Culture

Mon adolescence musicale

Récemment, je me suis fait ce constat : je parle beaucoup de la culture musicale que j’ai acquise en ce qui concerne les années 1980, mais finalement très peu de la musique des années 1990. Pourtant, il s’est bien passé quelque chose entre mes 7 ans et mes 17 ans : le début de ma socialisation et mon adolescence. Soit une période de dix ans riche en rencontres, en fêtes, en discussions dans des chambres de jeunes filles, en visites chez les disquaires, en écoutes de Fun, de NRJ et des disques de ma sœur…

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Et pourtant, bien souvent, j’occulte cette période musicalement dans mon blog. Pourquoi ? Parce que j’estime que, avec le recul que m’offrent mes trente ans, ce que l’inconscient collectif retient de la musique des années 1990 me faisait déjà honte à l’époque, c’est pour vous dire. Bien sûr,  je n’ai pas rechigné à danser sur du Sash ! ou sur n’importe quel tube de l’été. Mais qu’on ne retienne des années 1990 que Céline Dion, les Spice Girls et les boys’ bands, désolée, mais je ne peux pas supporter cette idée (WonderConnasse iz back !).

Je vais donc vous faire un petit tour de ce qui était mon univers musical dans les années 1990, des années beaucoup plus riches qu’elles en ont l’air. Dans les années 1990, j’écoutais du rock
Et ouais, déjà ! Parce qu’entre mon oncle qui écoutait du métal dans les années 1980 et ma sœur + mon cousin qui entraient dans les affres de l’adolescence à l’époque où les jeunes névrosés étaient en mode cheveux gras et chemises à carreaux, j’ai eu un excellent background pour être auditrice de Oüi FM en 2013.

Donc mis à part Nirvana que j’écoutais dès l’âge de 8 ans, j’ai été initiée très tôt à des trucs d’anthologie comme le Black Album de Metallica (1991) ou les Guns’n’Roses à l’époque où Axl Rose ne faisait pas du grand n’importe quoi. En soirée, je pogotais sur Rage Against the Machine, dont le premier album éponyme est sorti en 1992. Par la suite, étant tombée folle d’amour de Dave Grohl, je me suis prise de passion pour les Foo Fighters.

J’ai connu la très grande époque du rock anglais grâce à ma sœur. Outre la guégerre Blur/Oasis qui sévissait dans les médias et la quasi-omniprésence de Creep de Radiohead, elle avait rapporté de son voyage scolaire dans la perfide Albion, et de son passage à la Route du Rock en 1995, quelques pépites telles que Skunk Anansie, Supergrass, Elastica… C’est dans cet état d’esprit que j’ai aussi kiffé un groupe comme The Verve, dont Urban Hymns qui est sorti en 1997.

J’avais un prof de musique assez cool au collège, en 4e-3e. Outre le fait qu’il nous ne faisait pas chier si on n’avait pas envie de jouer de la flûte, il était assez pédagogue pour nous intéresser à l’opéra (j’ai ainsi pu étudier Carmen de Bizet) et à la musique classique en général (je lui dois ma découverte des 4 saisons de Vivaldi). Mais, à côté de ça, il nous faisait chanter les chansons qui passaient à la radio. On lui filait le CD, il nous tapait les paroles, et on chantait à la fin du cours. C’est ainsi qu’on a chanté sur du Smashing Pumpinks, du Offspring et du Red Hot Chili Peppers, et qu’on avait tous au-dessus de 15 en musique.

J’ai aussi découvert dans les années 1990 les filles dans le rock. Je ne parlerai pas d’Alanis Morissette dont je parle en long, en large et en travers. Mais il y avait quelques filles intéressantes, même dans le milieu mainstream (je ne parlerai pas de PJ Harvey, ni de Liz Phair, dont je connais finalement assez peu les œuvres) : Meredith Brooks, 4 Non Blondes, K’s Choice… Bref, dans l’adolescence, le rock avait déjà une importance assez conséquente dans ma vie.

Et surtout, à cette époque, je dansais des slows. En effet, le passage obligé dans les boums était le moment où tu devais danser à deux, éventuellement pour rouler une pelle avec ton appareil dentaire. Et à l’époque, il y avait de superbes ballades rock qui incitaient les jeunes à faire des étincelles avec leurs ferrailles respectives. Je pense notamment à Wind of change des Scorpions (1991), Black Hole Sun de Soundgarden (1994) et Mmm Mmm Mmm Mmm des Crash Test Dummies (1995).

