Histoires

Le jour où j’ai gagné la rupture

D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais gagné une rupture. Disons que je me suis souvent faite larguer comme une vieille chaussette et ai eu bien du mal à m’en remettre. Et bien évidemment, c’est toujours ces « ex » là que tu recroises, le jour où tu ressembles à rien, les yeux encore bouffis de le pleurer, des mois après, en allant chercher un pot de Haagen-Dazs.

Le jour où j’ai gagné la ruptureEt lui te regarde d’un air dépité en se disant : « j’ai bien fait de la laisser ». Il t’explique à quel point il est heureux, qu’il a rencontré la femme de sa vie… tout ça, tout ça. Il te pose la question « quoi de neuf ? » et t’as juste envie de lui péter la gueule et de rentrer manger ton pot de glace toute seule au fond de ton lit.

Ça, c’est ce qu’on appelle “perdre une rupture”. Toutefois, l’histoire qui suit n’a rien à voir, ou presque… Il y a un peu plus d’un an, après une altercation très violente avec mon patron, je lui ai amené courageusement ma lettre de démission. La difficulté inhérente à mon statut veut que les préavis soient d’une durée de trois longs et interminables mois.

Et pendant chacune de ces 90 longues journées me séparant de mon départ, je me suis forcée à ne rien changer dans ma façon de me comporter, à ne rien changer dans ma façon de travailler, et à préparer mon départ pour que jamais il n’ait besoin de m’appeler. Même quand un mois après mon annonce, il est venu me faire comprendre qu’il fallait que je dégage de mon bureau pour le laisser à mon successeur et que j’ai été reléguée au fond d’une salle de réunion avec pour seul outil de travail un vieil ordinateur portable et son mini écran.

Et même quand il n’a pas estimé utile de me faire un au revoir autre que « A bientôt, dans une autre vie »… Je n’ai jamais haussé le ton, jamais montré mon mécontentement. Je me suis résignée, j’ai fait ce qu’on me demandait, comptant les jours jusqu’à ma libération. Même quand plusieurs mois après mon départ, il m’a appelée tard le soir, en numéro privé, pour me demander des justifications sur ce que je lui avais dit sur un dossier plus de 6 mois avant, remettant en doute chacun de mes propos…

Et pourtant, ceux qui me connaissent un peu le savent, il est très difficile pour moi de rester stoïque dans des situations injustes et face à des reproches inappropriés. Mais j’avais comme un pressentiment. Le milieu dans lequel j’exerce est au final tout petit et l’idée n’était pas qu’il véhicule auprès de mon nouvel employeur une mauvaise image de moi. Ça a été dur mais j’y suis arrivée.

Et la récompense a fini par arriver. Par un coup de fil, un jour de mai, sa secrétaire voulait savoir si je pouvais lui rendre un service et gérer pour eux un dossier, contre facturation, puisque ce jour-là ils étaient en sous-effectif pour gérer tous les dossiers. Ce dossier, je le connaissais très bien puisqu’il avait fait partie de mon portefeuille avant mon départ.

Et bien évidemment, j’ai dit oui. Je m’en suis occupée et surtout j’ai pu lui facturer mes diligences. Une facture à son nom. Une facture assez importante, de celles qu’on met de côté pour partir en vacances au soleil… Et là, mon petit ego qui avait été si maltraité le temps où j’avais bossé pour lui s’est retrouvé tout ragaillardi.

Et ce, surtout quand est arrivée dans ma boîte aux lettres, une carte écrite de sa main me remerciant pour mes diligences et un chèque du montant de ma facture. Je me suis dit à ce moment-là que j’avais bien fait de m’accrocher pendant toutes ces longues journées, chaque matin où j’avais mal au ventre à la simple idée d’aller au travail et de le croiser, à toutes mes larmes que j’avais retenues quand il m’expliquait à quel point j’étais nulle et qu’il était déçu de mon travail…

Alors aujourd’hui, j’ai gagné la plus belle des ruptures. Et cette grande victoire m’a fait avancer d’un grand pas et m’a permise, plus d’un an après l’avoir perdue, de retrouver un peu de confiance en moi dans mon boulot. Et rien que pour ça, je peux maintenant lui dire Merci…

(cc) bernat…

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