Histoires

De l’utilité (quelquefois) de se renseigner

Récemment, une information me fait sortir de mes gonds ! Le festival Jazz à Montreux, qui se déroule en Suisse, fait appel à une équipe de bénévoles pour sa promotion et sa communication. Jusqu’ici, tout va bien. Pour illustrer la publicité concernant la garderie du festival, un jeune graphiste trouve la photo d’un petit garçon tout mignon sur Internet. La photo, puis l’affiche, est validée par l’ensemble du service de communication du festival et affichée dans les journaux. Et là, c’est le drame : il se trouve que ce petit garçon tout mignon n’est pas un gosse random issu d’une banque de données d’images, mais Grégory Villemin, 4 ans, décédé en novembre 1984 et dont l’affaire de son meurtre n’a toujours pas été élucidée. Aïe.

De l’utilité (quelquefois) de se renseignerJe comprends tout à fait que ce graphiste de 20 ans n’ait lui-même jamais eu vent de l’affaire. Je comprends tout à fait que l’objet du scandale soit affiché en Suisse et pas en France, et que, par conséquent, l’affaire ait une moindre portée sur l’opinion publique. Ce que je ne comprends pas, c’est qu’avec toutes les personnes qui travaillent sur ce festival – qui n’est pas non plus un petit festival de jazz qui débute, hein –, il n’y ait personne qui ait demandé à se renseigner sur la manière dont le graphiste a dégoté l’image. Je veux bien que ce soit une équipe de bénévoles, mais si je fais ce genre de choses sur le plan professionnel, en ce qui me concerne, je perds mon poste et ma réputation me précédera.

Je voudrais mettre ceci en parallèle avec la couverture médiatique de la catastrophe ferroviaire de Brétigny/Orge. Vendredi soir, dans l’émotion suscitée par ce drame humain – qui a quand même coûté la vie à 6 personnes –, des tweets ont circulé concernant le caillassage des équipes de secours et le dépouillement des cadavres par des jeunes. Ces tweets ont été repris par les principaux organes nationaux d’information dès vendredi soir, augmentant l’indignation autour de ce drame. Fort heureusement, un ami qui travaille dans l’Essonne a relayé cet article lundi.

De manière générale, je fais davantage confiance à la presse locale. En effet, étant la plupart du temps au cœur des événements, les journalistes locaux connaissent le milieu où ils évoluent et sont connus des protagonistes. Par conséquent, ils prennent le temps de traiter l’information au plus juste. Je dirais même qu’ils sont les témoins privilégiés des événements, bien plus que ceux qui appartiennent aux grands organismes nationaux. Tout cela n’est qu’un avis personnel, mais pour avoir eu des correspondants d’un journal régional et d’un journal local dans mon village d’origine, j’imagine davantage le métier de journaliste comme ces correspondants que comme les envoyés de BFM TV.

Vous me demanderez : quel est le rapport entre le scandale du festival Jazz à Montreux et le traitement des événements de Brétigny/Orge ? Oh, mais, il y en a un : quand on ne se renseigne pas suffisamment sur la source d’une information, les conséquences peuvent être catastrophiques. Quand j’étais tutrice d’histoire en faculté, l’un des modules que j’effectuais avec mes élèves étaient l’évaluation des sources dans le cadre d’un travail de recherches. Il était en effet nécessaire de leur faire comprendre que toute source sur un événement ne se valait pas. D’abord, il faut s’interroger sur la source de l’information, l’auteur, son rapport aux événements, sa grille d’analyse. Ensuite, il faut se demander dans quel but l’auteur fait partager cette information plutôt qu’une autre.

Partant de ce principe, cela me fait hurler quand je vois certains mails que certains membres de ma famille m’envoient et qui assènent des informations « importantes ». J’ai envie de leur dire : Mais vous savez qui est à la source de ce mail ? Dans quel but il est envoyé et redistribué ? Non ? Alors posez-vous la question sur la véracité de ces informations. Mes contemporains ont l’impression d’être davantage informés que mes ancêtres grâce aux nouveaux moyens de communication. Le problème étant le suivant : le monde évolue mais le partage des « informations » reste le même dans l’esprit.

Il a longtemps été de bon ton de faire peur aux habitants d’une contrée en laissant circuler des rumeurs sans que personne ne puisse vérifier la source de l’information, faute d’avoir les outils intellectuels pour le faire. C’est ce qui se passe également à l’heure actuelle, sauf que l’information et la désinformation circulent de plus en plus vite. Et, bien qu’on ait fait des progrès concernant l’accès de chacun à des outils intellectuels décents, l’analyse cohérente de l’information est toujours aussi déplorable. Comment, par exemple, un tweet connoté philosophiquement puisse être pris pour une information par un organisme sérieux de presse ? N’y a-t-il de sa part aucune remise en question, tout ça à cause de cette course perpétuelle à l’information principale ?

Tel est, à mon sens, le drame de mes contemporains. L’information sur un événement précis est tellement présente que personne ne prend désormais le temps d’analyser par ses propres moyens toute information à laquelle on a accès. Quitte à se détacher de certains événements, ne serait-il pas désormais judicieux de se dire que, tant que rien n’est prouvé de manière claire, tout est faux ? Ce sentiment de méfiance vis-a-vis de l’information serait peut-être la voie pour accéder à l’essentiel.

(cc) LiebeGaby

2 Responses to “De l’utilité (quelquefois) de se renseigner”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>