Histoires

Scènes de Paris

A Paris, j’aime la possibilité que rien ne se passe vraiment comme prévu. Que tout se passe en dehors d’un cadre. Laisser les guides, les cartes, les adresses dans la valise. Et me laisser porter pour atterrir en des lieux inconnus. Des lieux improbables. Des appartements insolites. J’aime l’idée que ce que je vis est mieux que tout ce que j’aurais jamais pu écrire sur ma liste de choses à faire.

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A Paris, j’aime boire à ces terrasses chauffées l’hiver. Et parfois laisser la conversation et les gens là où ils sont, me perdre dans mes pensées, tapoter le verre du bout des doigts et regarder défiler les voitures. Le flot ininterrompu de la circulation sur le quai. Les voix autour se font lointaines.

J’aime regarder les gens autour, les femmes surtout, leur manière de s’habiller, souvent parfaites dans leurs imperfections. Les cheveux ramenés négligemment sur une épaule, un sac de cuir marron en bandoulière, une chemise blanche coincée dans le haut du jean, une veste à carreaux trop longue, une écharpe trop grande qui frôle les lèvres et ne laisse apparaître que les yeux.

A Paris, j’aime la lumière à la fin du jour. Quand tout ralentit soudainement, que le soleil caresse une dernière fois la Seine. Que le froid pique les joues. Alors, allumer une dernière cigarette avant d’y aller. J’ai rendez-vous. Une dernière en attendant que la nuit m’emporte je ne sais où. Il fait froid. J’attends. Je fume. La cendre se consume doucement, je laisse tomber le mégot à mes pieds. Je ne sens plus mes doigts, ils sont gelés. Pas grave. J’ai dans la tête des idées qui me réchauffent. Je jette un dernier regard vers Notre Dame. Je me dirige vers une ruelle. C’est là que tout commence. Je repense à ce film de Woody Allen et je me surprends à penser que oui, la vie à Paris peut être comme un film si on y croit. Si on se laisse embarquer. Au gré d’une rencontre. D’un rendez-vous. D’un désir. Se laisser surprendre. Et laisser le hasard nous manipuler.

Quand je vais à Paris, je frémis toujours, le billet entre les mains. Des papillons dans le ventre quand on s’élance sur les rails. Et puis le train freine sa course. Il y a cette émotion quand j’aperçois l’horloge de la gare. Dès lors, je sais que le temps sera compté. Il faut profiter. C’est toujours la même émotion, sans lassitude après toutes ces années. Une légère excitation au creux du ventre. Le temps de quelques jours, je me perds dans ses rues pleines d’histoires, d’autres que les miennes, et j’entends au creux de l’oreille les belles promesses que me fait Paris. Je sais qu’elle ne m’appartiendra jamais. De passage elle est merveilleuse. De passage seulement. Je vis mieux éloignée d’elle. Comme d’un amant. C’est juste une parenthèse. Une parenthèse de vie pleine de liqueurs enivrantes, de halos de fumée et de jolis mots. De regards ravageurs et un peu menteurs.

Et puis. Il y a ce déchirement qui dure quelques minutes à mesure que je laisse tout derrière moi. La fin du voyage. Il y a toutes ces images qui s’entrechoquent. Des flashs qui m’envahiront encore pendant des jours. Jusqu’à l’obsession. Des images de sourires espiègles, de rendez-vous manqués, d’une main qui frôle mon épaule, de pensées interdites, de regards détournés, de soirées un peu dingues, de l’heure qu’on oublie, de bouteilles qu’on ouvre. De verres resservis qu’on ne consommera pas et de phrases qui finiront dans un souffle. Paris me laisse en tête des instants fugaces qui ont le goût d’éternité.

Partir est un soulagement. Quitter l’illusion étourdissante d’une vie là-bas. M’extraire d’une scène de cinéma pour retrouver la réalité. Loin de l’effervescence. Paris est un amant un peu addictif. Heureusement, il suffit de s’en éloigner pour oublier, un peu. Mais quand on le retrouve… tout recommence.

(cc) Trey Ratcliff

6 Responses to “Scènes de Paris”

  • J’ai le même ressenti que toi sur Paris. Et les six mois où j’y ai habité j’ai tout aimé. mais j’étais contente finalement de ne pas y vivre pour de vrai. Mais le regrette chaque fois que j’y retourne pour quelques heures…

  • Petit coeur pour cet article :) (cf. mon mail)

  • J’aime beaucoup dans ton texte les passages “contemplatifs”, temps suspendu, quand tu embrasses le décor du regard… quand tu t’imprègnes de lui… immobile ou presque… Ce moment précieux juste avant de basculer du statut de spectatrice à celui d’actrice.

  • Moi je suis mal placée pour répondre… J’AIME PARIS! J’adore m’y balader, m’y perdre et le découvrir sans cesse…
    Le jour où je devrai le quitter, j’aurai beaucoup de mal, je préfère ne pas y penser…
    Merci pour ce joli texte, car de trop nombreuses personnes oublient la magie qui habite cette ville.

    • J’ai beau découvrir d’autres villes et voyager un peu, Paris restera toujours Paris. A chaque fois que j’y retourne, je ressens quelque chose d’indescriptible. Il n’y en a pas une seule autre de ville qui me fasse cet effet. Le mot “magie” comme tu le dis, c’est vraiment ça…

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