Coeur

Question de feeling

Un soir. Comme tous les soirs. Comme tous les autres et pourtant unique en son genre. Dans un autre pays, sur un autre continent que le sien. Étrangère et à la fois complètement à l’aise dans cette masse informe de gens venus là se détendre, veille de jour férié, moment propice à de nouvelles rencontres, peut-être.

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Entendre, soudain, parler sa langue. Se sentir familière de ces inconnus, créer le contact, discrètement. Une marque de politesse, le temps de se frayer un passage, suffira. “Pardon. Excusez-moi.” La glace s’est brisée.

On se cherche du regard, on échange des sourires entendus, on tente une première approche, raisonnable. D’où l’on vient, ce qu’on fait là et dans la vie en général. Et puis elle, au milieu, lointaine d’abord. Affairée ailleurs, dans un premier temps. Les échanges se font naturellement, autour d’une cigarette.

Changer d’endroit ? Pourquoi pas.

Suivre ces inconnus, acolytes d’une soirée, puis d’une nuit. Échanger sur ce qui nous touche, sur qui l’on est, se découvrir des points communs, des désirs similaires, des envies partagées.

Changer d’endroit ? Encore. Plus loin.

Se retrouver seules, face à face, abandonnées au rythme de la musique assourdissante, tout oublier. Les gens autour, les bousculades, l’alcool ingurgité. Moment suspendu. Quand soudain, un regard, une attitude, qui ne trompe pas. Les corps se transforment, reprennent vie, entrent en contact. Brusquement, sensuellement, instantanément.

Les mains se lient, les genoux se touchent, se caressent, se découvrent. Les lèvres tremblent, mourant d’envie de se connaître. Déflagration. Les cœurs s’emballent, menaçant presque de lâcher. Deux âmes inconnues en proie à un désir plus fort que tout. Ça se frotte, se pince, se mord, s’attrape ; avec fougue, avec défiance, et toujours cette complicité qui semble avoir toujours été là, à l’affût, tapie dans l’ombre, en attente.

Il y a quelque chose d’excessivement fort dans la rencontre de deux êtres qui s’attirent. Comme si, soudain, les deux corps se parlaient et que leurs cerveaux, eux, écoutaient paisiblement, laissant faire. “Va, ceci est ta maison“, qu’ils diraient.

Car le reste de la parade répond à cet état de faits : jamais tout à fait rassasiées l’une de l’autre, elles gardent leurs distances pour se retrouver, quelques instants plus tard, au même endroit, celui même où elles s’étaient quittées auparavant.

Sans bruit, sans mots, leurs corps se jaugent, s’épousent, s’affectionnent avec vigueur, comme si ce “nous” tellement soudain avait existé depuis la nuit des temps. Soupirs au creux de l’oreille, baisers déposés du bout des lèvres à des endroits névralgiques, elles échangent sans émettre le moindre mot. Pas besoin : le langage du corps est d’une efficacité redoutable.

Que le climax de cette rencontre céleste trouve refuge dans un coït pour le moins maladroit et hasardeux n’entache en rien la complicité innée qui existe entre deux femmes, dont les corps fonctionnent comme des machines programmées pour l’amour : seuls les modes d’emploi divergent.

(cc) Nikita Gavrilovs

7 Responses to “Question de feeling”

  • Olala… J’adore…
    … Une danse amoureuse, ce ballet délicat et tourbillonnant… quand deux êtres qui n’avaient aucune chance d’être mis en présence se savent pourtant avec certitude, en une attraction croissante, irrésistible… Et puis le: “Va, ceci est ta maison”… tellement vrai… “question de feeling” en effet…
    Merci! ;-)

  • Le sujet de l’attraction physique est une source d’inspiration intarissable… Et puis va décrire cette alchimie, c’est tellement… bouleversant comme instant, aussi furtif soit-il. Je suis contente que le billet t’ait plu et que tu l’aies vu comme une danse. Ça voudrait dire que j’ai réussi à retranscrire la notion de rythme qu’il y avait dans mon crâne au moment où j’ai écrit ces mots, c’est cool !

  • Tu décris ces moments avec gourmandise, je serai presque envieuse d’y goûter! Quel talent ma Rose!

  • Mais que c’est beau…

  • Merci beaucoup les filles :3 ravie que ça vous ait plu !

  • <3… le cœur qui fait des boum à imaginer ce que tu es arrivé à si bien décrire. Il n'y a rien de plus beau, de plus exaltant, de plus…vivant que la rencontre de deux corps qui se regardent, se découvrent et s’apprennent… et se tiennent l'une à l'autre pour la première fois…

  • <3 merci ma jolie. merci beaucoup. ça me touche d'autant plus que ça t'ait parlé, compte tenu de notre dernière discussion ;)

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