Culture

Et si le sexe était la clé de voûte de l’émancipation féminine ?

Article sélectionné par Kwelet lors de sa semaine de Rédaction en Chef !

Ou comment la série Masters Of Sex rappelle, à juste titre, combien il est important pour toutes les femmes et chacune d’entre elles, à leur échelle, de continuer à se battre pour défendre leurs droits. Dont celui à jouir. Tout à fait.

Masters_of_Sex_titleMasters Of Sex, comme en parlait si justement Kwelet dans son article portant en outre sur la délicieuse Lizzy Caplan, est une série portant sur les travaux de deux chercheurs américains en sexologie, Virginia E. Johnson et William H. Masters, travaux qui auraient drastiquement changé la vie privée donc publique de nombreuses femmes, dont toi, surement. Oui oui, toi.

Diffusée à la rentrée dernière sur la chaîne américaine Showtime, à laquelle on doit entre autres Stargate SG-1 (oui, bon), Dexter, The L Word et son sequel The Real L Word, United States of Tara, Journal Intime d’une Call Girl, Queer As Folk, Californication, Homeland et j’en passe, la série ne pouvait mener qu’à un résultat défrayant la chronique, à mon sens.

Je n’en dirai pas davantage sur les différentes intrigues de la série, de peur de vous gâcher le plaisir de découvrir cette première saison d’une densité rare. Je me suis d’ailleurs surprise à trembler devant mon écran à l’idée de ce qu’il pourrait arriver aux différents personnages, dès les premiers épisodes…

Mais je vous en toucherai bien un mot sur le contexte particulier dans lequel cette dernière a lieu. C’est l’Amérique de la fin des années 1950, une Amérique en pleine guerre froide, frileuse à l’idée de voir les lignes bouger, et ce en faveur des femmes.

Des femmes qui portent seules le poids de toute une famille. (Oui parce que, et excusez-moi du peu messieurs, mais l’argent ne fait pas tout. Souvenez-vous en.) Qui se sacrifient pour le devenir de leurs enfants. Qui se dévouent corps et âme à leurs maris, ou à l’inverse, se gardent bien de prendre mari, estimant que c’est là leur seule chance de s’imposer dans un monde majoritairement dominé par des hommes. Des femmes qui se jugent entre elles et se jugent elles-mêmes. Des femmes qui doutent et que l’on fait douter.

Les découvertes de Masters & Johnson ont radicalement changé la vie de ces femmes, au grand dam des hommes. Parce qu’au moment même où elles ont commencé à prendre conscience de leur potentiel sexuel, s’est alors créée, de manière imperceptible, l’envie et la volonté de prendre leur revanche.

Je n’ai pas pu m’empêcher de me mettre à la place de ces femmes. En tant que femme évidemment, mais aussi en tant que noire – la ségrégation étant à l’époque relativement limpide : à quoi aurait pu ressembler ma vie ?

Après mûre réflexion, je crains que la situation des femmes n’ait pas tant changé que ça. Et si, depuis une bonne cinquantaine d’années, de nombreuses femmes n’avaient pas pris en considération les découvertes révolutionnaires de Masters & Johnson, précisément parce qu’on leur a appris que le sexe était un sujet trivial, à laisser aux bas instincts masculins ?

Féministe pro-sexe, mon avis est sans doute vicié, je vous le concède. J’en vois même au fond qui se lèvent pour quitter le plateau d’une trombe. Ne partez pas ! Quelle que soit l’importance que vous accordez au sexe dans votre vie, réfléchissez-y, pensez à ces quelques points essentiels prouvés scientifiquement :

- L’orgasme féminin est sept fois supérieur à celui de l’homme (SEPT FOIS, tu réalises ou pas ?!) ;

- Le clitoris est l’organe le plus sensible de l’être humain : il compte près de huit mille terminaisons nerveuses (contre six mille pour le gland du pénis, pour la comparaison) ;

- Il a fallu attendre 1997 pour la remise en cause de la dualité entre la stimulation clitoridienne et vaginale ; alors que cette dernière entraîne automatiquement, en réalité, une stimulation des bras profonds du clitoris.

Ces découvertes, apparemment anodines et qui peuvent souvent apparaître comme triviales, sont fascinantes, pour la simple et bonne raison qu’elles prouvent aux femmes, si tant est qu’il soit nécessaire d’apporter une preuve à cet état de faits, que la réponse apportée par notre corps aux rapports sexuels sera toujours supérieure à celle des hommes.

Et je regrette que nous n’en soyons pas plus fières, que nous ne nous en préoccupions pas plus que ça. Je regrette qu’on laisse massivement la masturbation et la pornographie aux hommes alors qu’en réalité, c’est bien nous qui devrions jouir au centuple de ces images triviales… Si les femmes étaient à la tête de l’empire pornographique, l’objectification de nos corps ne serait plus à l’ordre du jour (aussi excitant que cela puisse être dans un contexte particulier, pour les hommes comme pour les femmes). Purée les meufs, reprenons les armes pour plus de plaisir et de jouissance !

