Humeurs

Deux phrases que je ne veux plus entendre

Les conventions sociales nous amènent parfois à sortir ce que j’appelle des phrases préfabriquées. En gros, on analyse une conversation avec une autre personne par rapport à ses convictions ou son vécu vis-à-vis du sujet. Ca s’appelle de l’empathie, c’est ce qui permet de tisser ou non des liens plus forts avec cette personne. Pour moi, c’est un procédé purement mécanique et pas du tout naturel – c’est mon côté asocial qui tente de se soigner malgré tout –, parce que j’apparente ces phrases comme du prêt-à-penser, du genre « je fais bonne figure, je comprends ta situation. » Bah.

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Mais depuis un certain temps, dans les conversations que j’ai eues avec des personnes, j’ai remarqué des phrases qui me faisaient hurler de rage. Pourquoi ? Dans les cas que je vais exposer aujourd’hui, je les comprendrais plutôt comme : « Ta gueule, tu es insignifiant(e), tu n’as pas le droit de parler, vu que tu ne penses pas comme moi. » Elles sont d’autant plus horribles à entendre que la personne qui te les dit n’a, en général, aucune idée de ton vécu par rapport au sujet abordé et ne sait pas que psychologiquement, ça peut t’envoyer aux tréfonds.

« Tu verras quand t’auras des enfants ! »

Si j’avais du répondant : C’est vrai, avec mon BAFA et mes 7 ans de centre aéré et de surveillance de cantine pour payer mes études, je ne sais pas comment torcher le cul d’un gosse !

Pourquoi ça m’énerve : Cela présuppose que j’aurai forcément des gosses, puisqu’après tout, pour cette personne, on n’est bon qu’à ça. Mais la personne qui dit cela à une autre est-elle consciente de l’envie ou [surtout] de la capacité à concevoir de la personne destinataire ? Bah non. Pour avoir vécu ce genre de situation récemment, sans pour autant être destinataire de la punchline, mais connaissant un peu la situation dans laquelle se trouvait la destinataire, je peux vous avouer que j’étais extrêmement gênée.

Il faut dire aussi que, pour moi, cette phrase renvoie à une « vérité inéluctable et intangible » de la condition humaine : on est faits pour procréer. Point barre. Putain, si nos vies ne devaient se définir que par ces « vérités inéluctables et intangibles », qu’est-ce qu’on se ferait chier ! Mais c’est à cause de ce genre de punchlines salopes que le fait d’avorter, d’être stérile ou même de vouloir/devoir faire le deuil de la conception est vécu par la société comme des drames, alors que ces faits devraient faire l’objet de destins particuliers où les personnes assumeraient de vivre leur vie sans rien transmettre de leur patrimoine génétique. N’en déplaise à ceux qui trouvent ça « naturel » de transmettre.

« T’as tout pour être heureux/heureuse ! »

Si j’avais du répondant : je mettrais cette phrase en épitaphe sur ma tombe le jour où je me suiciderais. C’est absolument dégueulasse comme idée, mais c’est réellement le fond de ma pensée.

Pourquoi ça m’énerve : Youpi, tu dis ça à une personne parce qu’elle a réalisé le grand Chelem du bonheur, à savoir le job génial + le mec pas trop relou + les projets mirobolants. Intéressant. Tu t’es interrogé sur sa propre conception du bonheur, qu’est-ce que cette personne range derrière le mot « bonheur » ? Je ne crois pas. A ce titre, je t’invite à regarder Alexandre le bienheureux (1968), film d’Yves Robert avec Philippe Noiret. Le pitch : après être devenu veuf d’une femme tyrannique, un cultivateur se donne du repos pour savourer sa vie. En cela, il sème le trouble dans le village, car sa conception du bonheur va à rebours de celle des habitants…

Pourquoi je dis cela ? Parce que si on ne devait suivre que ce que les autres considèrent comme étant le bonheur, on n’aurait jamais tout pour être heureux. Et d’ailleurs, avoir tout pour être heureux peut s’avérer dangereux, dans ce cas. Nous n’avons pas tous la même propension à trouver la joie, nous ne la trouvons pas – heureusement – dans les mêmes choses. Et considérer une personne célibataire/divorcée/au chômage comme malheureuse, c’est surtout la rendre malheureuse par ce jugement hâtif. Ca se trouve, sa vie la comble et tu n’en as même pas conscience.

Les relations sociales « normales » me font chier pour cette raison : à force de présumer ce que vivent les gens par rapport à son propre vécu, on en vient à leur dire des choses qui leur paraîtront abominables. C’est pour cette raison que beaucoup de choses que l’on m’a dites ou qu’on a dit récemment à des proches me hérissent le poil. Et vous, quelles sont vos phrases que vous ne voulez plus entendre ?

(cc) CoreBurn

5 Responses to “Deux phrases que je ne veux plus entendre”

  • Preach. Des phrases que je n’aimerais plus entendre, j’en entends tous les jours, malheureusement. Mais c’est comme tout, tu portes ta croix et t’avances. Tu fais le tri. Parfois, t’intériorises ce qui t’a fait gamberger pendant des années durant et tu te sens encore plus mal. Alors tu te dis que tu devrais te plaindre, peut-être. Et à quoi bon, finalement.

    “Tu verras quand tu auras mon âge.” Toute ma vie pourrait se résumer à ça.

    • “Tu verras quand t’auras mon âge” : oh putain, je l’ai oubliée, celle-là. Peut-être parce que je commence à la prononcer moi-même, avec mes putain de courbatures après une teuf et mes dents en moins. Mais je suis malheureusement consciente que je les dirais un jour, ces phrases (sauf “T’as tout pour être heureuse”, non, ça c’est juste pas possible, ça voudrait dire que je me permettrais de juger une personne sur la vie qu’elle mène et les efforts qu’elle a à faire pour “être heureuse”. Bullshit).

  • J’aime bien cet article. Moi c’est une phrase qu’on m’a dite un jour et que j’ai trouvé fausse, mais en plus stupide car pétri de préjugés sur ce que doit être l’enfance :
    ” Tu n’as pas eu une enfance normale” entendant par là que je ne me comportais pas comme la conception que l’auteur (de la phrase) a du comportement d’un enfant. je ne m’exprimais pas comme les autres, je savais des choses un peu plus tôt..etc trop mûre pour mon âge. bref, je n’avais pas profité de la candeur de l’enfance apparemment…
    mais avais-je eu le choix sur ce que j’étais.. ?
    Cette phrase m’a clouée parce que je l’ai prise comme une attaque profonde sur ce que j’étais, sur une partie de ma vie. En plus de ça, je l’ai trouvé extrêmement réductrice et pleine de préconçus sur l’image de l’enfance …

    • C’est justement ce que je veux dénoncer dans cet article : le fait que les gens, à travers des phrases prêtes à penser, se permettent de juger la manière dont tu vis. Et ta soeur ?

  • GrinetteB

    Pouf pouf…

    Je n’apprendrai rien à personne en disant que notre monde est rempli de gens inintéressants, voire effectivement dangereux pour notre propre équilibre – hypersensibles… s’abstenir !!

    Voyons-le de façon positive (mon exercice préféré dans la vie depuis que j’ai décidé de vivre – oui, décidé) : ça aide à faire le tri…
    De combien de personnes ou relations inutiles me suis-je débarrassée ainsi !! Le pire – ou le meilleur ! c’est que cela m’a attiré du respect et… des personnes autrement plus sympathiques ;-)

    Courage !

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