Culture

« Wrapped in plastic #3 », les chroniques culturelles de Mimi

NDLR : Retrouvez chaque mois les chroniques culturelles de Mimi, « Wrapped in plastic » !

« Wrapped in plastic ». De la culture emballée dans du plastique. C’est de ça qu’il est question dans ces chroniques culturelles. La culture qu’on emballe, qu’on étiquette, qu’on achète.
« Wrapped in plastic », c’est aussi un clin d’œil à Twin Peaks, la série culte de David Lynch.
« Wrapped in plastic », comme le corps de la célèbre Laura Palmer retrouvé emballé dans du plastique dans la scène d’ouverture du pilote. L’expression est devenue culte.
« Wrapped in plastic » comme un clin d’œil à la pop culture.

« La première chose que vous devez savoir sur moi, c’est que je suis une pute. » C’est sur ces mots que commence la série anglaise « The Secret Diary of a Call Girl », dont j’ai touché un mot dans le dernier article de cette rubrique. 

La prostitution est souvent traitée au cinéma, à la télévision, dans les livres. Selon les œuvres, on y trouve divers éléments de compréhension aux questions principales. Ces questions que l’on s’est toutes posées un jour. Pourquoi ? Comment ? Choix véritable, par dépit ? Aucune œuvre ne donne tous les éléments de réponse tant les situations sont différentes.

On peut craindre que « The Secret Diary of a Call Girl » (série anglaise de Lucy Prebble) soit un peu glauque. Après tout, c’est l’histoire vraie d’une étudiante anglaise (doctorante en plus) qui se prostitue. Mais la série a pris le parti de la légèreté. Ca ressemble aux aventures d’une Carrie Bradshaw escort. Appart’ cool, dressing de rêve, argent qui tombe du ciel. Il y a une fraîcheur et un humour bien particulier, propre à l’esprit anglais. Billie Piper est extra dans le rôle de Belle de Jour et la série tient en grande partie à son jeu d’actrice. Belle est toujours, ou presque, dans le contrôle. On est dans un esprit assez Girl Power. C’est une fiction rigolote, pas un plaidoyer pour la prostitution, et la série doit se regarder comme un simple divertissement.

