Coeur

Le Fantôme

Il y a des hommes que l’on doit laisser derrière soi. Pour notre bien. Pour nous sauver, parfois. Des hommes que l’on aime plus que tout, mais que l’on doit laisser partir parce qu’ils ne nous rendront jamais heureuse.

fantome

Ces hommes-là, il est atrocement difficile de les oublier, de ne plus penser à eux. De ne plus les voir dans tous les autres hommes que l’on croise dans la rue. De ne plus se retourner lorsque l’on sent son parfum dans le métro. Apprivoiser leur fantôme devient un travail de tous les jours.

Ces hommes-là marquent une vie. Laissent une trace indélébile, une cicatrice.

Ces hommes-là, on ne peut les croiser sereinement. On ne peut échanger deux banalités avec eux sans que notre estomac se noue, sans sentir un trouble immense envahir notre cœur et notre corps. On peine à empêcher la vague qui déferle de tout emporter sur son passage.

Les mois, les années passent. On finit par s’habituer à la présence du fantôme. Il se fait de plus en plus discret. Et puis un jour, le fantôme vient frapper à notre porte – ou à notre boîte mail. On ne s’attendait pas à cela. On se préparait à l’éventualité de le croiser au hasard. A la possibilité d’entendre parler de lui par une connaissance commune. Mais un mail écrit du creux de la nuit, non, cela, on ne pouvait pas le prévoir.

Le fantôme se demande si l’on va bien, ce que l’on devient. Le fantôme n’a peur de rien. Encore une fois, il n’a pensé qu’à lui en écrivant ces lignes. Jamais, il ne s’est demandé ce que l’on pourrait ressentir. Il n’a pas changé.

On s’interroge. Faut-il lui répondre ? Quoi lui dire ? Et puis l’on finit par se dire que l’on pourrait peut-être se revoir. Prendre un verre. Casser les derniers morceaux du mythe. Être capable enfin de le classer dans la catégorie des “ex” et plus dans celle de “l’homme de ma vie qui n’a pas su m’aimer et que j’ai quitté pour ne pas crever“.

Attendre sa réponse. Découvrir sa réponse. Lire ses mots : “Je viens de devenir père“. Les relire. Pour être bien sûre. Il n’y a pas d’erreur. Songer, avec plus d’angoisse que de tristesse ou de jalousie, que s’il en avait été autrement, on aurait pu être la mère de cet enfant.

Retrouver ses esprits, enfin. Réaliser qu’à aucun moment, on n’a eu envie de pleurer. Que le bourdonnement, la fièvre si souvent ressentis à la lecture de ses mots avait disparu. Se surprendre à espérer qu’il soit heureux. Et surtout, se dire que non, il ne serait jamais un ex parmi les autres…

Mais le fantôme a plutôt intérêt à rester caché au fond du grenier…

(cc) J L

2 Responses to “Le Fantôme”

  • Les mots justes… je n’aurais jamais pu mieux décrire ce jour ou presque guérie, tu reçois ce fameux email… La blessure se rouvre… béante. Beau texte. Merci

    • Mimi

      Avoir su apprendre. S’être reconstruite. Avoir renforcé et mieux armé son cœur.
      Croire qu’on l’a oublié, se rappeler qu’on ne l’oubliera jamais.
      Et accepter. Accepter qu’on ne l’oubliera pas et s’aimer soi- même, plus qu’il ne l’aurait jamais fait.
      Ne plus rien attendre de son fantôme… et se voir tout offrir!

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