Mens Room

Lutter

« S’exprimer honnêtement. Envers les autres. Envers soi-même. S’exprimer honnêtement. Quelle que soit la manière que l’on a choisie. Sans se mentir. Sous n’importe quelle forme. Voilà une chose qui n’est pas si facile à réaliser. S’exprimer honnêtement. » C’est ainsi que le grand sage, que dis-je, le maître, trop tôt disparu, Bruce Lee, définissait sa propre Voie. (Hey ! vous avez voulu du martien, en voili, en voilà !)

lutter

Alors oui, sur LR, il y a du talent plumesque, du bel ouvrage crocheté au clavier, des lignes si exaltantes qu’on les snife jour et nuit. (Hop hop hop hop hop ! NdA : Attention, ceci n’est pas une apologie, il s’agit de lignes d’encre et d’électrons. Euhm, c’est une image quoi. Une métaphore. Passons). Il y a des histoires, de la littérature, mais il y a, surtout, de la vraie vie.

De la vraie vie avec 0% de langue de bois et 100% de filles dedans. De la vraie vie dans laquelle chacun s’efforce de s’exprimer honnêtement. C’est la première chose qui frappe, quand on arrive sur LR. Les contributrices, avec une franchise percutante, n’y vont pas de main morte. Coups de gueule, ruades dans les brancards, tapages de poings sur la table. On s’explique parfois vivement dans les commentaires, mais toujours avec respect, avec intelligence et arguments. Qu’est-ce que c’est bô une femme de caractère ! – soupir -

Tout le monde est au courant, les temps sont difficiles. Mais ils le sont doublement pour les femmes, en général. Certaines nous les dépeignent avec le recul lucide et désabusé des déclassées, d’autres nous avertissent non sans humour : il va falloir, il a fallu, s’adapter, d’autres enfin nous expliquent avec limpidité que si les hommes ne sont pas tendres avec les femmes dans le milieu professionnel, les femmes sont souvent pires entre elles. Alors quelles solutions ? Il faut d’abord croire en soi, c’est la base. Ensuite, sans doute faut-il ne pas hésiter à user de son propre pouvoir : ses capacités intellectuelles et humaines, mais aussi, oui, sa féminité, qui est une redoutable arme de séduction massive. Pourquoi s’en priver ?

Mais ce n’est pas tout. A la dureté économique, on ajoute la dureté d’un cadre légal dont on s’aperçoit qu’il ne faudrait pas grand-chose pour qu’il prenne l’eau de toute part. Il ne faut donc pas oublier de rester solidaires et groupées. Défensives et offensives. La condition féminine actuelle, c’est effroyable de le constater, reste fragile. La vigilance et la mobilisation s’imposent, plus que jamais, et tous azimuts, non seulement pour maintenir les droits actuels, mais pour aller encore plus loin. Vous me permettrez de revenir, enfin, sur le droit spécifique, indiscutable, à l’avortement. Storia, après Nouvelle 30naire, en a parfaitement parlé. Deux articles anciens et poignants nous rappellent qu’user de ce droit est, toujours, un cas de conscience d’une ampleur gigantesque, qui nous marque longtemps, terriblement, profondément.

Je ne saurai jamais, évidemment, quelles sont les implications psychiques et physique de ce choix pour une femme, cela n’appartiendra toujours qu’à vous, mesdames. Mais cette situation ne m’est pas étrangère, car – en quel autre lieu le confier sinon ici ? – je sais ce que cette situation implique pour un homme, ayant eu à faire ce choix avec une compagne, tous les deux, ensemble, d’un commun accord, après des discussions nombreuses et, évidemment, douloureuses. Alors que je vois mes fils grandir chaque jour, je pense souvent à la sœur aînée qu’ils auraient eue…

Le féminisme n’en est qu’à ses débuts. La lutte ne fait que commencer, notamment pour une égalité réelle, mais aussi pour nous rapprocher, et les unes et les uns, dans un combat commun. Au delà des incompréhensions, prenons conscience, ensemble, que nos différences sont minimes.

On peut être mec et féministe, oui. Je suis loin d’être seul dans ce cas là. C’est que j’estime non seulement que les droits des femmes, absolument égaux à ceux des hommes, sont des droits naturels, mais aussi, que le haut niveau de la condition féminine dans une société, témoigne avant tout du fait que ladite société est saine.

Aujourd’hui, mardi, je souhaite mettre à l’honneur deux ladies que j’apprécie farouchement.

Nouvelle 30naire, d’abord. Je ne sais pas comment le dire autrement : je l’adore. Pratiquement depuis mes débuts sur LR. Je la lis toujours avec une grande attention, me permettant même l’audace, ici ou là, d’intervenir en commentaires, auxquels elle répond systématiquement avec beaucoup de délicatesse, de pondération et d’empathie. Véloce, saine, franche et culotée au-delà même parfois du raisonnable. Mais c’est aussi pour ça qu’elle est irrésistible.