Dans les années 1990, j’écoutais aussi de la dance/du rapCar si l’électro a explosé dans les années 1980, les années 1990 ont fabriqué un pont d’or à toute sorte de musique non-acoustique. On en a mis à toutes les sauces : dans les chants religieux avec Enigma, dans la world music avec Deep Forest, dans les génériques d’émission jeunesse, dans les remixes de tubes des années 1970 ou de chants traditionnels bretons, et même dans l’accordéon avec Yvette Horner… Bref, hors de la boîte à rythmes et des claviers Bontempi, point de salut ! C’est pour cette raison, à mon avis, que, dans l’inconscient collectif, la musique des années 1990 est merdique.

Et pourtant, en termes de musiques électroniques, je trouve qu’avec le recul, il y avait des choses pas trop mal. Bon, évidemment, en termes de mainstream, au début des années 1990, c’était encore très inspiré par l’italo des années 1980, en témoigne Ride on time de Black Box. Mais on a vu aussi arriver des trucs très minimalistes comme Confetti’s ou Technotronic. Mais à partir de 1993, notamment avec les concerts Dance Machine organisés par Fun Radio, la dance a commencé à envahir les ondes. Je me souviens, avec ma sœur, qu’on faisait la chorégraphie de Jumping to the Party de Space Masters devant la télé en se passant la cassette en boucle. Si je vous demande aujourd’hui si vous vous souvenez de Snap!, de Culture Beat, de 2 Unlimited, de Dr Alban, de Boris, de Ice MC, de Corona, de Whigfield, de Gigi d’Agostino, de Scooter…, vous seriez bien embêtés, alors que vous vous êtes éclatés en boîte dessus.

En ce qui concerne le rap, aujourd’hui, on se plaît à dire que Sidney, dans H.I.P. H.O.P et DJ Dee Nasty ont amorcé dès la fin des années 1980 la connaissance de ce genre musical en France. Et pourtant, il a été démocratisé dans le monde francophone par Benny B en 1989 (oui, la honte). Dans les années 1990, d’ailleurs, il n’y avait pas de distinction en France entre des rappeurs à la cool comme Alliance Ethnik ou Ménélik et des rappeurs conscients comme IAM, Suprême NTM, Assassin ou le Ministère A.M.E.R. Tandis qu’aux Etats-Unis, la guerre faisait rage entre le rap East Coast (principalement de New York, avec Notorious B.I.G., Nas, les Fugees…) et West Coast (avec toute la bande au Dr Dre : Snoop Doggy Dogg – ou Snoop Dogg, Snoop Lion –, Nate Dogg, Warren G…). Moi de toutes façons, je préférais le East Coast de loin.

Mais il n’y a pas eu que des mauvais remixes en termes d’électro : encore une fois, la Grande-Bretagne a grandement fourni à la musique électronique de qualité, que ce soit avec Carl Cox pour la house, Fat Boy Slim pour le breakbeat, Massive Attack et Portishead pour le trip-hop ou The Prodigy pour les sons un peu plus rave. En France également, des DJ sont sortis du lot au point d’exporter la French Touch dans le monde entier : Laurent Garnier, Bob Sinclar (oui, au début où il mixait de la house, c’était plutôt chouette), Cassius, Air et même Daft Punk. Malheureusement, étant donné qu’à l’époque, ces mixes étaient soumis à un public restreint, ce n’est pas ce que l’on retient des années 1990.

Dans les années 1990, je crachais sur les boys et les girls bands. Si je me désole de voir aujourd’hui que One Direction remplit le Stade de France en quelques heures, c’est que ma jeunesse a aussi été parsemée de ces groupes montés de toutes pièces où l’on privilégiait les qualités graphiques des participants à la musique qu’ils interprétaient. Génération OK Podium oblige, mes copines se battaient pour avoir des posters de mecs au look approximatif, à la tête de veau et au corps bodybuildé. #LesAdolescentesEtLaMontéeDHormones. 

