Histoires

Nermina, cette folle… – 3

Article sélectionné par Kwelet lors de sa semaine de Rédaction en Chef.

Elle ne connait pas ce bellâtre, pourtant il reniflait quasiment ses aisselles. Étrange… J’écoute Nermina me décliner ses nom, prénom, âge, signe astrologique, habitudes alimentaires et fréquences masturbatoires… à elle et je regrettais d’avoir un appareil auditif sain. Je demandais l’identité de son voisin de classe, je récoltais la biographie d’un extraterrestre qui avait à peine daigné prendre apparence humaine.

Nermina cette folle – 3Toutes les deux côte à côte, il faut dire qu’on fait une sacrée paire. J’avais cramé mes cheveux au défrisage 3 jours avant la rentrée scolaire, mes cheveux ne répondaient présents qu’au bas du crâne. J’avais la chevelure du père Fouras. Je m’étais laissée aller tout l’été, mon poids culminait à des sommets, ma peau était grasse et boutonneuse. J’étais moche. Nermina aussi se laisse aller, ça se voit. Elle a les cheveux gras, les dents jaunies par le tartre, le ventre distendu, des vêtements dénichés au marché de Vanves. 2004, c’était ça.

Ce physique ingrat c’était pas la fin du monde, à l’époque. Je suis bien plus malheureuse aujourd’hui. Aujourd’hui, 10 ans plus tard, dans ce futur, dans lequel mes cheveux ont repoussé et mon corps s’est affiné. Je suis bien plus malheureuse, dans ce corps que j’ai sculpté tout au long de ces années à l’image de ce que devrait être une femme. Je suis bien plus malheureuse avec mon ventre plat, mes salades du soir, mes produits de beauté et mes cheveux mi-longs. Jamais satisfaite. Un bouton, c’est la fin du monde. Un kilo de plus, le monde s’écroule. Être plus conne à 30 qu’à 20. N’exister que par son corps.

Retour au Moyen Âge, la femme n’a pas d’âme. Ce n’est qu’un corps. “Ce”, pas “elle”. Essayer de se détacher de ce monde à tout prix, ou justement, tout a un prix. Comment vous dire, on y échappe pas. “Allez ! Je vous ramène !”. Ça, c’est Monsieur Réalité qui parle. Il me parle en films, en livres et en chansons surtout. “On vit dans un centre commercial géant, c’est comme des montagnes, derrière des montagnes, on en voit pas l’bout”. Arcade Fire. Vouloir éteindre la lumière.

Alors je suis là, sur le rebord du balcon de chez ma mère. J’ai 30 ans. En bas, personne n’a capté que mon but était de m’aplatir sur le macadam. “Elle prend l’soleil”. Ouais, c’est ça, surtout qu’il pleut. C’est pas que j’hésite. Avant le grand plongeon, faut que j’parle de la responsable de tout ce drame. Nermina.

(cc) Mistinguette18

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2 Responses to “Nermina, cette folle… – 3”

  • Tu n’y vas pas avec le dos de la cuillère. J’adore. Je deviens de plus en plus accro à chaque article. J’espère que tu ne vas pas nous lâcher pendant l’été, j’ai besoin de ma dose de Nermina la folle, SVP !

  • OMG, merci, je m’attendais pas à un tel compliment ! J’écris la partie 4, tout de suite.

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