Culture

Mon Billboard Hot 20

Récemment, un de mes contacts Facebook poste le classement Billboard Hot 100 qui regroupe donc les cent plus grosses ventes de singles référencées par le magazine depuis sa création en 1958. On peut s’en étonner, mais il faut prendre en compte que le classement Billboard ne comptabilise que les ventes américaines. C’est peut-être pour cette raison que Billie Jean n’est que 81e du classement, et qu’on retrouve des artistes quasiment inconnus en France tels que Jewel ou Andy Gibb, mais aussi que Chubby Cheker se retrouve en première place.

Mon Billboard Hot 20Et ceci m’a donc donné une idée : faire mon propre classement avec mes chansons préférées. Évidemment, ce classement est très subjectif. Curieusement, on ne retrouvera qu’une seule chanson française – et encore, c’est une chanson punk –, mais que voulez-vous, les meilleurs musiciens contemporains se trouvent selon moi de l’autre côté de la Manche ou de l’Atlantique. J’aurais souhaité vous faire le classement de ces chansons par ordre de chiffre de ventes des singles en France, mais les archives du SNEP n’étant pas consultables très facilement, j’ai dû abandonner cet angle d’attaque pour vous proposer mon classement par ordre chronologique.

Quand je pense à cette liste de vingt titres que j’ai élaborée, moi-même je la trouve scandaleuse. Comment se fait-il qu’il n’y ait aucun titre des Foo Fighters, de Nirvana, d’Indochine, de U2, de Dominique A, d’Arthur H, de Serge Gainsbourg, de Maxime Le Forestier, de Francis Cabrel, de Bob Dylan, d’Eric Clapton, bref, d’artistes que je suis depuis le début de leur carrière en restant fidèle à leurs inspirations (sauf pour Dylan, vraiment, faut qu’il arrête, hein) ? Comme la vie est une question de priorités, j’ai privilégié les chansons que j’avais en tête à un moment précis. Mais je vous rassure, j’aime vraiment ces chansons au point de me faire des sessions de replay enflammées pendant des heures.

1 – The Lovin’ Spoonful, Summer in the City (Hums of the Lovin’ Spoonful, 1966)

Vous le savez, pour vous avoir présenté plusieurs fois la chanson, que cette chanson symbolise pour moi l’été depuis que je vis à Paris. En effet, cette chanson restitue très bien l’atmosphère de la ville en période estivale : tension dans l’air, électricité, chaleur, sensation d’étouffer, mais aussi joie de vivre de gambader dans les rues baignées de soleil. Le single est sorti en juillet 1966 pour être intégré en novembre sur l’album. Quelque temps après sa sortie, il a eu une jolie carrière au Billboard en restant trois semaines n°1 du classement en août.

2 – Marvin Gaye, I Heard It Through The Grapevine (In the Groove, 1968)

Chanson écrite par Norman Whitfield et Barrett Strong en 1966, elle était destinée au départ pour Gladys Knight and the Pips. Mais la version de Marvin reste tellement dans les mémoires, avec ses arrangements flottant entre gamme majeure et gamme mineure. Comme pour souligner l’ambiguïté des sentiments qui gagnent le protagoniste de la chanson, ne sachant plus s’il doit se battre pour faire revenir sa copine ou le laisser à son amant. Je resterai à jamais éberluée par ce coup de maître de la soul music.

3 – The Beatles, While My Guitar Gently Weeps (The Beatles, 1968)

Me demander de choisir ma chanson préférée des Beatles est un crève-cœur. J’aurais pu aussi bien vous citer And I Love Her, Got To Get You Into My Life, Tomorrow Never Knows, Here Comes the Sun, voire Strawberry Fields Forever. Certains remarqueront que la signature de la chanson est de George Harrison, alors que je semble privilégier les chansons écrites par John Lennon. Mais surtout, ce qui m’électrise dans cette chanson, c’est la participation additionnelle de Dieu à l’enregistrement [NDLR : quand je parle de Dieu dans un contexte musical, je parle évidemment d’Eric Clapton. Je suis peut-être catholique et je publie peut-être la Bible, mais je ne suis pas cinglée au point de croire que Dieu intervient réellement à la gratte pendant un enregistrement des Beatles. Quoique ce serait drôle, en fait.].