Ce phénomène est venu tout droit d’Angleterre dès 1994. J’avais une copine, à l’époque, qui écoutait en boucle les albums des Take That, et c’est ce qui m’a donné envie de vomir sur toute sorte de mecs qui faisaient de la guimauve. Mais s’il n’y avait eu que les Take That, mon Dieu ! Il y eut aussi Worlds Apart, East 17, Boyzone, MN8 (avec le calcif qui dépasse, la classe à Dallas)… Pour ne citer qu’eux dans la perfide Albion. Aux Etats-Unis, il y eut à la fois la version soul avec les Boyz II Men, comme la version blanche bien propette avec les Backstreet Boys, les New Kids on the Block et même les affreux frères Hanson (un peu comme les Jonas Brothers aujourd’hui, mais encore plus crispants)… En France, on peut citer des boys bands issus des deux modèles : le modèle anglais avec les 2B3, G Squad et Alliage, ainsi que le modèle Boyz II Men avec les Poetic Lovers. A pleurer.

En ce qui concerne les girls bands, pour une fois, ce sont les Américains qui ont devancé la tendance, avec des groupes comme TLC, En Vogue ou même déjà les Destiny’s Child. Mais le vrai girls band emblématique qui a vraiment pourri les années 1990 vient encore une fois d’Angleterre, avec les Spice Girls. Ou comment, en trois ans de carrière, cinq fillettes marketées étaient devenues aussi puissantes que Britney Spears ou Beyoncé aujourd’hui. Ce qui me fait rire, c’est qu’elles ont complètement foiré leur come-back en 2011. En France, cette tendance est venue plus tardivement, notamment avec les L5 en 2001.

Dans les années 1990, j’écoutais français. Les années 1990 ont vu exploser beaucoup de stars francophones qui ont du mal à se relancer aujourd’hui : Pascal Obispo, Florent Pagny, Hélène Ségara, Lara Fabian, Zazie et surtout Céline Dion. Alors qu’elle était adolescente mal dégrossie quand elle chantait pour Starmania, Jean-Jacques Goldman lui a permis d’exploser médiatiquement au point de devenir incontournable et de chanter des niaiseries sur fond de bateau qui coule. Je trouvais malgré tout certains artistes sympas, du genre Daran et les Chaises, Axel Bauer ou les Innocents. En ce qui concerne les artistes bretons, certaines choses ont émergées, comme Billy Ze Kick et les Gamins en Folie, Merzhin, Armens, Percubaba, Matmatah et aussi malheureusement Manau, qui nous a quand même foutu la honte en reprenant des airs traditionnels de manière un peu saccagée (mais pas autant que Dao Dezi et sa Jument de Michao). 

Et vous, vous écoutiez quoi, dans les années 1990 ?

(cc) Silke Gerstenkorn

6 Responses to “Mon adolescence musicale”

  • Moi j’adore les années 90, le bon comme le mauvais. Et ça, du mauvais, y en avait. Beaucoup. Mais y avait aussi du bon, beaucoup de bon, et même dans le mauvais, y avait du bon !

    Mon humble avis :
    1) on ne compare pas Britney Spears et Beyoncé. Pour la énième fois. Ça ne vient même plus à l’esprit des gens de comparer Britney à Christina, alors que, franchement, tout le monde sait qu’elles viennent du même moule et qu’elles ont eu toutes les deux pas mal de démêlés.

    2) en France, on ne faisait pas la différence entre Menelik et NTM, Alliance Ethnik et IAM ? Ohhhh je t’assure que si, on faisait la différence. Je te le signe, même.

    3) J’aimerais que tout le monde sache que Zazie est merveilleuse. J’aimerais que le monde entier écoute son dernier album et se rende compte à quel point elle est géniale. J’ai adoré chanter Lucie de Pascal Obispo, Savoir aimer de Florent Pagny, Y a trop de gens qui t’aiment d’Hélène Ségara… non, j’ai toujours trouvé Lara Fabian gnan-gnan. Sauf quand elle chantait Tu es mon autre avec Maurane. J’adore Maurane
    Ces gens-là n’ont pas évolué. Ces gens-là n’ont pas su rester dans l’air du temps.

    Le dernier album de Zazie, lui, est dans l’air du temps. Il est frais, il est moderne, il est émouvant, et tellement bien produit. Alors please, pas d’amalgames :)

    Voilà, c’était la minute “Ne tirons pas sur les ambulances”.

