salopette à fleurs dégueus, des blédards en babouche et des princesses en carton en imitations Louboutin, persuadées que les « leggings » étaient en fait des pantalons. Lorsqu’elle alluma sa clope son téléphone sonna, elle hésita un moment quand elle vit qui l’appelait puis se décida à répondre.

A suivre…

(cc) Dimitry B.

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