4 – The Who, Won’t Get Fooled Again (Who’s Next, 1971)

J’ai découvert cette chanson géniale d’une mauvaise manière : il se trouve que Jerry Bruckheimer ait mis le meilleur générique au pire spin-off de CSI [Les Experts : Miami, pour ceux qui ne sont pas fans, NDLR]. Outre le fait qu’en termes de sensations sonores, on en a pour son argent en 8’30” – entre les cris de Roger Daldrey, les soli de synthé absolument démentiels, la ligne de basse assez audacieuse, et surtout ce riff de fin qui vient t’achever à la pelle –, les paroles entre colère et désillusion sur les changements politiques sont à mettre entre toutes les oreilles. En fait, cette chanson explique en partie mon total manque d’intérêt concernant le fait politique. Attention, ce n’est pas que je pense que les politiques sont tous pourris. Je me dis qu’au lieu d’espérer qu’on ne se fasse pas encore avoir tout en restant passif, il serait bon de voir ce qu’il nous est possible de faire nous à notre mesure pour contribuer à l’amélioration de la société.

5 – Stevie Wonder, Superstition (Talking Book, 1972)

Cette chanson est tellement un carton qu’elle a été multi-reprise : en samples pour le hip-hop, pour le générique du Grand Journal depuis 2004, mais aussi, curieusement, par Eddy Mitchell en français dès 1973. J’avoue, je n’ai pas écouté cette œuvre, mais connaissant la qualité musicale de M. Schmoll, je me doute que ce n’est pas un entier massacre. Pour la petite histoire, cette chanson était d’abord destinée à Jeff Beck, qui l’a aussi enregistrée avec son trio de l’époque (Beck, Bogert an Appice) en 1973 aussi.

6 – Queen, Somebody to Love (A Day at the Races, 1976)

Je suis une fan absolue de Freddie Mercury. Je le considère comme un des génies de cette deuxième moitié du 20e siècle au point que les œuvres de Queen devraient être étudiées dans les siècles à venir dans les cours de musicologie. C’est d’autant plus vrai avec ce morceau qui allie le rock le plus construit à une rigueur mélodique proche de l’opéra. Le tout avec des contraintes techniques assez hallucinantes. Ne serait-ce que pour enregistrer les chœurs, Mercury prit sa voix, celle de Brian May et de Roger Taylor, il les mixa de telle sorte qu’on crut qu’un chœur entier enregistrait. Juste magnifique.

7 – Michael Jackson, Billie Jean (Thriller, 1982)

Alors que j’aurais pu choisir une chanson de Bad (1987), album qui a tellement tourné chez moi qu’il est devenu mon premier souvenir musical vivace, j’ai préféré prendre de Michael Jackson LA chanson qui l’a confirmé comme showman à la face du monde. Sa carrière et sa réputation de chanteur exigeant et d’entertainer doué n’était plus à faire à seulement 24 ans, mais il a décidé qu’il serait mieux que gigantesque : qu’il serait le meilleur. Par conséquent, depuis Billie Jean, non seulement sa musique dépassait tous les superlatifs, mais les clips pour promouvoir ses chansons sont devenues de vraies œuvres cinématographiques. Seul Michael pouvait se le permettre. Ca sert, quelquefois, à être mégalomane.

8 – Dire Straits, Private Investigations (Love over Gold, 1982)

Ma chanson préférée de Mark Knopfler et sa clique ne fait malheureusement pas partie de mon album préféré, à savoir Brothers in Arms (1985). Sur le plan exégétique, on dirait même que ce n’est pas une chanson de Dire Straits, tant j’ai l’habitude de les entendre davantage sur un registre plus blues et moins musique-de-film-hollywoodien-un-peu-scandaleux-des-années-1980. Et puis même, cette voix susurrée, ces longues plages de piano… Heureusement qu’il y a les riffs pour nous rappeler que Marko est dans la place. Et justement, si j’aime davantage cette chanson, c’est que cela nous prouve que le groupe est capable de modifier légèrement son registre tout en restant crédible.

9 – David Bowie, Let’s Dance (Let’s Dance, 1983)

Le single est sorti le 17 mars. Je suis née le 30 mars alors que j’aurais dû naître un mois plus tard. Coincidence? I don’t think so. Outre cette blague ratée sur le fait que la sortie du single de David Bowie m’ait fait sortir plus rapidement pour vérifier que la musique, c’était cool, j’adore cette chanson pour son groove. C’est normal : à la production, on retrouve Nile Rogers – voui, le guitariste de Chic dont le riff te fait aussi chanter que tu es debout toute la nuit pour tenter d’être chanceux (http://www.youtube.com/watch?v=5NV6Rdv1a3I) depuis le mois de mai 2013. Pour couronner le tout, le single est l’une des plus grosses ventes de l’année et se place à la tête des charts à la fois au Royaume-Uni et aux States. Gros, ouais, gros.

