Mens Room

S’étreindre

Ce n’est un secret pour personne ou presque : j’aime le sexe. Le partager, à l’écoute aigüe de l’épanouissement d’une amoureuse, lent, immensément doux, ou vif, intensément brutal. Le savourer dans toutes ses infinies possibilités. Le contempler sous ses formes les plus raffinées. Le lire, textué par des plumes talentueuses. Tenter de l’écrire, un peu, essayant de restituer, le mieux possible, par des mots, ce qui ne saurait définitivement se comprendre et se concevoir que par des actes. (Même si l’encéphale et le bas ventre sont directement reliés par un téléphone rouge).

s_etreindre

Je n’entrerai pas dans les détails de mes expériences personnelles dans cet édito. Tout d’abord parce qu’elles feront sans aucun doute l’objet d’articles à venir (il y a beaucoup de choses, oui, encore, que je souhaite partager avec vous), ensuite parce que, de façon troublante, Tévouille a écrit le texte que j’aurais pu écrire pour l’occasion. Un texte qui reflète, au mot près, ma pensée. Vous pouvez le lire en procédant à une inversion homme/femme et vous dire que vous me lisez. (Tout en m’évitant par la même occasion un inutile plagiat).

Y a-t-il mieux que le sexe dans la vie ? Y a-t-il un autre acte qui nous donne avec une telle puissance, mentale et physique, le goût et l’impression de vivre totalement ? Y a-t-il un autre moyen de communier, de fusionner, de ne faire qu’un avec son élu(e), âmes et corps enchevêtrés dans l’extase ? Bien sûr, tout le monde n’a pas la chance d’être en couple. Les mentalités évoluent sensiblement, pourtant, depuis quelques années sur l’art et les bienfaits de « se faire l’amour ».

S’étreindre soi-même est de moins en moins considéré comme misérable ou pathétique. C’est heureux car le contraire était tout de même d’une bêtise et d’une hypocrisie massive. Qui ne l’a jamais pratiqué ou ne le pratique pas régulièrement en période de célibat ? Voire en couple ? Répétons-le, assénons-le : il n’y a aucun mal, et surtout pas de honte, à se faire du bien. Certaines nous ont expliqué, à grand renfort d’objets et de techniques, les meilleurs moyens de parvenir à ses fins, d’autres, cérébrales, sensuelles, nous décrivent avec un raffinement délicieux, des pratiques musicales et manuelles.

Il en est qui vont se chercher un partenaire en prédatrices implacables, veuve noire hyper sélective quand à leurs finalités et à leurs critères de taille. Certaines vont tirer le très gros lot, d’autres rentrer bredouilles… on ne gagne pas à tous les coups… Mais, le plus courant est tout de même d’étreindre quelqu’autre, et de le/la laisser nous enchanter également, avec amour et abandon confiant, total, dans son couple établi ou en formation, hétéro, homo avec, pour ce dernier, un titre et un sujet en parfait échos au classique musical d’hier. D’autres, enfin, toujours en quête de leurs limites, jamais épuisées, vont expérimenter les étreintes plurielles ou les mélanges, en groupe

Il n’est point de limites aux étreintes… Fort heureusement, nous avons, vous avez, mesdames, la liberté totale de faire vos propres choix, selon vos envies et votre sensibilité… Notre époque et notre lieu  sont, sur ce point, sans précédents. Profitez-en ! Que vous soyez «Loving you» (la merveilleuse Minnie Riperton !) ou « Bad to the bone », un divin mélange des deux, ou toute autre chose, je sais bien que vous n’êtes pas, pour la plupart, de celles qui hésitent…

Choisir des ladies à mettre à l’honneur sur la thématique du sexe est difficile car, votre liberté et celle de LR obligent, ce sont des cohortes, parmi vous, qui se sont exprimées sur ce sujet quelque peu vital. Je pense d’ailleurs à cet article qui m’a chaviré dès sa publication, en temps que grand fan des fusions de bouches, et que l’on appelle désormais, avec un regard entendu, « le baiser de Coppelia ».

Néanmoins, j’en ai retenu deux, pour leur lien particulier au sexe, mais aussi pour la qualité de leur style très marqué.

Xéna : A toute Dame, tout honneur. Elle a abordé beaucoup de thèmes dans ses nombreux textes, certains avec une grande sensibilité et une infinie délicatesse, comme celui mis en une hier. Pourtant, c’est dans le domaine de la littérature hard qu’elle s’est taillée une réputation d’irrésistible succube. On ne compte plus le nombre de ses récits légendaires, d’une violente crudité, insupportables pour certains, de par leur brutalité sans fards, encensés par d’autres pour leur tranchante franchise et leur piment écarlate.

La femme de ses récits est fortement affamée, jamais rassasiée, plus que tourmentée, carrément passionnée. Passionnée de glands, obsédée de queues, évidemment longues, larges, tendues à empaler, de coïts musculeux et animaux, de pénétrations multiformes, sinon multiples, de cris rauques, de lampées de mouilles, de goulées de spermes. Dans la lignée de sa génération, avec un esprit globalement « druunien », son âme et son corps shootés aux hormones hurlent « baise-moi ! ».