  • Là on est dans le subjectif, les goûts sont tellement variés et on a le droit d’apprécier des choses estimées “ringardes” par d’autres. J’assume avoir dansé, aimé certains des titres évoqués plus haut.
    2 précisions tout de même :
    - Céline ne doit pas sa carrière à JJ Goldman. Il lui a écrit un album génial qui lui a permis d’asseoir une notoriété déjà existante dans les pays francophones et dans le monde par la suite.
    - Oh que si on faisait bien la différence entre les différents rappeurs de l’époque et il manque une pointure française dans la liste : MC Solaar. Ben oui quand même.
    Allez, je vais m’écouter de bons vieux tubes qui me rappelleront le bon temps ;-)

  • Moi dans les 90′s j’écoutais No Doubt et Texas. J’étais à fond Gwen Stefani et Sharleen Spiteri, aujourd’hui c’est difficile de trouver des filles qui rockent à grade échelle comme ca. Oh si il y a Régine Chassagne de Arcade Fire.

  • Alors, je vais répondre :

    En ce qui concerne le rap, j’entends par “l’opinion publique” tout le monde, y compris et surtout ceux qui n’écoutent pas du rap. Et force est de constater qu’encore aujourd’hui, “l’opinion publique” ne fait pas la différence entre OrelSan, Tunisiano et Oxmo Puccino. Pour beaucoup de personnes, ça persiste à être le même bullshit. C’est dans ce même état d’esprit que, dans les années 1990, Benny B, Ministère A.M.E.R et Ménélik, c’était du pareil au même pour la majorité de la population. Il n’y avait que les spécialistes – et croyez-moi, à part des mecs comme Olivier Cachan ou Dee Nasty, il n’y en avait pas énormément dans les médias – qui faisaient la différence entre le rap “coolos” et le rap “hardcore”. Il ne faut pas prendre l’avis des mecs qui s’y connaissent sur la question comme assimilé par la majorité. C’est tout.
    @Rose H : oui, mais depuis deux-trois albums, malheureusement, qui écoute Zazie ? Pas son public habituel, celui sur lequel elle pouvait toujours compter. Je suis la première à m’en plaindre.
    @coppelia : j’avoue un complet contresens concernant Céline Dion. Mais avoue quand même qu’avant 1995, c’était quand même une ado mal dégrossie dont on se foutait de la gueule. Ce que JJ a apporté, justement, c’est une image plus mature qui lui a permis par la suite d’exploser au plan international. En cela, j’estime que Céline doit une grosse partie de sa carrière à JJ. Et oui, pardon, j’ai oublié de parler de MC Solaar, pas mauvais dans les années 1990, qui a fortement baissé en qualité dans les années 2000, mais en contrepartie, j’avais parlé d’Alliance Ethnik et de Ménélik, krrr krrr.
    @Saroune : je fais partie de ces personnes pour qui Arcade Fire, à l’instar de Muse, sont de sales poseurs prétentieux qui ont fait un bon premier album avant de faire de leur œuvre une pourriture sans nom (limite je préfère directement écouter David Bowie, c’est dire). Et ce n’est pas leur dernier son, que je trouve pourtant tout à fait acceptable, toutes proportions gardées, qui va me faire changer d’avis.

  • je me permets pas de dire qu’une musique est un pourriture sans nom, quand des artistes y ont mis du temps, leur espoir et leurs mots. Sur internet on se permet de dire beaucoup de choses et c’est déplorable, ca fait del,internet un exutoire de frustrations. On ne peut par faire confiance à des gens qui ne créent rien, c’est bien vrai. Ne dit pas qu’une oeuvre est prétentieuse parce qu’elle n’illustre pas une publicité pour le yahourt ou que tu ne la comprends pas. David Bowie a été érigée comme icône par des faiseurs de légendes nostalgiques d’une époque qu’il n’ont pas vécu, en quête d’idole à vénérer mais Bowie en son temps ne faisait sûrement pas l’unanimité.

  • @Saroune : Bienheureuse es-tu de ne pas me connaître IRL. Tu saurais que je suis terriblement connasse et vindicative concernant la musique. Je reconnais que mes propos sont excessifs, mais heureusement que tu ne vois pas mes accès de violence quand j’écoute du Muse. Je suis bien consciente que mes propos devraient être plus pondérés, mais j’ai un gros défaut : la musique est mon poumon. Sans elle, je n’aurais même jamais pu m’exprimer même par écrit. Et il arrive que certains artistes me fassent tousser.

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