Blague à part, loin de moi l’idée de faire la guerre, mais une VRAIE révolution sexuelle se doit d’avoir lieu. Pour toutes les femmes qui aiment le sexe et qu’on montre encore trop souvent du doigt. Pour toutes celles qui ne pensent trouver la jouissance que dans les bras d’un homme. Pour celles, aussi, à qui l’on reproche de se passer volontiers, non pas seulement des bras, mais du sexe masculin.

Mais aussi et surtout pour que le sexe soit l’affaire de toutes et chacune, y compris celles qui n’en ressentent tout simplement pas le besoin. Dans ce sens, est-il aussi critique qu’il en a l’air, mon féminisme ?

6 Responses to “Et si le sexe était la clé de voûte de l’émancipation féminine ?”

  • Je ne veux pas jouer les rabat-joie, ni les vieilles, hein! Mais à partir de 35 ans (plus ou moins) les femmes reprennent conscience de leur corps et assument mieux leur sexualité…
    Est-ce que c’est pour ça que la moitié des mariages terminent en divorces?
    Est-ce que c’est pour ça qu’elles prennent des amants plus jeunes?
    Est-ce que ces mêmes amants se sentent mieux avec ces “Cougars et autres Pumas” parce qu’elles sont sexuellement plus conscientes de leurs corps et du plaisir?
    Je n’ai aucune réponse mais je reste convaincue qu’il doit exister un lien entre tout ça…
    Il suffirait que tu viennes en Guest à une de nos soirées quadras tu comprendrais ;)!

    • Moi ça me pose pas problème ce que tu dis, je suis même plutôt d’accord :) Je trouve simplement dommage qu’il faille attendre un divorce ou l’âge de 35 ans pour prendre conscience de son corps et assumer sa sexualité…

      Pour ce qui est de la différence d’âge, je n’ai pas de réponse. J’aurai tendance à dire, sans grande conviction, qu’en général les jeunes femmes hétéro sont dans une configuration où, sans chercher le prince charmant (encore que…), se tiennent sexuellement “à carreau” parce qu’elles estiment peut-être devoir choisir entre maman et putain.
      Car une fois qu’elles ont été mariées, qu’elles ont fait des gamins et qu’elles se sont, en substance, bien fait chier, elles vont enfin voir ailleurs et là, c’est l’éclate. Vu comme ça, je trouve ça un peu triste.

      Côté mecs, les plus jeunes sont attirés par les femmes mûres justement parce qu’elles se sont débarrassées de ces carcans. Je ne voudrais pas faire de généralités en carton, mais pour avoir fréquenté quelques hommes bien plus âgés que moi, le fait de s’engager avec une femme qui serait déjà plus “mère” que femme semble les déranger. Tant et si bien qu’ils se retrouvent à 40 ans sans nana, et sans bambins non plus. Rien de très réjouissant pour eux.

      Toujours dans une configuration hétéro donc (d’où mon amour pour la queerness en toutes choses), les mecs, quel que soit leur âge, n’aiment pas les contraintes. Tandis que les femmes sont beaucoup plus à l’aise dans le contrôle, semble-t-il.

      Grosso modo, il faudrait moins de contrôle et plus d’échanges. Appréhender le sexe – puisque c’est le sujet – de manière aussi désinvolte que les hommes. Je crois que ça changerait pas mal les mentalités.

  • Je pense que et l’âge et l’expérience du “mariage” ou “relation longue” et/ou “enfants”, sont des événements qui te permettent de mettre en perspective, ce que tu as eu et ce que tu ne veux plus! Et donc tu te libères d’un poids et donc de tes carcans comme tu dis… Dommage oui, je suis d’accord avec toi mais quand je discute avec des filles plus jeunes et que je leur dis ça, c’est la crise…
    Ce que personne ne veut comprendre c’est qu’il existe pour les femmes une vraie pressions sociale/familiale/personnelle silencieuse et lourde qui les mène à se négliger elles-mêmes. On compte sur nous pour être des êtres responsables enclins à la reproduction, légataires de l’histoire familiale et gardiennes du futur…
    Moi, ça me fait peur, je croyais que les choses changeaient mais cette abnégation, fait de nous des êtres désaccord avec elles-mêmes et leurs corps…

  • Je viens de terminer l’épisode 6 et je n’ai qu’une chose à dire : HAAAAAAAAAAAAAAAA ! (Je reviendrai ici même écrire quelque chose de plus sensé quand je serai calmée.)

  • J’adore cet article! Il fait tellement écho à de récentes réflexions personnelles.
    Ça doit faire une heure que je dois être là devant sans arriver à poster mon commentaire tellement j’ai envie de dire de choses…! Alors je vais faire très simple. Je suis d’accord avec ton propos Rose H. Entièrement. De toute mon âme. De tout mon corps. De tout mon clitoris. Et c’est à une nuit que je le dois, une seule, une nuit électro choc qui m’a fait prendre conscience d’un paquet de trucs.
    A propos de l’article lui même, je suis complètement d’accord quand tu dis que les choses n’ont pas tant évolué que ça. Effectivement, on est encore coincé dans des sacrés schémas de pensée, et c’est le cas de le dire, parce que je soupçonne nos éducations judéo-chrétiennes d’y être pour quelque chose, mais pas seulement, les schémas de pensée aussi sur l’homme qui doit assurer, etc… religion, et sexisme aussi.
    Bref, super article:)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>