Histoires

D’une beauté qui surpasse les races

Ce dimanche 15 septembre 2013 a été élue Miss America. Cette année, l’élue est Miss New York, alias Nina Davuluri, 24 ans. Cette jeune fille a l’air bien sous tous rapports. Elle a un seul souci : elle est d’origine indienne.

D’une beauté qui surpasse les racesBeaucoup d’Américains se sont donc émus hier soir de cette élection. En effet, étant donné que beaucoup d’entre eux considèrent que les Indiens ressemblent à des Arabes – sûrement à cause des Pakistanais, m’enfin bon –, certains ont considéré que la victoire de cette jeune femme était un coup monté d’Al-Qaeda et que, par conséquent, c’était une terroriste en puissance. Tout ça parce qu’elle ne ressemble pas non plus à une « noire » (en vérité métisse) stéréotypée telle que pouvaient l’être Halle Berry (finaliste de Miss America en 1986) ou Vanessa Williams (première Miss America « noire » en 1984).

Les réactions ne se firent pas attendre : il y a d’une part les tweets qui présument que Nina Davuluri est arabe (so what?), d’autre part ceux qui trouvent qu’elle est à la solde d’Al-Qaeda et que, par conséquent, son élection est une insulte à la mémoire du 11 septembre, il y a enfin ceux qui parodient la demoiselle en l’appelant Miss 7-11, en référence aux magasins 7-Eleven tenus majoritairement par des Indiens (un peu comme nos arabes du coin). La pauvre fille s’en prend, depuis quelques heures, plein la figure avec un procès d’intention, d’où infuse un prêt-à-penser que ne renierait pas une page Facebook en soutien à un bijoutier niçois.

Personnellement, je ne trouve pas Nina Davuluri plus laide, ni moins méritante, qu’une autre candidate. Il est vrai même qu’être diplômée en sciences cognitives, ça en jette un peu, dans un concours qui est parodiquement représenté par des blondes qui veulent arrêter la famine en Afrique. Si elle a été élue, c’est qu’elle a su séduire un jury et des téléspectateurs. Par conséquent, tout à chacun peut penser que son élection n’a pas été truquée, et qu’elle représente donc un pan de la société américaine.

C’est justement là que le bât blesse : elle représente selon moi UN PAN de la société, et non pas TOUTE la société américaine. Comme tout pays où se mêlent différentes cultures – et c’est ce que nous voyons en France actuellement –, il est de plus en plus difficile de trouver des symboles fédérateurs et communs à tous les citoyens. Et ce concours de Miss America 2014 en apporte la preuve flagrante : comment contenter à la fois les « habitants » limite indigènes, puisque présents depuis plusieurs siècles dans le pays, et les nouveaux arrivants qui souhaitent représenter la capacité d’intégration de ce même pays ?

En France, la première miss « non-blanche » et non-métropolitaine est Edna Tepava, Miss Tahiti, élue en 1974, et dont la nièce Mareva Georges fut élue en 1991. Par la suite, dans les années 1970 et 1980, beaucoup de Miss France issues des DOM-TOM (Miss Nouvelle-Calédonie, élue en 1978, Miss Tahiti en 1980) ne voulurent pas représenter la France dans leur ensemble. Il faut donc remonter à 1993 pour retrouver la première Miss France « noire » officielle, à savoir Véronique de la Cruz, élue sous l’écharpe Miss Guadeloupe. J’avais 9 ans à l’époque de l’élection, mais je ne me souviens pas que son élection ait fait un foin phénoménal.

Par contre, je me souviens d’un mini-esclandre lors de l’élection 2010 : Malika Ménard, bien française, mais dont les parents ont choisi un prénom qui veut dire princesse en arabe (c’est pourtant très joli), s’est faite taxer de première Miss France d’origine maghrébine, alors que pas du tout. Même si les propos de Geneviève de Fontenay, ex-directrice du Comité Miss France, semblent encourageants (J’aimerais voire élire une Miss d’origine maghrébine avant ma mort), je doute encore de la capacité de la société française à supporter le fait qu’arrive une Nawell ou une Samia en première place. Mais j’espère me tromper.

Bref, cette élection de Miss America 2014 me turlupine : pourquoi les twittos haineux préféraient-ils à l’élue la non moins méritante miss Kansas, blonde de base ? Parce qu’elle représentait la portion de plus en plus congrue d’une Amérique blanche et protestante ? Parce qu’elle représentait davantage les valeurs que veulent faire passer l’Amérique à l’extérieur du pays ? Parce que c’est rassurant, une fille blanche et de la campagne ? Parce qu’une fille qui n’est pas du pays et qui en chie pour s’imposer se retournera forcément contre le pays qui a accueilli sa famille ? Bref, les mecs, loin de moi de vous juger, mais je trouve quand même que vous déconnez sévère.

Et, au final, je me dis : Heureusement que tout cela ne ressemble pas à l’élection de Miss Corée du Sud. Si vous cherchez bien les photos des candidates sur Internet, vous trouverez qu’elles se ressemblent toutes. Que, quand un pays se cache derrière une culture solide et unifiée, finalement, il y a un véritable « lissage » des représentations de la femme qui est censée représenter ce pays. Et ça, par contre, je trouve cela dangereux, car il n’y a pas de place pour l’altérité et l’évaluation de la valeur d’autrui. Vous imaginez, s’il n’y avait que des filles qui ressemblaient à Marine Lorphelin (Miss France 2013) qui se présenteraient au concours 2014 ? L’angoisse.

Je suis certaine que Nina Davuluri représentera aussi bien, sinon mieux, les valeurs de l’Amérique en 2014. Parce qu’elle le mérite, et surtout parce qu’elle a une beauté qui surpasse toute notion de race. Courage, Nina, tu montreras de surcroît qu’une Miss n’est pas une dinde !

(cc) Ludovic Bertron 

One Response to “D’une beauté qui surpasse les races”

  • belle article sur la tolérance,mais moi concrètement ca me dépasse, il y a tellement d’injustice contre lesquelles s’insurger et les gens eux, choisissent de se battre contre les résultats d’un concours de beauté, véritable cérémonie de gloire à la femme-objet. Je lui souhaite une belle carrière à la Vanessa Williams à cette fille, histoire de clouer le bec à plus d’un

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>