fiction

Jeune fille au pair – En demi-teinte

Manon rentre dans la voiture, le bout de papier toujours serré entre ses doigts. Alors que Titou raconte à Lila la réaction de Larry, Manon ne les écoute pas. Elle reste le regard fixe sur sa main. Son avenir tient sur un morceau de feuille, elle en redoute la lecture, mais sa curiosité est si forte, si poignante qu’elle ne peut attendre d’arriver à l’appartement pour découvrir l’identité de celle qui l’a mise au monde.

Jeune fille au pair – En demi-teinteElle décolle délicatement le papier, elle reconnaît immédiatement l’écriture nerveuse de son amant. Un prénom et un nom, un numéro de téléphone, il n’a pas menti, ce n’était pas un piège. Sa mère s’appelle Chantal… le nom de famille ne lui évoque rien. Elle lit et relit les inscriptions. Lila s’est retournée et l’observe un sourire aux lèvres.

- Tu as bien assuré Manon ! J’suis trop fière de toi.

Son amie lui rend son sourire et, timidement, lui montre son précieux message.

- Ah ! mais c’est Noël ! Tu l’as enfin son nom, Titou tu te rends compte, elle a réussi !

Pendant qu’elle rentre le numéro de téléphone dans son portable, de peur d’égarer le papier, celui-ci se met à vibrer. Un SMS vient de lui être envoyé par Larry.

- Tu crois vraiment que je ne te l’aurai pas donné ?

Manon ne lui répond pas, elle se fiche de ce qu’il peut penser d’elle. L’important, c’est de retrouver sa mère. Larry, elle s’en occupera plus tard. À peine rentrée dans l’appartement, elle se jette sur le lit et tremblante, elle répète les mots qu’elle prononcera lorsqu’elle l’aura au téléphone.

“Bonjour, c’est moi Manon, je suis votre fille.”

Non, ça ne va pas, trop directe, elle risque de prendre peur.

“Bonjour, madame, je suis Manon, j’aimerais vous rencontrer, j’ai des informations importantes à vous communiquer.”

Non, ça ne va pas, elle n’acceptera jamais une rencontre, sans savoir l’objet.

Manon a le doigt sur la touche d’appel. Elle tremble à l’idée de rater son premier contact avec sa mère. Mais plus de vingt ans d’attente vont toucher à leur fin, elle ne peut plus patienter. Elle appuie.

- Bonjour, à qui ai-je l’honneur… ?

- Maman, c’est moi Manon…

Silence de l’autre côté du téléphone, les mots sont sortis trop vite, enfermés depuis toujours au fond de son cœur, ils se sont libérés d’eux même.

- J’attendais votre appel. J’ai été prévenue.

La mère emploie le vouvoiement, instaurant une barrière invisible entre les deux femmes. Alors Manon se reprend et l’utilise à son tour.

- J’aimerais vous rencontrer pour vous parler.

Un silence en guise de réponse, elle n’entend que le son de sa respiration rapide.

- J’avais bien dit à votre petit ami que je n’y étais pas favorable, Mademoiselle.

D’une petite voix timide, Manon tente de la convaincre.

- Je ne veux rien d’autre que vous rencontrer, au moins une fois, s’il vous plaît.

Elle est au bord des larmes, la froideur de sa mère est foudroyante. Elle retient un sanglot et à bout de force, elle la supplie.

- S’il vous plaît, juste une heure.

- D’accord, demain après-midi, à Cannes.

Manon griffonne l’adresse et le nom de l’hôtel dans lequel elles se retrouveront. Lorsqu’elle raccroche, elle hurle de douleur, le désespoir, la déception de cet échange, l’angoisse de la rencontre, une multitude d’émotions viennent s’entrechoquer violemment et lui appuie sur le cœur. La nausée resurgit de nulle part.

(cc) gioiadeantoniis

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>