Culture

Britney, Christina : pourquoi elles ne sont pas (et ne seront jamais) des icônes

Article sélectionné par Bolo lors de sa semaine de rédaction en chef

J’aimerais tout de suite présenter mes excuses aux trop nombreuses Ladies qui portent toujours Britney dans leur cœur, en nostalgie d’une époque qui n’a, en réalité, jamais vraiment existé… Sorry, girls. Et Christina, elle, à mon grand regret, voit sa base de fans rétrécir comme peau de chagrin… Combien d’entre vous sont allé-e-s voir Burlesque ? Allez, dites la vérité. Personne (sauf une bonne portion de la communauté gay… et moi, sans grande surprise).

Cet article est aussi, à mon sens, l’occasion de remettre les points sur les i et les barres sur les T quand il s’agit de comparer Britney aux autres artistes pop. L’intérêt de la comparaison étant, selon le CNRTL, eternal partner in crime, de rapprocher deux éléments et en faire ressortir leurs ressemblances ET leurs différences, notamment.

brit-xtina

Un peu comme Ryan Gosling et Justin Timberlake, par exemple. En voilà une comparaison qu’elle est belle. Mais ça n’est pas le propos, ici. Commençons par le commencement, si vous le voulez bien ?

Brit et Xtina démarrent main dans la main dans le Mickey Mouse Club, à l’époque où tout le monde se fout littéralement de gamines mi-ringardes mi-country (l’un dans l’autre…) – l’une sort tout droit du Mississippi, l’autre naît dans le New Jersey d’une mère irlandaise et d’un papa équatorien (je suis métisse, un mélange de couleurs, oh oh…) – qui roulent gentiment des mécaniques à la télé en attendant leur heure de gloire.

Et cette fameuse heure de gloire arrive en novembre 1998 : alors qu’elle approche timidement de ses 17 ans, Britney Spears sort son premier single, Baby One More Time, réveillant entre autres les ardeurs des adulateurs de nymphettes tapis dans l’ombre.

Quelques mois plus tard, en juin 1999, Baby Jane (mais qui l’appelle comme ça, Wikipédia, sérieusement ?)  sort également son premier single, Genie In A Bottle, au clip hautement moins connoté que sa copinette mais dont le succès, pourtant significatif, reste relatif face à l’explosion de Britney.

Alors que cette dernière enchaîne tube sur tube jusqu’en 2001 – je pense notamment à Crazy, Born To Make You Happy pour le premier album, Oops… I Did It Again, Lucky, Don’t Let Me Be The Last To Know  (oh oui, souvenez-vous, c’est cadeau) pour le second, Christina Aguilera ressort de l’ombre à la même époque en participant à la BO du sublime Moulin Rouge de Baz Luhrmann, sur l’incontournable Lady Marmelade, aux côtés de Lil’Kim, Mya, Pink. De la très belle ouvrage, avec la vulgarité en étendard : on adore et on en veut encore. “Voulez-vous coucher avec moi, ce soir ?”, chantaient-elles à l’unisson. J’y réfléchis encore. Très sérieusement.

Fin 2001, Britney lâche les chevaux avec son troisième album éponyme dont le premier single, I’m A Slave 4 U, met tout le monde d’accord. C’est le début des collaborations prestigieuses (l’album est en partie produit par les Neptunes, comme sur l’excellent Boys) et des premières défaites, comme le flop prémédité du premier film dans lequel elle tient le premier rôle, Crossroads – a-t-on envie de revoir ou de réentendre l’infâme I’m Not A Girl, Not Yet A Woman figurant sur la bande-son du navet ? Non. Je ne pense pas. Pourtant, I Love Rock N’ Roll, Overprotected avaient pas mal cassé la baraque au moment de leur sortie. Enfin, je dis ça… (Je ne connaissais pas Joan Jett à l’époque mais j’avais eu mal pour elle, je crois bien).

Tout ça pour dire que Britney continue son petit bonhomme de chemin, soufflant le chaud et le froid – “Je ne suis plus une petite fille, pas encore tout à fait une femme, n’empêche que je suis ton esclave sexuelle, ah, ah” *râles de plaisir* – tandis que Christina en est à son 4e album (déjà ?) fin 2002, nous servant Dirrty sur un plateau d’argent qu’on n’aurait – semble-t-il – jamais fait briller.

Je vous avoue qu’à ce moment précis de leurs discographies respectives, les choses commencent à être quelque peu floues pour moi. En 2003, j’ai fait un rejet certain de la pop music et me suis recentrée sur les musiques urbaines, passant plus ou moins à côté des dernières saillies de Britney et Christina. En revanche, je me suis bien tenue au courant de leurs frasques, cela va sans dire. Et c’est au travers de ces frasques qu’on en apprend davantage sur les personnalités de Britney et de Christina, qui nous en disent beaucoup plus que ce que l’on croit sur l’impact qu’elles laissent ou ont laissé derrière elles.

