Histoires

Toujours

“La douleur a ressurgi, intacte. En fait, elle était toujours là. Entre deux poignées de mains et claques dans le dos, elle restait à côté de moi, me tapotait l’épaule, me chuchotait à l’oreille, histoire de me rappeler que nous étions partenaires à vie.” 

J’ai pensé qu’elle ne reviendrait pas me voir, que c’était fini, que j’étais enfin tranquille : j’avais tord. Elle a débarqué sur son grand cheval, me toisant, l’air de dire “ça fait un an maintenant, j’ai fait de ta vie un enfer, c’est pas fini”.

Elle m’a chopée aux tripes, m’a donné des coups dans l’estomac, j’ai eu peur, une peur violente, sincère, longue et douloureuse. Et j’ai mal, mal à vouloir en crever, tant de douleur c’est inhumain ; et je suis terrorisée à l’idée qu’à nouveau elle devienne ma compagne, qu’à nouveau elle s’asseye près de moi et ne me lâche plus.

Je ne sais pas si c’est le lieu, l’instant, les souvenirs accablants qui l’ont fait revenir, mais elle est bien présente désormais, au fond de ma poitrine, au milieu de mon ventre, elle est là et j’étouffe, je suffoque, tremblante. Je répète sans cesse “je ne veux pas, je n’ai plus la force, pas cette fois” et je lui hurle de me laisser en paix, j’ai déjà trinqué.

Mais rien n’y fait, elle transforme mes nuits en cauchemars, et me redonne mes habitudes de zombie. Je me lève et je marche au milieu du rien, me rappelant qu’il y a un an, à ce stade, j’étais presque morte, que je devais me tenir aux murs pour avancer, que les jambes n’avaient plus la force de me porter. Et je n’ai plus de courage, j’ai peur que ça recommence.

Je maudis ce dessert trop vite avalé, ce dîner trop tardif, ce martini, ce pain, tout, tout ce qui est passé par ma bouche et qui me pèse maintenant trop fort sur le corps. Alors je supplie, je supplie que le jour arrive, que le temps passe, que la douleur cesse enfin et que je puisse m’endormir, sombrer dans un sommeil que je n’ai pas trouvé depuis des mois.

J’ai peur de perdre le contrôle, à nouveau, de ne plus être, de ne plus vivre, de leur faire peur, alors je ne dis rien, sinon ils ne me laisseront pas partir, je ne dis pas qu’elle est revenue, qu’elle me nargue, qu’elle est là chaque seconde et me tue…

Je tremble, j’avais oublié comme ça faisait mal partout ces tremblements, comme mon corps ne m’appartient pas, j’avais oublié qu’elle en était la maîtresse.

Terreur.

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