Back Room

Je ne suis pas une fille sage

Article sélectionné par Bolo lors de sa semaine de Rédaction en Chef.

Ma main tremble alors que j’applique une dernière couche de rouge sur mes lèvres. J’aime le rouge à lèvres, j’ai l’impression que c’est de la confiance en bâton. Je vérifie à nouveau mon reflet dans le miroir, et coche intérieurement ma checklist :

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“- Cheveux : ok

- Robe : ok

- Silhouette : ok

- Haleine : ok

- Epilaton : ok

- Talons : 10cm

- Lunettes : sur mon nez

- Seins : bien en place

- Culotte : sexy, la même que la première fois que nous avons couché ensemble. Je me demande s’il remarquera le clin d’oeil.”

J’ai l’impression que mon apparence doit être parfaite pour cacher ma nervosité. J’allume des bougies à la lavande – il paraît que ça détend – et mets un CD de jazz. Je regarde ma montre. 18h15. Il est en retard, et je ne sais plus quoi faire pour m’occuper l’esprit. Je me dirige vers la cuisine, ouvre un placard, saisis un verre, le remplis de vin blanc et y trempe mes lèvres. J’ai l’impression d’être un personnage de série B.

On toque à la porte. Je me fige. Il est là. Je ferme les yeux une seconde, inspire profondément et ouvre la porte, tout sourire. Il se tient là, tout droit. On se sourit et se tape une bise, un peu gênés. Je suis contente qu’il soit là.

Lui, c’est Kevin, un ami de fac, dont j’ai été la maîtresse quelques temps, il y a longtemps. On passe au salon. Il prend un coca, et moi, je continue à siroter mon vin ; au moins, si mes mains tremblent, je pourrais prétexter que l’alcool me fait tourner la tête.

On garde une certaine distance de sécurité, comme si, si nos corps se frôlaient, tout pouvait déraper. On discute de tout, de rien : de ses cours, de mon boulot, de nos amis en commun, de nos souvenirs de fac, de sa copine, de mon célibat et de mes débauches. Il a l’air normal, mais moi je bouillonne. Je rêve de ses lèvres sur ma peau, de ses mains sur mon corps… Je ne tiens pas en place.

Je croise et décroise les jambes au moins un million de fois. Je tire sur ma robe qui dévoile un peu trop mes cuisses. Je triture mes doigts. Je voudrais lui hurler que j’ai envie de lui, que depuis des mois je pense à lui. Mais, au lieu de ça, je fais la conversation tout sourire. Je l’allume un peu, mais ne m’en rend même pas compte.

Je lui raconte comment ces dernières semaines j’ai enchaîné les plans d’un soir, comment j’ai suivi ses conseils et fantasmes, et ai tenté de dominer plus au lit. Je lui explique que notre histoire m’a changé, que j’ose plus, que j’ai plus confiance en moi. Je lui révèle comment, dans un moment de folie, j’ai plaqué mon plan cul du moment au sol et lui ai administré la plus longue des fellations que je n’ai jamais faite. Il change de couleur, et lui aussi se met à avoir la bougeotte.

Il devrait fuir tant qu’il est encore temps. D’ailleurs, il se lève, il doit filer, à force de discuter il a laissé passer l’heure. Je le soupçonne de vouloir fuir cette tension sexuelle qui emplit la pièce, mais ne comprends pas bien cette précipitation. La situation m’échappe.

Je le raccompagne à la porte. L’étroitesse du couloir nous rapproche. Nos épaules se frôlent. Nos mondes basculent. Il m’embrasse fougueusement. Je l’attire contre moi. Mes seins se pressent contre son torse. Je sens son cœur battre la chamade dans sa poitrine, il tape si fort qu’on dirait qu’il va s’échapper. Il tremble de tout son corps. Je me demande si c’est l’excitation qui lui fait cet effet ou la culpabilité de ce que nous sommes en train de faire. Je passe ma main dans ses cheveux et l’attire vers le canapé. Je m’assois sur ses genoux face à lui, ses mains sur mes fesses. Ma robe remontée laisse apparaître un peu de dentelle. Je sens son désir gonfler entre mes jambes, alors que nous nous embrassons à ne plus pouvoir en respirer.