Elle l’assume sans sourciller, vorace. La magnifique guerrière du sexe dévoile des envies de plaisir, des besoins d’être possédée toute, dans des scènes anthologiques, parfois à la limite du glauque, mais qui régalent sa narratrice et nous giflent, nous, avec autant de force que les chairs y claquent en tous sens.  Certes, Xéna ne dépeint par forcément le sexe que je préfère vivre ou lire, les relations qui me chavirent, mais quelle puissance évocatrice ! On y explore tout, dans ses ressorts les plus profonds, physiques et psychiques, avec un réalisme et une authenticité rares (orgasmes vaginaux enchaînés, sodomie « naturelle », sans lubrifiant, orgasmes anaux… ne manque que le fontainisme, à moins qu’il m’ait échappé…) le tout sans omettre, bien sûr,  le côté sombre, ponctuellement poisseux, de ces plaisirs.

Avec Xéna, le roi sexe est nu.

Si vous ne connaissez pas cette merveille, mythique, de LR et ses écrits, vous avez au moins jusqu’à vendredi pour vous rattraper dans la Backroom. Pour les autres, souvenirs moites et tendus sont à retrouver au même endroit, durée identique…

Luvaddict : Aaaaah… Luvaddict… – yeux levés au ciel, soupir extatique – Inclassable, mais incontournable, c’est ici que je souhaite l’honorer, au sens propre, via son texte sur le plaisir solitaire et musical, et parce que le sexe, quoiqu’il soit rarement le sujet unique de ses écrits, y est pourtant, chroniquement, souvent présent.

Luvaddict tient une place indiscutablement à part sur LR. Hors catégorie ou presque. Vous conviendrez toutes de cela. Ce phénomène, dont je n’ai trouvé aucun équivalent dans notre magazine adoré – ou alors je compte sur vous pour me le pointer du doigt – nous bat à plates coutures, nous met KO en moins d’un round. D’abord par son écriture, au style élaboré, soutenu, que j’aime qualifier d’aristocratique, à savoir définitivement inaccessible quand bien même nous souhaiterions l’égaler. Ses textes aboutissent à l’union toujours réussie du raffinement des mots et de la fluidité des phrases. Ceci, seul, est un exploit.

Et pourtant, et c’est un miracle dans un miracle, avec cette précision tantôt angélique, tantôt démoniaque, son style inimitable est une arme qui lui permet de s’attaquer avec un courage – je n’ose dire une témérité -  qui force l’admiration, à des thèmes plus que périlleux. Femme-objet, femme-marchandise, femme-esclave, religion, mort, décrépitude, solitude, douleur d’aimer, pédophilie… Elle, d’ailleurs trop rare, nous a fait le bonheur de poster hier coup sur coup deux écrits divins, l’un puissamment érotique sur l’étreinte lesbienne, le fantasme et le voyeurisme, l’autre qui s’aventure avec réussite sur le terrain du fantastique…

L’aisance et la justesse avec laquelle elle s’empare des psychés masculines et féminines dans la jungle de leurs recoins les plus secrets est tout simplement déconcertante. Qu’il est sombre, le monde qu’écrit Luvaddict ! Elle nous plonge régulièrement au cœur des ténèbres de l’âme humaine. Mais, dans toute la noirceur de ce sombre monde brillent des soleils de beautés inouïes !

Si vous êtes passées à côté des joyaux que sont ses textes, le couvercle du coffret au trésor est ouvert, lui aussi au moins jusqu’à vendredi, dans la section « Histoires ». Il renferme ses deux nouveaux diamants publiés hier… Dépêchez-vous ! Pour les autres, vous pouvez tout de même aller vous y rappeler, avec moi, le chemin qu’il nous reste à parcourir sur la route de l’écriture… Pour nous motiver évidemment !

(cc) Matthew Romack

4 Responses to “S’étreindre”

  • Comment exprimer ce que tes mots ont mis en moi sans être redondante et banale ?

    Je serais bien incapable de te remercier puisqu’il me semble que cela soit bien insuffisant. Je n’ai du reste pas envie de le faire. En fait, je crois même que c’est inutile tant tu es déjà bien conscient de toute la reconnaissance et de toute l’admiration (et ce n’est que le sommet de l’iceberg) qui m’animent depuis cette nuit pas si lointaine, où la jeune femme que je suis est tombée sur l’homme que tu fus. Tu sais déjà tout et, bien que pétris de mots, nous savons bien tous les deux, de quoi il retourne.

    Au fond, tout ce qui me vient, c’est: merci d’exister.

  • @Kwelet, @LuvAddict, votre échange me donne envie de réécouter cette chanson absolument sublime et particulièrement kitsch : http://www.youtube.com/watch?v=6RFdJPyPoAQ

    Ne me remerciez pas. <3

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