Humeurs

La pression sociale : obligation fictive due au jugement des autres

Avec L., voilà 5 ans que nous sommes ensemble. Dans quelques semaines, nous allons nous pacser et nous fêterons ça autour d’un joli brunch et des fanions afin que nos familles se rencontrent.

5339543813_1e5b1ae9f8_bJ’ai 23 ans, j’ai rencontré L. à 18 ans, je venais tout juste d’avoir mon bac. J’avais eu des petits copains, mais aucun à qui j’ai eu envie de me donner entièrement. Et puis je l’ai rencontré, je suis tombée éperdument amoureuse de ce grand garçon aux yeux verts, le corps rempli de tatouages, en 2ème année d’études d’infirmier.

Il y a un an, je me suis mise à perdre mes certitudes. L. est fait pour moi, je l’aime et je n’ai aucun doute sur le fait que nous aurons des enfants ensemble, et que nous formerons un merveilleux couple. Seulement, je me suis réveillée un matin (ça ne s’est pas tout à fait passé comme ça, mais presque) en me disant “merde, ça va bientôt faire 4 ans que je sors avec L., nous habitons ensemble depuis 1 an et demi déjà, c’est trop tard, je ne peux plus revenir en arrière”. Et c’est ce dernier constat qui m’a renvoyé dans une angoisse terrible.

Moi qui ai toujours eu le sentiment d’être une jeune fille libre et libérée, je me suis retrouvée sans vraiment le choisir avec une étiquette de “fille casée”. Mes copines ne m’appellent pas pour aller draguer des garçons dans des pubs. En soirée, je suis celle qui est casée, et qui donc n’a pas grand chose d’intéressant à raconter. En vacances, je suis celle à qui on ne propose pas une semaine entre filles parce que j’ai un copain, et que forcément, je vais dire non.

J’ai donc eu envie, terriblement et irrésistiblement, de quitter L. non pas parce que je ne l’aimais pas, ni parce que j’étais tombée amoureuse d’un autre homme, mais simplement parce que moi aussi je voulais avoir la même vie que mes copines, moi aussi je voulais raconter des rencontres foirées, des histoires de cul, je voulais draguer et me faire draguer, et surtout retrouver mes copines.

J’ai eu l’occasion de tromper L. mais je ne l’ai pas fait. J’aurais pu le quitter aussi. Mais pour quelle raison autre que “J’ai pas envie d’être celle qui est casée aux yeux du monde”. Parce que L. je n’ai rien à lui reprocher, il m’aime et chaque jour auprès de lui me fait sentir comme une femme merveilleuse qui va conquérir le monde. Et que la simple idée d’avoir à le lui dire me rendait malade, me faisait pleurer et plonger dans une déprime totale. Sans parler du fait que je hais faire des promesses que je ne tiens pas, et que le quitter pour cette raison aurait rendu notre relation fausse et absurde.

Alors que faire ? J’en ai parlé à L. et la célèbre phrase “on sait ce que l’on perd, mais pas ce que l’on gagne” ne m’a jamais semblé aussi vraie.

Moi qui rêve sans cesse d’être une femme libre, je venais de me faire emprisonner par la pression sociale. Oui, j’ai choisi de vivre avec L., j’ai choisi de l’aimer et de vivre avec lui, j’ai choisi d’emménager avec lui, j’ai choisi de lui dire oui, j’ai choisi de faire de lui mon premier amant. J’ai choisi d’être une “fille casée”.

Je me suis rendu compte que je n’étais pas celle que je pensais être. Que je n’étais pas une jeune fille fougueuse et aventurière, que je n’étais pas courageuse non plus, et que je l’aimais bien plus que je ne pouvais me l’imaginer. Et j’ai beaucoup de mal à l’accepter. Je ne suis pas d’accord avec ça. C’est un peu comme si ma conscience et mes désirs se bataillaient.

Et je ne sais toujours pas ce que je veux vraiment, et ce qui me conviendrait le mieux. Alors j’attends. J’attends que la vie me fasse un signe, me montre que je ne me fourvoie pas, et que rencontrer l’homme de sa vie à 18 ans, aujourd’hui, ce n’est pas impossible. Que le jugement des autres n’a pas d’importance, et que je ne trouverai pas mieux ailleurs, je ne serai pas plus heureuse.

Et si je ne l’avais pas rencontré le 17 juillet 2009, je ne serais aujourd’hui surement pas plus heureuse, ou moins malheureuse, je serais simplement quelqu’un de différent, et peut-être que je serais en train d’écrire sur le fait que je ne souhaite pas être la “fille célibataire” de mon groupe d’amis en couple.

Je n’ai pas de solution, et peut être que je n’en trouverai pas. Je dois simplement admettre que j’aime un homme de la manière la plus insensée qui soit, que vivre sans lui ne me fait pas peur jusqu’à ce qu’il ne soit plus là et que je ferai toujours tout pour préserver cet amour.

Quoi qu’il m’en coûte, quoi qu’en dise mon entourage, quoi qu’en pensent mes copines, quoi que je puisse espérer. Parce qu’au final, je dois apprendre à profiter de mes choix, et de ce que je vis maintenant.

Enfin, je crois…

(cc) Kean Kelly ☂ [ keke ]

4 Responses to “La pression sociale : obligation fictive due au jugement des autres”

  • Je me reconnais bien dans ce texte. D’une part parce que je suis autiste et que je sais toute l’importance à la fois de se plier à la pression sociale et de lui dire merde de temps en temps pour être pleinement soi. D’autre part, parce que j’ai eu aussi à combattre toute une éducation biaisée de l’amour et de la vie de couple. Il faut dire qu’entre mes parents qui ont divorcé au bout de trente ans de mariage et moult années de conflit et les femmes de marin qui ont composé mon environnement familial, j’étais persuadée que je deviendrai malheureuse le jour où je serais réellement “en couple”. Ca a pourri le début de la relation (de mon côté) avec celui qui va devenir mon mari. Je voyais mes amies divorcer ou avoir un regard très critique avec les hommes, et je me suis dit : “je n’ai plus rien à partager avec celles en qui j’avais confiance”. J’ai 31 ans, ça ne fait qu’un an que j’ai entamé cette histoire, j’ai toujours l’impression de faire la plus grosse connerie de ma vie, mais quoi qu’il en soit, grâce à cette histoire, j’ai l’espoir de construire quelque chose de beau. C’est tout ce qui importe.

  • Beau texte. Plein de sincérité. Merci

  • Je me reconnais aussi dans ton texte, même si ma fin a été radicale. Non pas par pression sociale mais simplement parce que je ne l’aimais plus. Il était mon premier, ça a duré quelques années, et comme toi j’ai ressenti cette pression, nous avons habité ensemble rapidement, il était mon pilier, je me voyais faire ma vie avec lui. Puis un jour, je me suis réveillée, et je me suis sentie différente, comme si le monde autour m’attendais, le monde que j’avais stoppé pendant ces années de couple et qui avait continué d’avancer sans moi. J’ai eu envie d’autre chose.

  • Etre libre n’est pas incompatible avec la situation de couple…

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