Mon propos n’est pas de dire que Christina n’aurait jamais dû se percer les parties génitales, le faire savoir au monde entier et qu’elle n’aurait peut-être pas dû, non plus, l’annoncer quelques temps après être passée d’un 85B policé à un 95D siliconé. Who cares ?  Moi pas, en tout cas. (Non, vraiment, ne faites pas entrer mon attirance irrépressible pour les seins en ligne de compte, j’essaie d’être objective, ici.)  Prétendre, en revanche, que ces annonces n’ont pas eu d’impact direct sur sa carrière serait faire une erreur fatale de jugement.

Côté Britney, on peut encore se poser des tas de questions. Pourquoi la boule à zéro, pourquoi ces batailles incessantes perdues d’avance face à la paparazzade, comment n’a-t-elle pas su faire face à sa première rupture avec Justin, puis avec le père de ses enfants – et je n’invente rien, c’est elle-même qui le dit dans Britney : For The Record, un documentaire lui ayant été consacré en 2008. (Si vous avez une petite heure devant vous…)

Britney Spears et Christina Aguilera, bien qu’elles n’aient définitivement pas eu le même succès interplanétaire, qu’elles n’ont visiblement pas le même public, qu’elles se sont très vite détachées l’une de l’autre tout en jouant, de manières légèrement différentes, la carte de la polissonne, sont pour moi deux nucléons du starsystem qu’on ne peut pas considérer comme des icônes, du moins comme des role models.

Pour la simple et bonne raison qu’elles ont été happées, toutes les deux, par ce dernier. Qu’elles ont été démolies par ce système oppressant, non loin du bulldozer, qui est venu écraser toutes leurs jolies espérances, arrachant une à une toutes les étoiles qu’on voyait très clairement dans leurs yeux à l’époque où elles faisaient rêver un bon nombre de petites Américaines devant le Mickey Mouse Club.

Parce qu’elles n’ont jamais été capables d’avoir la pleine maîtrise de leur image, souci dont une réelle icône pop prend évidemment soin au plus tôt, sauf exception – on y reviendra plus tard. Quand je m’intéresse à la carrière de ces deux femmes, qui dure depuis plus d’une quinzaine d’années, à ce qu’elles en ont fait et ce qu’elles souhaitent devenir, je les sens perdues, lessivées ; clueless, comme disent les Ricains.

Chaque apparition de Britney Spears me donne le tournis : entre la vacuité de ses propos en tant que membre du jury sur X Factor jusqu’à sa participation à la bande-son des Schtroumpfs 2 pour finir sur son dernier clip, pour lequel je n’ai même plus assez d’arguments ; j’essaie sincèrement de comprendre… et ça ne vient pas.

Quant à Christina, je dois vous avouer que je n’ai jamais non plus vraiment su où elle se situait et quel était réellement son propos. Pourtant, combien sommes-nous à avoir chanté désespérément Beautiful en nous (dés)habillant devant le miroir, à nous être imaginé-e-s en pleine battle féministe déguisée en bataille d’eau au beau milieu du Bronx sur Can’t Hold Us Down, à avoir cru à un retour en grande pompe avec Hurt ?

En réalité, ce constat est très probablement celui d’une fan déçue, qu’on se le dise. Parce qu’avec du recul, il va sans dire que Britney et Christina ont du talent. (Christina surtout, si vous voulez mon avis, mais ce doit être une question de sensibilité.)  Je vous ai notamment passé Everytime, ballade que j’aime beaucoup plus qu’il est autorisé à en parler en public, Me Against The Music aussi, et leur baiser threesomesque pathétique en compagnie de la reine des reines en 2003.

Qu’est-ce qui leur manque alors, au juste ? Une voix. Pas pour les performances vocales dont elles peuvent – ou ont pu – être capables, mais une voix pour les générations futures. Un modèle à suivre ? Certainement, oui. Quelque chose en-dehors de la mort qui les rendrait véritablement iconiques. (Coucou Amy. Tu vois, je pense encore à toi.)

N’est pas donné à tout le monde de devenir une icône pop. Il ne suffit pas de vendre des millions de disques aux quatre coins du monde et de faire la une des magazines, loin de là. Au-delà de l’envie, ça demande du courage, du charisme, et un petit quelque chose, du domaine de l’exceptionnel, pour TOUT encaisser. Quoi exactement, je n’en sais rien. Mais ce petit truc-là, a permis à Beyoncé par exemple, de rester Love On Top toute sa carrière. Et si je me dois d’évoquer la nouvelle génération, je citerai Lady Gaga, évidemment, et Rihanna, parmi les plus bluffantes dans le genre.

