Humeurs

… Celle qui était waterplouf

Je crois bien qu’à chaque fois que j’ai repris le chemin du grand bassin, avec ou sans bouée, avec ou sans muscles… avec ou sans brushing, j’ai posté un billet. Je devrais pouvoir écrire mon CV sentimentalo-capillaire rien qu’avec mes aqua-péripéties. Mais il est vrai que le retour des baignades dans la Javel et les mycoses sonne souvent chez moi comme une remise en cause, un retour à la case départ. Le cycle de la vie quoi.

waterploof

La vache, c’est vachement profond ce que j’écris là. Oui, je sais : en une phrase, j’ai écrit deux fois vache et ce n’est pas pour me décrire cette fois-ci, moulée involontairement dans mon petit maillot. Non, le deuil de la sylphide c’était le coup d’avant, ou celui d’avant, avant. Bref, dans l’eau, j’ai coulé mon égo et je suis toujours remontée.

Il faut dire qu’être née sirène m’a affublée d’une particularité physique qui rend mon séant flottant. Plongez-moi dans l’eau et ce n’est pas ma tête que vous verrez remonter en premier… 40 ans plus tard, je cherche encore une utilité quelconque à ce talent inné.

Non alors cette fois-ci, mon retour a été motivé par une période tout-va-mal-autour-de-moi-alors-je-prends-soin-de-moi-sinon-je-disjoncte, phase critique post tout-va-mal-autour-de-moi-alors-je-crise, et qui en général m’évite un douloureux je-vous-conchie-tous-je-retourne-chez-ma-mère… ce qui vous l’avouerez n’est jamais la bonne solution passés 25 ans. Un peu comme le suicide au pot de Nutella ou un relooking à la Lady Gaga. Il n’est jamais bon de se précipiter.

Inspirer.

Ayé ça commence, on arrête de caqueter. L’eau est froide ; c’est bon pour le fessier. Le style aux vestiaires, les lunettes de mouches incrustées sur le nez, je saute dans l’eau après avoir fait un bref calcul entre le nombre de mômes flottants dans le grand bassin et la probabilité qu’ils y aient déjà pissé.

Souffler.

Je me dis que si je souffle vite, je n’avalerai pas trop d’urée et me demande aussitôt si mon voisin de couloir s’était déjà mouché. C’est fou comme la piscine nous isole des tracas quotidiens. Je nage lentement en me concentrant sur mes fonctions vitales. La Javel me lave de l’intérieur, et pas uniquement les fosses nasales. L’espace d’un instant, je caresse l’espoir de nager avec grâce et me console en me disant que le Mirounga angustirostris fait illusion tant qu’il est dans l’eau.

Inspirer.

Je repense à ma vie, mais les poumons gonflés à bloc m’empêchent de m’attarder. Déjà il faut souffler. Ma tête tourne un peu. A part pour appâter mon mec, il est rare que je gonfle autant le thorax. Je me dis que peut-être cette hyperoxygénation du cerveau produit cette envie irrépressible d’écrire, je rédige dans ma tête quelques phrases, allez zou je me fais rire. La morue est bon public. Je regrette soudain de ne pouvoir utiliser un dictaphone. Je suis mûre pour le one woman under-water-show. J’imagine l’air ahuri des Frédéric Bousquet de l’Oise… Décidément, j’ai du mal à m’habituer.

Comme souvent, je deviens incohérente. Je me demande si grâce à ce post, j’ai boosté le nombre de pages vues de la page des Miroungas sur Wikipédia. Mes pensées vagabondent comme Laura Ingalls dans son pré. Je me dis qu’on doit avoir la même allure avec ce vieux bonnet. Je me dis aussi qu’on doit avoir le même âge. Tiens, je me déteste soudain. Je me ferais bien couler.

Souffler.

Je vide mon sac dans un vacarme assourdissant. Quel est le gland qui a parlé du monde du silence ? Entre les cris des nains qu’il faudrait noyer, et les milliers de bulles que je me dépêche de souffler, je ne m’entends plus penser. Ma vue se trouble ; j’ai oublié de postillonner dans mes verres. Mes muscles paresseux chauffent, ça pique, je recommence à râler.

Soudain, mon regard se pose. Mon radar est waterproof. Un joli petit booty flotte dans ma ligne de mire. Je prends un peu la tasse et me dépêche d’oublier ce que je viens d’ingurgiter. Je m’approche, je palpe, je m’accroche à la bouée. Oups, mais c’est mon autre qui m’a accompagné. Je remets les JO à plus tard, le Pulitzer aussi, le public en délire, les fans, la gloire et la beauté. M’en fous, j’adore procrastiner. « Allez chéri, on rentre ? J’ai fini de barboter… »

(cc) justmakeit

2 Responses to “… Celle qui était waterplouf”

  • Comme toujours tu me donnes le sourire, merci ;-)
    Pour raisons médicales je vais devoir investir dans la même panoplie que toi et l’idée même me paralyse. Je penserai à toi lorsque je ferai mes longueurs.

  • merci ma bichette mais tu sais, même avec un sac sur la tête et des palmes on a la classe internationale !! si si…
    Bon retour dans le grand bain ! je te soutiens moralement… entre deux tasses bien sur.

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