Histoires

Le jour où je me suis sentie bourreau…

J’aime pas les chiens. J’ai jamais trop su pourquoi mais j’ai jamais été vraiment attirée. Il y a plein de raisons de ne pas aimer les chiens et encore plus de ne pas en adopter.

Le jour où je me suis sentie bourreau…Moi, je suis une fille à chat.

Mais la vie a dû en décider autrement, puisqu’elle a mis sur ma route que des mecs qui avaient des chiens. Et bien évidemment, quand je l’ai rencontré lui, ben j’ai appris qu’il en avait un… de chien. Je l’ai su avant de le rencontrer dans la vraie vie et du coup, j’ai hésité.

Etait-ce rédhibitoire au point de ne pas le rencontrer ? Je me suis posée la question mais suis passée outre, comme de toute façon, ça n’avait pas vocation à durer. Quand je l’ai rencontré, chez lui, il avait eu la gentillesse de mettre son fidèle compagnon sur le balcon pour ne pas m’importuner.

Et puis les choses se poursuivant, il a fallu nous apprivoiser. Je ne suis pas allée vers lui, je le trouvais trop poilu et trop baveux. Je lui en ai souvent voulu de filer mes collants, de me couvrir de poils, de me sauter sur les pieds, d’aller faire un tour de deux à quatre heures du mat’ sans prévenir.

Il fallait lui aussi qu’il soit sûr de moi. Parce qu’il savait à quel point le genre de spécimen que j’étais, pouvait faire du mal à son maître, à son ami. Et puis, il a dû se dire que j’étais la bonne et m’a adoptée. Il m’a donné de l’affection sans que je lui en demande. Et du coup, je me suis laissée avoir avec sa tête de souris et sa démarche de lion. Je l’ai adopté. C’était le meilleur pote de mon amoureux cela voulait dire quelque chose.

Et surtout, depuis que l’on est plus près l’un de l’autre et que l’on passe tous nos weekends ensemble, je me suis surprise à très souvent dire mon chien ou notre chien. Nous avions nos rituels désormais. Il savait quand il était le bienvenu avec moi pour aller faire un tour ou se baigner. Il était toujours content de me voir.

Mais ce que je préférais, c’était qu’à chaque fois que je m’installais dans le jardin pour lire, il me regardait d’un air de dire bronze tranquille, je veille sur toi, et se mettait à quelques mètres de moi, veillant sur l’entrée du jardin qu’on ne vienne pas m’importuner.

11 ans de vie commune avec mon amoureux, 5 avec moi. Et puis un jour de janvier, il a commencé à ne plus manger et être bien moins vigousse. Quelques analyses plus tard, le vilain mot de cancer était prononcé et le délicat constat de notre impuissance pour le soigner. Un hiver en sursis donc. Et puis un médoc lui a fait reprendre du poil de la bête et nous de l’espoir.

Pour une chute d’autant plus grande quand il y a quelques temps, il a de nouveau cessé de se nourrir pendant quelques semaines. Jusqu’à un matin où il n’a pas réussi à se mettre sur ses pattes. Sauf pour venir me dire bonjour le dernier vendredi soir. Sa colonne toute arquée et ses pattes toutes faibles nous ont conduits à prendre la décision qui s’imposait.

Pour aider mon amoureux à traverser, j’ai pris sur moi et fais tout mon possible pour soulager son chagrin face à la perte qu’il allait subir. Alors, j’ai pris mon téléphone pour appeler le vétérinaire et lui expliquer, et bien que nous étions quasiment sûrs que notre compagnon souffrait trop pour rester en vie.

C’est le coup de fil le plus difficile que j’ai eu à passer. Parce que c’est bien gentil quand on t’explique qu’au moins, pour les animaux, c’est plus facile que pour les humains et que tu peux choisir de mettre fin à leurs souffrances. Certes, en théorie. Mais depuis que j’ai passé ce coup de fil, j’ai du mal à l’assumer. Et même si je sais que c’était la meilleure et la seule des hypothèses, je ne peux m’empêcher de me sentir comme le bourreau.

J’ai passé cette après-midi-là entière avec lui, comme pour me faire pardonner de ma traîtrise. J’ai attendu les 6h qui ont séparé mon coup de fil de la piqûre qui lui était destinée. J’ai passé toutes ces heures à espérer qu’il serait serein au moment venu et que son maître, son meilleur ami, ma moitié, ne me verrait pas comme celle à cause de qui tout allait prendre fin.

Et cette fin, rapide, sournoise et indolore pour lui, a fini par arriver. Très rapidement au final, en comparaison aux longues heures d’attente de la mort. Il a poussé un dernier soupir paisible dans nos bras, mouillé de nos larmes. Une piqûre, un souffle et hop terminé…

Alors oui, l’espace d’un instant, j’ai été comme un bourreau, pour son bien à lui mais pour le grand chagrin de mon amoureux et le mien. Et franchement, j’ai un peu de mal à vivre avec.

(cc) Torajio Bengani

5 Responses to “Le jour où je me suis sentie bourreau…”

  • Laurie, décidément… Tous tes témoignages me touchent… Ils sollicitent mon empathie parce que je me reconnais dans ce que tu écris.
    La semaine passée, ma soeur a dû prendre cette douloureuse et insurmontable décision dont tu parles…
    Ficel, son compagnon de vie depuis trois ans, qu’elle appelait son “petit”, a développé un empoisonnement du sang. Ses reins se sont bloqués, son corps se gonflait d’eau, il souffrait.
    Elle aura tout essayé, passant toutes ses maigres économies d’étudiante et bien plus, dans des consultations, prises de sang, traitements…
    Ma soeur est passionnée de chats depuis toute petite, elle leurs voue un amour inconditionnel. J’étais témoin d’une incroyable connexion entre son Sacré de Birmanie Ficel et elle-même.
    Aujourd’hui, je n’ai jamais vu ma soeur autant torturée mais en aucun cas, elle ne remet en question cette décision, en aucun cas, elle se culpabilise de sa disparition.
    Tu as écouté ses maux et c’est par Amour que tu lui as évité souffrances ! Ne doute pas de ça ! <3

  • @ Lightuptheroad : Merci pour tes gentils mots de réconfort. Je ne doute pas de ma décision j’ai juste encore du mal à l’assumer et à gérer l’absence et le chagrin de mon amoureux (qui a tout mis dans une boite bien enfouie au fond…)
    Toutes mes pensées pour ta petite soeur…

  • J’ai eu à prendre cette décision il y a plusieurs années pour mon chien. Cela a été très douloureux, pourtant c’est ce qu’il y avait de mieux à faire. Et cela ne m’a pas empêchée d’avoir d’autres compagnons à 4 pattes depuis. Tu as fait le bon choix, ton amoureux ne t’en tiendra pas rigueur. Bon courage.

  • Courage Laurie! Comme j’ai toujours eu des chats, j’ai dû prendre cette décision plus d’une fois, mais crois-moi tu as fait le bien. C’est aussi une preuve d’amour de ne pas laisser la souffrance devenir insupportable…

  • @ Coppelia : Merci ! je lui ai suggéré que nous adoptions pour la prochaine fois une tortue luth, dans la mesure ou ca vit pres de 150 ans, il y a de grandes chances que nous mourrions avant elle ;-)

    @ Nouvelle30naire : Merci pour ces mots de réconfort. Avec le recul et moins de chagrin je me dis qu’au final il n’aura été très mal qu’une journée et c’est la journée qu’on a passé en entier avec lui donc on a cessé de lui montrer notre “amour” !

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