Alors Britney, Christina, je ne suis pas certaine que vous en soyez encore capables, mais merci d’essayer encore ? On compte toujours sur vous.

3 Responses to “Britney, Christina : pourquoi elles ne sont pas (et ne seront jamais) des icônes”

  • En ce qui me concerne, Xtina aura toujours une laaaaaarge avance musicale sur Brit, qui se contente d’être une showgirl de génie (et encore, ça dépend des jours, malheureusement). Là où justement Brit est à la limite du chant parlé parce qu’objectivement, sa voix chantée est canardesque et insupportable, Xtina avait une vraie identité vocale soul qu’elle aurait davantage dû mettre en avant au lieu de ses piercings intimes et de ses seins en plastique. Je te dirais la même chose de Lady Gaga, dont je considère la musique comme un énorme gâchis au regard des performances vocales et musicales qu’elle peut fournir.
    Maintenant, parlons sérieusement : ça sert à quoi, honnêtement, d’être une icône pop, quand tout le côté show-off masque de vraies personnalités qui ne demandent qu’à s’en libérer (parce que je reste persuadée que Stefani Germanotta vaut tellement mieux que ce que les producteurs, les MUA, les designers en ont fait) ? Que retiendra-t-on de Britney, de Christina, même de Lady Gaga et de Rihanna dans quelques années, sinon au mieux un sentiment de ridicule, au pire un sentiment de malaise ? Au contraire. Qu’au lieu de persister à être des icônes, qu’elles soient enfin des artistes, ça leur fera moins mal à l’ego.

    • Je suis d’accord avec la première partie de ton commentaire, Storia. Effectivement, il y a beaucoup plus de potentiel chez Xtina que chez Brit, je trouve aussi. Et de loin.

      En revanche, je ne suis pas d’accord avec ce que tu racontes sur Lady Gaga. Mais c’est évidemment lié à ta vision élitiste et en conséquence étriquée de la musique :)
      En comparaison à ses capacités, Lady Gaga peut faire de la soupe, oui, je te l’accorde. Son dernier morceau m’arrache les oreilles, mais j’ai toujours été relativement critique à son encontre. Ce que je ne peux en revanche pas lui retirer, c’est sa capacité à être une inspiration pour des milliers, des millions de gens à travers le monde.

      Le message qu’elle diffuse en étant ce personnage de Lady Gaga est, qu’on le veuille ou non, une véritable bénédiction. Le fait qu’elle assume de bout en bout ses extravagances, qu’elle pousse le “Born This Way” à son climax (même si ça peut être “questionnable” de bien des façons), qu’elle soit à ce point extrême dans sa manière de se présenter au monde, c’est ça, pour moi, être une icône.

      Je pense d’ailleurs que Miley Cyrus est bien partie pour représenter une grande partie de sa fanbase pour les mêmes raisons, mais je me donne quelques années de plus pour m’en assurer, je ne suis pas certaine qu’elle soit tout à fait consciente de ce qu’elle fait.

      Lady Gaga n’a pas été créée par les producteurs, les make-up artistes, les designers et j’en passe. C’est elle qui emmène tout ce monde avec elle. Elle est à l’origine de l’émulation qui s’est créée tout autour d’elle. Je te rappelle qu’elle est tout de même à la tête de la Haus of Gaga ; son positionnement dépasse purement et simplement la musique, elle veut marquer le monde de l’art, au global. Ces ambitions sont non seulement louables, mais enviables aussi, je trouve.

      Enfin, si je dois glisser quelques mots sur Rihanna, je dirai qu’elle aussi a la maîtrise de son image, même si les stylistes & producteurs qui l’entourent n’y sont pas étrangers. Mais elle n’est pas spectatrice de sa notoriété, elle en est l’artisan, clairement. Ce qui n’a et ne sera jamais le cas de Britney, ni de Christina du reste.

  • J’ai certes une vision élitiste et étriquée de la musique. En effet, j’estime que la musique, parfois, n’a pas besoin d’un tel décorum. C’est pour cette raison que j’ai énormément de mal avec les personnes qui privilégient le show au contenu de leur musique. Je te dis ça pour Lady Gaga, Rihanna, Xtina et consorts, mais je te dirais également la même chose avec Marylin Manson et certains groupes de métal grand-guignolesques, voire même avec certains groupes de pop britannique. En être à maîtriser son image pour faire écran de fumée sur de la musique parfois à la limite de l’écoutable, je trouve ça navrant.

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