10 – Bérurier Noir, Salut à toi (Concerto pour détraqués, 1985)

Même s’il ne se retrouve que sur la version CD de l’album, je considère qu’il en fait partie quand même. J’ai une tendresse particulière pour Bérurier Noir, pour avoir découvert leur œuvre par cette chanson à l’âge de 12 ans, puis parce que le groupe a fait partie de la bande-son de mes années faculté à l’université de Rennes 2. Bon, les souvenirs que m’évoquent le groupe ne sont pas forcément joyeux – étudier dans une fac bloquée et barricadée fait ressembler une tentative d’aller à la BU à un raid dans la jungle, avec en bande-son Petit agité en prime –, mais tout ceci me laisse nostalgique après tout. En fait, j’aime bien la poésie punk. Fun fact : pour contester contre la loi LMD, l’université de Rennes 2 a été bloquée tout le mois de novembre 2003. La fin du blocus a été voté le 3 décembre 2003… jour du concert de reformation du groupe au Liberté. Coincidence?…

11 – Depeche Mode, Never Let Me Down Again (Music for Masses, 1987)

J’aime particulièrement cette chanson de Depeche Mode dans la mesure où, pour moi, Music for Masses marque la transition entre la new wave sautillante et enjouée des débuts et le son très dark qu’on leur connaît à l’heure actuelle. Et j’aime justement cette transition en finesse, en douceur, où le son n’est pas encore trop influencé par les difficultés que chacun connaîtra dans la vie, où il y a encore des taches de clarté parmi un son qui se mûrit. Bref, je trouve que cette album est leur plus grande réussite et que Never Let Me Down Again est le single parfait pour le porter.

12 – Eros Ramazzotti, Se bastasse una canzone (In ogni senso, 1990)

Certain(e)s d’entre vous auraient pensé que j’aurais exprimé mon côté midinette à deux balles avec du Herbert Léonard ou bien avec n’importe quel boys’band. Raté. C’est avec le bel Eros (enfin, beau à l’époque, hein) que mon côté fleur bleue à la Chérie FM s’est développé. C’est grâce à lui que je me suis mise à me prendre de passion pour l’Italie et ses artistes (même si, aujourd’hui, je privilégie davantage Adriano Celentano). Alors oui, objectivement, il a une voix de canard et un physique caricatural, mais au moins, j’ai compris qu’il y a autant de différence entre Eros/Zucchero et Frédéric François/Claude Barzotti qu’entre Barilla et Panzani : on ne copie pas l’Italie impunément.

13 – Metallica, Enter Sandman (Metallica, 1991)

Après des albums mélodiquement très complexes dans les années 1980, le groupe sort à l’orée de ces années 1990 leur album le plus mainstream, mais surtout celui qui rencontrera le plus de succès auprès du public. Personnellement, je n’ai pas compté les fois où j’ai surpris ma sœur avec son walkman en train de se le passer en boucle. Malgré tout, avec le recul, je trouve qu’une injustice a été corrigée avec le temps : si Nothing Else Matters a vraiment été le fer de lance de l’album à l’époque, il semble qu’aujourd’hui, le public retienne davantage Enter Sandman. Parce que, je suis désolée, ils ont bien été gentils avec leur slow, mais si j’aime Metallica, c’est pour les riffs de dingue accompagnés d’audaces de la batterie.

14 – Cesaria Evora, Sodade (Miss Perfumado, 1992)

J’ai déjà fait une critique de Miss Perfumado l’an dernier pour les 20 ans de l’album. Mais cette chanson marque tellement mon esprit qu’elle accompagne tous mes voyages. Je ne sais plus quand j’ai découvert cette chanson, mais elle m’a touchée directement au cœur, entre la thématique – les gens obligés de partir de chez eux pour trouver du travail ailleurs et qui repensent constamment à leur terre – et la voix rauque et languissante de la Diva aux pieds nus.

15 – Oasis, Champagne Supernova ((What’s the Story) Morning Glory?, 1995)

Si je pouvais classer les meilleurs albums que j’ai pu croiser dans ma vie, (What’s the Story) Morning Glory? serait dans les cinq premières places. Et en partie parce que j’ai vécu une petite révolution personnelle à 12 ans, quand ma sœur a débarqué avec toutes ses références de rock anglais à la maison. Et, curieusement, je n’ai pas choisi Wonderwall, Whatever ou Don’t look back in anger parce que, justement, au regard de la qualité de l’album, il y a un sentiment de trop-entendu. Ce que j’aime, justement, dans Champagne Supernova, outre la simplicité de la mélodie et la fluidité du rendu instrumental, c’est cette ambiance que savait si bien rendre les frères Gallagher ensemble : un mélange de coolitude absolue et de chant que l’on croirait contestataire. Parce que Liam est ce qu’il est, mais il sait porter le rough dans n’importe quelle ambiance. C’est sa signature et elle est belle. Mais je le répète : #TeamNoel.

