fiction

Jeune fille au pair – Le masque tombe

Les yeux dans les yeux, les deux amants trempent leurs lèvres dans le rosé glacé. L’électricité qui les habite est palpable, le silence est lourd, l’orage n’est pas loin du côté de Larry. En l’observant, Manon se dit qu’elle doit être la première femme à lui résister. Mais sûrement pas la dernière maîtresse de sa longue vie de séducteur.

Jeune fille au pair – Le masque tombeElle le découvre sous un autre angle, plus critique, en terrain neutre, elle ose enfin ressentir autre chose que du désir. Il l’irrite. Il brise la glace qui est en train de se former au fil des minutes qui s’écoulent. Il fait un effort pour s’adresser à Manon d’une voix calme, mais la rapidité du débit de la parole le trahit. Il n’est pas sûr de lui, il ne sait pas ce que Manon a derrière la tête.

Tu es partie trop vite, nous aurions pu parler. Je ne pensais pas que tu souffrais à ce point…

Je ne suis pas venue pour parler de ça Larry. C’est trop tard et tu le sais. Je suis venue récupérer quelque chose qui m’appartient.

L’insolence de la jeune fille le surprend et l’agace, il essaye de se donner une contenance en lui offrant un sourire narquois. Elle veut jouer, il va jouer.

Ah bon, tu as oublié quelque chose à l’appartement, dans ta chambre peut-être ?

L’ironie de son amant ne la déstabilise pas. Elle s’est préparée à une entrevue difficile. Elle pensait prendre le risque de sombrer dans les sentiments et de retomber dans ses bras. Par son attitude, l’effet inverse se produit. Manon est sûre de sa décision, cet homme n’est pas celui dont elle a besoin.

Je n’ai pas envie de plaisanter Larry. Tu m’as dit avoir retrouvé ma mère par SMS. Si je suis venue, c’est uniquement pour que tu me donnes ce que tu as trouvé.

Les mains de Larry se crispent autour du verre à pied. Il gagne du temps en buvant une nouvelle gorgée. Puis, à l’aide d’un cure-dent, il pique une olive verte, qu’il glisse entre ses lèvres en donnant à son geste une obscénité voulue. Manon baisse le regard, elle ne revient pas du comportement de celui qui a su faire vibrer son cœur pendant ces derniers mois.

- Ce n’est pas si simple que ça Manon…

Il s’arrête de parler, plante son regard dans les yeux de Manon. Il est dur, indécent, brûlant d’un désir qui fait peur à Manon. Il se penche vers elle, glisse une main sur sa cuisse par-dessous la table. Et lui murmure sèchement :

Je ne te donnerais le nom de ta mère, que si tu trouves les arguments pour m’en donner l’envie…

Le premier mot qui vient à Manon, lui brûlant les lèvres : « connard ». Elle ne dit rien, se contentant de repousser la main qui emprisonne à présent son genou. Possessive, elle est là pour rappeler à Manon qu’elle lui appartient. Mais la jeune fille n’a jamais appartenu à personne, ce n’est pas maintenant que ça va commencer. Alors, elle décide de le prendre à son propre jeu, et d’une voix déterminée, elle lui rétorque :

Te reste-t-il un soupçon d’humanité ? Tu sais combien retrouver ma mère est important. Alors, ne te rabaisse pas à me demander de te supplier de me rendre mon passé.

Larry jouit en silence de son avantage. Il lui sourit, prenant un malin plaisir à la laisser patienter face à lui, entourée d’une foule d’inconnus.

(cc) N’Grid

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