Histoires

Nermina, cette folle… – 2

Article sélectionné par Kwelet lors de sa semaine de Rédaction en Chef.

Je veux une grosse bite ! Crie-t-elle sur le quai du RER. Nermina est folle et mon année de DEUG sera longue. Je suis gênée. Je ne rougis pas : parce que je suis métisse. Je ne dis rien : car moi aussi j’ai envie d’une grosse queue.

Nermina cette folle – 2Enfin pas là, sur le quai du RER. Des étudiantes se retournent sur nous, un sourire en coin. Je me sens comprise. J’ai le sentiment d’être en phase avec ma génération, ce sera la seule fois d’ailleurs… La misère sexuelle est universelle. Nermina regarde passer, avec un rictus traduisant un profond mépris, ces étudiants mâles qui vont et viennent sur les quais à défaut de le faire en elle.

Regarde-moi ça“, en désignant les étudiants chétifs. Ça va pas te faire jouir ça, moi je les casse en deux au lit, ça“. Je fais la moue. J’hésite entre la perplexité et l’amusement. La folle allume une cigarette. “Tu vois ça, Sarah” en désignant son mégot. “C’est mon seul plaisir dans la vie, vu que je ne me fais plus sauter“.

Comment j’ai rencontré Nermina ? J’ai rencontré Nermina de la même manière que je l’ai subie. Elle parlait à ma place. La religion, le sexe et la mort, le sujet tabou, c’est son cheval de bataille. Elle se réapproprie tout et elle choque la jeunesse des années 2000. Cette génération élevée par Dorothée, du Coca-cola dans le biberon qui rêve d’aventure mais manque cruellement d’imagination.

Nermina, je l’ai reconnue, tout de suite. Elle était de ceux-là. Ces enfants sans Game Boy et sans Super Nintendo qui jouaient avec des poupées dessinées par leurs soins, découpées dans du papier. Alors elle était là, Nermina, au fond de la salle de classe. Assise et adossée au mur, avec des airs de chef de bande, un bras volontaire posé sur le dossier de chaise de son voisin.

Pourquoi les femmes à la télé doivent s’habiller comme des putes ? La professeure de communication télévisuelle reste pantoise. Le reste de la classe la hue. On nage en plein délire. Elle s’en fout, elle continue. “Pourquoi les présentatrices télé doivent s’habiller comme des putes ?” Le silence appelle à plus d’explications. “Montrer leurs seins et leurs cuisses alors que les hommes sont toujours très classes, en costume et cravate, taillés sur-mesure“.

Des voix s’élèvent dans la classe.“Les femmes sont libres !” crie Untel. “Ah bon, alors pourquoi j’ai l’impression qu’elles s’habillent selon le désir des hommes ?”. La professeure ne renchérit pas. Je ne m’étais jamais posé la question. Je ne dis rien, je n’en pense pas moins. Le reste de la classe s’enflamme : “Putain elles font ce qu’elles veulent !“.

Nermina ne se démonte pas : “Ça contribue à la banalisation de la femme comme objet sexuel, et je ne suis pas d’accord“. Une élève crie à l’idiotie. “Ça contribue surtout à la liberté de disposer de son corps, chaque femme est différente et y a droit“. Nermina s’énerve. “CA DÉGRADE L’IMAGE DES FEMMES !” Tout le monde lui jette des boulettes de papier. Le garçon entouré par le bras de Nermina la hue également. Le connaît-elle ?!

(cc) X-ray Delta One

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