Histoires

Nermina, cette folle… – 6

Article sélectionné par Kwelet lors de sa semaine de Rédaction en Chef.

Acheter une corde à Bricorama pour se pendre le jour de l’Aid 2013 est ce que le Minitel est à l’idée du siècle, révolu, révolu ? Révolu ! Point de Révolu-tion. Y en a des tas des jeunes perdus comme moi. ”T’es chargée de clients grands comptes (grands cons ouais) ?”. “Ah ouais, moi je suis chargée de vie de merde.” Oui la mienne et je réclame une retraite anticipée.

Nermina cette folle – 6

Même en période de crise suicidaire, dépression totale, on se fout de moi, j’en suis rendue là. J’alerte ma mère, ma soeur, la caissière, le chien des voisins, personne n’est réceptif à ma torpeur. Parce que cette violence ne se retourne seulement contre moi-même, ça n’intéresse personne. “Je suis pas capable, j’en suis capable, de me l’enrouler cette corde rêche couleur caca autour du coup, ET JE VAIS LE FAIRE.” Silence. Pour seule réponse :”Où sont les horaires du 295, je vais être en retard à mon rendez-vous.”

C’est pas une menace, je vais le faire. Je vais le faire car mes phrases commencent toutes par “à quoi bon” depuis 10 ANS & surtout, j’supporte plus le beau temps. Le beau temps me donne envie de bloquer les rames du RER B avec mon petit corps broyé.

À quoi bon se lever, se laver, se maquiller, aller travailler, aller travailler plus, pour gagner plus, pour dépenser plus, pour vivre moins, pour aimer moins, pour baiser moins, pour haïr plus. Et elle est où Nermina dans tout ça ? Et bien Nermina elle a aimé elle, justement.

“Tiens c’est moi sur la photo. C’était y a 2 ans”. Méconnaissable. Elle est EXTRATERRESTRE, elle est de ces aliens capables d’être beaux sur les photos de photomaton. Nermina était belle, Nermina a été aimée, Nermina a aimé. Mais ça a foiré. Lui, super catholique, elle, musulmane fondamentaliste très hésitante + une potentielle belle-mère islamophobe = rupture. “Je l’ai frappé. Je l’ai frappé jusqu’à ce qu’il pleure. J’ai pas supporté qu’il obéisse à sa mère“. J’ai grimacé, elle a vu. “Maintenant je le comprends, une mère c’est sacré. Mais à l’époque, j’ai failli le tuer avec mes mains.” Elle est vraiment folle cette fille.

Tiens c’est lui“. Elle me tend une autre photo improbable. Un bel homme, debout au côté de Nermina, grand, brun, visage doux, épaules larges de quarterback, petits yeux chocolats pétillants, lèvres rose gourmandes et pleines. Enroulée par la taille, une Nermina fatale, yeux charbonneux, chevelure noire chatoyante, regard affolant, pommettes hautes et saillantes qu’on ne voit plus aujourd’hui avec toute la graisse qu’il y a dessus.

Je me sens trahie. De quel droit a t-elle eu ce passé glorieux, quand Dieu projette le film “Fille perdue Cheveux gras” sur l’écran de ma vie depuis 1983, en zappant consciencieusement le happy end. Je comprends tout maintenant. L’année 2004  n’est que transition pour elle, moi c’est toute ma vie. 

Elle redeviendra belle et amoureuse et elle va m’abandonner. Je suis perdue, elle va me jeter mais elle peut pas m’laisser ! J’peux pas rester seule, je peux pas rester comme ça, faut pas qu’elle me quitte comme ça. Je vais faire n’importe quoi, vraiment n’importe quoi. Une succession de n’importe quoi qui va m’enrouler autour du coup une corde Bricorama.

(cc) Pol Ubeda Hervàs

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