Je lui retire son t-shirt et redécouvre ce torse que j’avais tant aimé caresser auparavant. J’embrasse chaque centimètre de ce corps découvert, de ce corps qui m’est offert. Je me relève, me penche sur lui et défait sa ceinture. Son jean tombe sur ses chevilles. Il passe ses mains sous ma robe et me retire ma culotte. Il remet ma robe en place comme si de rien n’était. Il m’excite tellement. Je m’agenouille devant lui et commence à le caresser à travers son boxer d’une main tout en lui caressant le torse de l’autre. Il me caresse le visage et me sourit. Je fonds littéralement.

Je retire le bout de tissu qui fait barrage entre ma main et son sexe. Le voilà nu, face à moi, encore vêtue de ma robe fourreau que j’aimerais tant qu’il m’arrache. Ma langue glisse de la base de son sexe à son gland. Il lâche un « putain ». Je continue à lui appliquer des caresses buccales pendant quelques minutes avant qu’il ne me fasse signe de me relever. Il fait glisser la fermeture éclair de ma robe le long de mon dos jusqu’à mes hanches. Elle tombe au sol. Nous décidons de quitter le salon et sa baie vitrée donnant sur la rue, pour l’intimité de ma chambre. Je passe devant, je sens son regard sur mon corps.

Il me demande de me mettre à quatre pattes sur le lit. Je m’exécute, curieuse de voir ce qu’il va se passer. Je sens sa queue dure contre mes fesses pendant qu’il se penche sur moi pour m’embrasser dans le cou. Il dégrafe mon soutien-gorge et passe un doigt dans ma fente. Il est surpris par l’humidité de l’endroit. Pourtant, rien de très surprenant j’ai imaginé cette scène toute la journée et notre discussion sur le canapé n’a fait que m’émoustiller un peu plus. Nos corps s’étreignent, chacun donnant à l’autre ce qu’il attend : du jeu, de la passion, du plaisir.

Là, sous ces draps, mon corps lui appartient, son corps m’appartient. Tout ce qui est en dehors de cette chambre n’a pas d’impact, ne compte pas. Seuls le plaisir et la jouissance ont droit au chapitre. Je frissonne sous ses caresses, je gémis lorsque ses doigts s’enfoncent en moi. Il se tortille sous ma langue, cherchant à la fois à s’échapper et à enfoncer son membre au fond de ma gorge. Je le laisse faire, amusée par son envie de me dominer, lui qui, quelques mois auparavant me disait qu’il aimerait être plus soumis. Il est tellement excité et moi je le fais se languir variant mes caresses, faisant des pauses interminables où je remonte poser mes lèvres sur les siennes. Il ne tiendra pas longtemps à ce rythme-là, nous le savons tous les deux.

Il se dresse, m’assois sur le bord du lit, me demandant de l’achever en quelque sorte. J’empoigne ses fesses et enfonce son membre au plus profond de ma gorge, enroulant ma langue autour de son gland. Je sais que c’est probablement la dernière fois que nous nous voyions dans cette situation alors je m’applique pour lui laisser un souvenir mémorable de ce moment. Après quelques minutes de mes soins, il décharge dans ma bouche. J’avale son jus salé, fière et heureuse. Pendant quelques secondes, nous flottons dans la plénitude de la jouissance, puis la culpabilité nous rattrape.

Nous ne sommes pas des enfants sages, nous venons de commettre notre péché à nouveau. Maintenant, nous savons, nous ne pouvons nous voir sans nous désirer sauvagement. Il va falloir prendre des mesures que pourtant nous nous étions promis de ne pas prendre. Ainsi est la vie.

(cc) Andi Jetaime

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