16 – The Verve, Bittersweet Symphony (Urban Hymns, 1997)

Je remercie également Oasis pour avoir ouvert la porte au succès international de The Verve. Avec leur troisième album, et ce titre accompagné d’un clip tonitruant, le groupe mené par Richard Ashcroft a en effet su se placer dans les charts internationaux. Pourtant, cette chanson qui me fout les poils à chaque fois que j’en entends l’introduction a été l’objet d’une polémique : il se trouve que le groupe a pompé une version symphonique faite par Andrew Oldham de The Last Time, une chanson des Rolling Stones datant de 1965. Bien que The Verve se défende en arguant qu’il a négocié un échantillon du thème avec Andrew Oldham, il y eut tout de même un procès. Par la suite, les droits d’auteur de Bittersweet Symphony sont intégralement reversés au gestionnaire du catalogue des Rolling Stones et la chanson est crédité Ashcroft, Jagger and Richards. Dommage.

17 – The Prodigy, Diesel Power (The Fat of the Land, 1997)

Ce qu’il y a de formidable avec l’Angleterre, c’est que, la même année, en termes de chefs-d’œuvre, ils te sortent un album de rock symphonique culte et un album majeur de musique électronique. Là encore, comme pour l’album d’Oasis, ma chanson préférée n’est pas la plus entendue de l’album. Je retrouve en effet dans Diesel Power toute l’essence même de ce qui peut caractériser le break beat. A savoir une rythmique hip hop légèrement accélérée, des basses surpuissantes et un phrasé plus élaboré que sur un morceau de rap de base. C’est très rare d’écouter du vrai bon break beat, alors autant en profiter avec des orfèvres du genre.

18 – The Chemical Brothers, Hey boy hey girl (Surrender, 1999)

Là aussi, si vous me demandez de choisir mon album préféré des Chemical Brothers, entre Surrender (1999) et Come with us (2002), je serais très emmerdée, tant le duo de Manchester m’enthousiasme, et particulièrement pour la créativité qu’ils ont fournie dans ces deux albums. Malgré tout, c’est dans le premier album cité que se retrouve le plus grand tube du duo, ce avec quoi j’ai commencé à les apprécier. Pour le fun fact : Tom Rowlands et Ed Simons étaient en fac d’histoire quand ils se sont rencontrés. Par conséquent, ils ne peuvent pas être foncièrement mauvais :3

19 – Vampire Weekend, Mansard Roof (Vampire Weekend, 2008)

Morceau inaugurant le premier album du groupe new-yorkais, il donne tout de suite le ton : une mélodie très pop et très enthousiaste accompagnée d’une rythmique d’inspiration tropicalo-africaine. Tous les membres du groupe ont étudié la musicologie, et cela se retrouve dans la rigueur instrumentale que l’on retrouve dans chaque morceau des deux premiers albums. J’aime particulièrement Mansard Roof parce qu’il est un morceau inaugural parfait : il est court, simple et percutant. Et il met de la joie au cœur, et personnellement, pour être élevé parmi mes vingt chansons préférées, il en faut un minimum.

20 – Coldplay, Lovers in Japan (Viva la Vida or Death and All his Friends, 2008)

Je n’ai commencé à suivre Coldplay qu’à partir de 2003 et A Rush of Blood to the Head, ne les considérant auparavant que comme un groupe triste et chiant comme la pluie à la Radiohead. Et puis, à force, je me suis faite à leur mélancolie résiduelle. En 2008 est venue cette bulle de joie dans leur discographie, avec des morceaux lumineux et une ambiance autre que gris jour d’averse. Certains morceaux ont été retravaillés pour un autre mix de l’album, Prospekt March. C’est ainsi que j’ai découvert cette version acoustique de Lovers in Japan qui surpasse en luminosité la version studio de départ. Alors que la version studio se plaçait davantage dans une ambiance de plein soleil ou de pleine lumière, la version acoustique renvoie davantage à une ambiance de clair-obscur, crépusculaire, limite soirée au coin du feu.

Et vous, c’est quoi vos vingt chansons préférées ?

(cc) katherine lynn

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