Intelligente, hyperactive, lucide, perspicace, vivace, courageuse, elle tape à chaque fois dans le mille par ses articles très variés, à la mécanique parfaitement huilée, sur la condition féminine, les diktats des canons de beauté, les carcans de la perfection physique, les droits des minorités, l’écartèlement, hélas persistant, des femmes entre leurs figures d’amante, de mère, d’épouse ou ex-épouse, placées dans des situations schizophréniques. Tous les parents solo, et nous sommes nombreux, comprendront intimement. Nouvelle 30naire étonne par sa capacité à poser les bonnes questions, sans avoir la prétention d’imposer ses réponses. Elle nous interpelle et nous laisse le choix. Elle est, par ses contradictions assumées, magnifiques, et ses prises de paroles foudroyantes, un concentré de LR à elle toute seule. La lire est une stimulation et une gourmandise. C’est tout ce que j’aime. (Le plus difficile ayant été de sélectionner neufs articles parmi la masse de ses productions, vous les trouverez néanmoins réunis dans « humeurs » jusqu’à jeudi. Régalez-vous !)

Kadia : Dès le premier texte que j’ai lu d’elle, j’ai été séduit et conquis. Par sa dextérité, sa technique fluide, sa capacité à poser une ambiance, un cadre, des personnages, immédiatement d’une densité et d’une crédibilité rares. Ses textes s’animent aussi, souvent, du souffle d’une poésie naturelle, dans les situations, dans les moments ou les rencontres évoqués. Ils battent d’une imperceptible douleur et d’une générosité vraie. Ils résonnent de délicatesse et d’humanisme. Je suis sensible à tout cela évidemment. Enfin, elle m’a interpellé par ses thèmes, assez peu traités, et, encore plus rarement, aussi bien traités. Si vous ne la connaissiez pas, vous n’avez qu’aujourd’hui pour vous rattraper et découvrir le collier de ses neufs perles, dont elle nous a fait cadeau, dans la section « histoires ». A quand les autres textes postés, Kadia ? Tu as tant à nous donner ! ;-)

L’ensemble de cet édito est évidemment, vous l’avez compris, modestement dédié à la lutte féministe et à celle des minorités LGBT. « Ah si j’étais un homme », chante-t-elle dans ce classique qui m’a toujours ému, cri poignant intime et vrai, d’une femme qui veut pouvoir faire tout ce que font les hommes. A une époque où on en était encore loin, quoique sur le bon chemin (1979). Il y a des tas de niveaux de lecture dans cette chanson et, en prime, aujourd’hui, toute l’éclatante ambigüité sexuelle de son texte.

https://www.youtube.com/watch?v=Qdgt8djNe9M

(cc) Christi Nielsen

4 Responses to “Lutter”

  • Je rougis devant tant de compliments… J’ai même versé une petite larme, pour te dire. Merci beaucoup, aujourd’hui fût une journée très particulière pour moi (je te (vous) raconterai plus tard) et tu la termines en mettant une cerise, que dis-je, tout le cerisier sur la pièce montée! Merci beaucoup, tout plein et du fond du coeur!

  • J’ai hâte de lire ça! ;-) Vraiment c’est moi qui te remercie. Quand on a quelque chose sur le cœur, et que l’on vous donne l’occasion de l’exprimer, ne faut-il pas la saisir? J’ai adoré saisir cette occasion pour te saluer comme il se doit! :-)

  • Olala j’en suis toute émue! D’autant plus que je ne m’y attendais pas… Kwelet, j’ai bien peur de n’avoir pas assez de mots pour te témoigner ma gratitude. Je suis tellement reconnaissante à la vie d’avoir croisé un homme comme toi ici… Merci beaucoup, beaucoup pour ces mots qui me vont droit au coeur!
    Quant à mes textes sur LR, la suite de “J’ai un sucre à te dire” est en préparation, donc bientôt j’espère, et tu seras le premier à le lire bien sur!
    Avec toute mon affection… ;)

  • “Surpriiiiise!” Comme on dit dans les séries. ;-)
    Même si j’ai déjà eu l’occasion de te dire tout le bien que je pensais de toi et de tes écrits @kadia , j’ai saisi au vol la chance de te distinguer. Sans aucune hésitation.
    Ce n’est pas sans émotion non plus, que je dois t’avouer une reconnaissance réciproque. Je sais que tu n’en doutes pas.
    Et finalement, c’est toi qui me fais le plus beau cadeau en m’annonçant une excellente nouvelle! Impatient, ô combien, de lire cette suite! :-)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>