Humeurs

Mise à jour nécessaire

A la manière de Taylor Swift, dont les chansons sont toujours en rapport avec son boyfriend ou son ex-boyfriend, je n’écris que lorsqu’un homme rentre ou sort de ma vie. Je n’écris que lorsqu’un mâle m’oblige à réaliser une introspection. Je suis ce que l’on pourrait appeler une « femme à hommes ».

Mise à jour nécessaireSans jamais avoir eu de relation sérieuse, il y a toujours eu, d’aussi loin que je me souvienne, un homme (voire deux ou trois) qui gravitait autour de moi. Tout cela a commencé alors que j’étais très jeune, environ 6 ans, pour ne jamais vraiment s’arrêter.

Je me nourris des hommes qui me désirent, de leurs passions, de leurs goûts musicaux, de leurs centres d’intérêts, de leur façon de parler, de leurs fantasmes… À chaque fois et pour chacun d’entre eux, je développe une véritable obsession. Je scrute leurs manies, ce qu’ils aiment ou n’aiment pas.

Les réseaux sociaux m’ont quand même grandement simplifié la tâche, d’autant plus qu’avec le temps ces garçons présentent tous le même profil : ingénieur informatique, webdesigner, développeur,… bref des adeptes de l’internet à outrance. Je peux donc suivre, plus ou moins discrètement et en temps réel, les amis qu’ils fréquentent, la musique qu’ils écoutent, les bars où ils se rendent (afin de tomber sur eux « par hasard »)…

J’absorbe leur personnalité pour leur présenter un personnage qui collera au mieux à leur fantasme : une femme imparfaite mais passionnelle, une housewife un peu cochonne, une étudiante extravertie, … Je deviens celle qu’ils voudraient que je sois. Je crée mon personnage en fonction des données qu’ils divulguent et de nos conversations. Certains diront peut-être que je manque cruellement de personnalité.

Mais au fond je suis toujours la même, j’upgrade juste mon « moi » réel en y ajoutant des surcouches. Chaque homme qui me désire laisse sur moi une marque indélébile, il me grandit, m’apprend des choses, me fait découvrir de nouveaux horizons. Mon goût pour l’espagnol, ma passion pour tout ce qui touche au web, mes études en communication et marketing, mon affection pour l’électro, … je dois tout aux mecs qui ont traversé mon lit à un moment ou à un autre.

Le problème, c’est que cette manie d’avoir toujours un mec à portée de main et de se nourrir de sa personnalité est devenue une addiction. Je ne peux plus m’en passer. Être obsédée par un mec est devenu ma drogue. Je ne me sens vivante que si un homme me donne suffisamment pour que je puisse continuer à mettre à jour mon personnage, et avec le temps je suis devenue de plus en plus exigeante sur la qualité de la came.

Certains se shootent à la cocaïne pour se sentir vivants ; moi, je me shoote au sexe à l’arrière d’une voiture, aux conversations post-coït, aux cunni ratés, aux étreintes passionnées, aux amours irréelles, à l’obsession pour l’être désiré, …et surtout à ses confidences que l’on se fait lorsqu’on a assez confiance en quelqu’un pour pouvoir se mettre à nu, juste un peu parfois, et que l’on se sent plus ou moins obligé de faire lorsqu’on partage des après-midis coquins avec quelqu’un.

Mais, le jour où je le rencontrerai ce Prince Charmant que nous attendons toutes, comment savoir qu’il ne s’agit pas de mon obsession habituelle pour l’objet de mes désirs, qu’il s’agit bien là de l’amour véritable ?

(cc) Helga Weber

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