  • « Wrapped in plastic #3 », les chroniques culturelles de MimiLa prostitution étudiante est traitée beaucoup plus âprement dans « Slovenian Girl » (de Damjan Kozole) et « Elles » (de Malgorzata Szumowska). Le premier, un film slovène, montre le quotidien d’Aleksandra qui se prostitue pour avoir une vie un peu dorée. L’attrait pour l’argent, pour les belles choses et son dégoût de tout ce qui lui rappelle une vie modeste. Tout comme les étudiantes de « Elles » en plein cœur de Paris. Le prix à payer pour ce mode de vie ? Outre le mensonge d’une double vie, c’est le risque de tomber sur un client qui pense que payer lui donne le droit de se servir exactement comme il le souhaite du corps de la fille. Le danger de se faire torturer en gros. Alors on se demande, ça représente quoi pour ces hommes d’aller voir une prostituée ? Payer pour se servir d’un corps ? Ou payer une femme, qui se sert de son corps avec eux ? Et on a assez vite la réponse.
  • « Wrapped in plastic #3 », les chroniques culturelles de MimiSera, dans « Leaving Las Vegas » (de Mike Giggis), n’est pas escort, elle travaille dans la rue. Elle a un mac’, pas commode en plus, malade, parano, et tordu. Sera (Elisabeth Shue très convaincante dans ce rôle) tombe souvent dans de sales coups. Ses clients sont violents. On se demande s’ils ne lui font pas payer le fait qu’ils ne résistent pas à aller la voir. Comme pour se venger sur sa personne à elle, de leurs envies, de leurs pulsions, de leurs fantasmes qu’ils n’assument pas. Alors, ils la réduisent à néant à coups d’humiliations et de viols.
  • A une époque en France, il y avait des maisons. Des maisons closes qui, dans l’imaginaire de certains, sont des lieux de volupté. C’est l’image dépeinte par le réalisateur Bertrand Bonello dans « L’Apollonide ». Ce film est un tableau, les filles ont l’air de jeunes filles en fleur, fraîches, virginales (virginales, vraiment ?). Mais la réalité frappe quand une des femmes se fait taillader le visage par un de ses réguliers. Parce que la « femme qui rit » est une prostituée, au visage abîmé qui plus est, elle ne devient plus qu’une poupée de chiffon, maltraitée par les hommes, par les femmes aussi. L’univers séduisant de la maison close disparait alors peu à peu et on ne voit plus que la cruauté et la soumission auxquelles se retrouvent asservies les jolies filles de joie.
  • 2 histoires vraies en noir et blanc. Jeanine et 23 prostituées. Le crayon de Mathias Picard raconte la jeunesse et la vie de Jeanine, qui sera « la plus grande prostituée de Strasbourg » et qui participera activement à la reconnaissance politique du plus vieux métier du monde. Chester Brown, un canadien, a dessiné de son côté les 23 filles qu’il a connues après une période de 3 ans d’abstinence sexuelle. 23 prostituées, c’est la vision d’un homme cette fois, un client, avec un trait de crayon sans fioritures qui raconte surtout les dessous affectifs de nos sociétés modernes. Parce que la prostitution, c’est aussi ça il semblerait, quelque chose qui apporte du réconfort et de la chaleur au client.
  • « Wrapped in plastic #3 », les chroniques culturelles de MimiUn dernier film. Le plus émouvant peut être. « Dangerous Beauty » (“La Courtisane”) de Marshall Herskovitz. Il fut un temps lointain où des femmes choisissaient la prostitution. Ou disons qu’elles ne choisissaient pas les autres modes de vie qui s’offraient à elles : mariées, dame de chambre, couvent. « Dangerous Beauty », c’est l’histoire de Veronica Franco, une jeune fille de Venise au 16ème siècle, avec une grande soif de connaissance. Très vite, naît chez elle une fascination pour ces femmes que l’on cache aux yeux des enfants, qui séduisent tant d’hommes et que les « dames » craignent. Qu’est-ce qu’il y a chez ces femmes-là de si spécial qu’il n’y a pas chez les autres ?
  • Le film montre des scènes pleines de sens où l’on suit le long apprentissage de Veronica pour devenir une courtisane. La scène qui symboliserait à elle toute seule le film entier pourrait être celle-ci : La mère de Veronica, qui lui donne cette « formation », pousse une grosse porte en bois, et là, Veronica aperçoit des livres qui recouvrent tous les murs, jusqu’en haut du plafond. Une bibliothèque. « Mère, nous ne pouvons pas entrer ». « Les dames ne peuvent pas entrer, les courtisanes, si. » Dès lors, la connaissance est ouverte, sans limites, à condition de ne pas choisir d’être une « dame respectable » aux yeux de la société, mais de choisir une voie en marge de la société. Voie dans laquelle, non seulement elle pourra, mais devra (les hommes ne veulent pas d’une courtisane ignorante), connaître des domaines aussi divers que l’art, la politique, et la sexualité. Veronica Franco deviendra l’une des courtisanes les plus convoitées, comme le lui dira sa mère, non pas grâce à sa beauté ou autre, mais parce qu’elle est brillante et intelligente.
  • « Dangerous Beauty » met l’accent sur le fait que l’instruction n’était autorisée qu’à ces femmes-là. Ici, on n’est pas dans un choix tout à fait libre, plutôt dans un dilemme, qui fait se demander à la spectatrice, à un moment donné du film : si j’avais vécu à cette époque, et si j’avais pu être « formée », quel choix aurais-je fait ?

Relire « Wrapped in plastic » #1

3 Responses to “« Wrapped in plastic #3 », les chroniques culturelles de Mimi”

  • Sujet délicat et complexe. Tu en as abordé à peu près tous les principaux aspects me semble-t-il. On sent plus ta retenue, sinon tes questionnements, et c’est ce qui est, je trouve, très intéressant. ;-) Chaque point pourrait faire l’objet d’un article en lui-même.
    Tu me rappelles aussi que je dois lire “23 prostitués” dont j’ai beaucoup entendu parlé. Roman (graphique) comme je les aime, à contre courant, brûlé ou encensé, et finalement courageux.

  • Sur la même thématique, j’ai vu il y a quelques mois complètement par hasard Mon homme, de Bertrand Blier, avec Anouk Grinberg et Gérard Lanvin. J’aime beaucoup ce film parce qu’il ne porte pas de jugement sur la prostitution, à mon sens.

    Je te le conseille vivement, car on sent dans ton article, à demi-mot, que tu es perplexe vis-à-vis du métier. :) Toutes les situations sont effectivement différentes, mais je pense qu’on gagne à ne pas tomber dans l’écueil des reportages à la Bernard de la Villardière (je ne dis pas que tu le fais) et qu’on devrait s’intéresser davantage aux femmes, jeunes et moins jeunes, qui se prostituent par choix, non par nécessité. :)

  • @ Rose H. : Aie! Alors c’est ce que je craignais justement qu’on ait l’impression que je suis perplexe quand au choix d’un tel métier, que je doute que l’on puisse choisir ce métier. Pour être franche, je n’en doute pas du tout.
    Dans cet article, je n’ai pas voulu donner une opinion tranchée, mais plutôt exposer des situations à travers des films, livres etc… Parce que ça reste une chronique culturelle. Voilà ;)
    Je note ta référence, ça m’intéresse, merci!

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