Humeurs

Mais qu’est-ce qu’on rigole avec Alix !

Depuis ce matin, lundi 15 avril 2013, ma TL Twitter a d’abord été pourrie par ce report d’A contrario qui s’insurgeait contre la publication par le magazine Elle de l’interview d’Aldo Naouri, pédopsychiatre assez médiatisé. En gros, sur le ton de la rigolade, ce brave M. Naouri justifie totalement le viol conjugal dans ses propos – en l’occurrence, dans le cas de l’après-accouchement. C’est vrai que c’est rigolo de subir les assauts d’un compagnon assez peu intelligent pour comprendre que, bon, ce serait bien de faire une pause assez longue sur les galipettes. Et vers midi, la rédactrice en chef de Elle, Alix Girod de l’Ain, en remet une bonne couche en pondant un éditorial qui se veut humoristique.

Mais qu’est-ce qu’on rigole avec Alix !Je me suis déjà insurgée auparavant sur le fait qu’une certaine frange de la presse féminine sur Internet avait complètement zappé le passage aux années 2010. Voui, ces années où on découvre qu’Internet est une bombe à retardement qui te pourrit une réputation en moins de 30 secondes, où tout à chacun peut interagir et par conséquent communiquer le fait d’être scandalisé par tel ou tel propos. Désormais, chaque ligne peut être décortiquée et peut être retenue contre toi pour te faire perdre toute crédibilité.

J’ai appris à mes étudiants lorsque j’étais tuteure en histoire de vérifier – en 2006 – toute information qu’ils obtenaient de leurs recherches sur Internet, avec des grilles d’analyse assez élaborées. Je m’en sers personnellement tous les jours pour vérifier le contenu des informations qui me sont diffusées sur mes TL et par mail. Je sais pertinemment que l’article brut ne me suffit pas pour faire ma grille d’analyse. Je sais aussi qu’on me fait parvenir des articles dans des intentions bien précises – à savoir me convaincre d’un point de vue sur une thèse ou un événement. Croyez-moi, regardez autour de vous : très peu de vos contacts FB ou Twitter ont un recul assez conséquent sur un sujet pour ne pas être envahis sur le plan émotionnel sur ce qui pourrait s’avérer être un hoax.

Bon, je vais vous le dire, j’ai reçu l’édito d’Alix Girod de l’Ain par des féministes très engagées que je followe sur Twitter. Je les sais réactives sur le sujet du viol et du sexisme à deux balles, surtout lorsque ces propos sont cautionnés ou édictés par des femmes. Alors, bien sûr, j’ai eu le droit aux cris d’orfraie, au *mode rage on* et à ce genre de choses dont je suis habituée de leur part – c’est pour cette raison que je les followe, même si, pour ma part, je reste quand même extrêmement mesurée sur certains propos qu’elles tiennent.

En ce qui me concerne, je tiendrai les mêmes propos sur Alix Girod de l’Ain que sur Marie-Laure Sauty de Chalon (rédactrice en chef d’Aufeminin.com sur laquelle je m’étais énervée auparavant). Ces femmes, en gros, ont commencé leur carrière à l’époque où le féminisme menait d’autres combats – en l’occurrence, une meilleure visibilité des femmes dans le monde du travail et dans la société en général, quitte à ce que les femmes deviennent davantage combattives entre elles pour obtenir ce qu’elles veulent. C’était le contexte des années 1980-1990, où les femmes commençaient à pouvoir acquérir une indépendance financière. Et déjà, ceci était une sacrée révolution.

Le problème étant qu’en 2013, les féminins de base ont une méthodologie qui ne convient plus aux combats féministes des années 2010. Non seulement les agressions sexistes n’ont pas baissé – elles ont muté sous une autre forme –, mais en plus, si on regarde la société à travers le prisme de ces magazines, on s’aperçoit que le désir profond d’accomplissement personnel qu’ils promulguent ferait que, si ce dernier était réellement appliqué, les femmes se boufferaient entre elles. Parfois même, les propos féminosexistes les plus violents viennent des femmes elles-mêmes.

L’autre problème que l’édito d’Alix Girod de l’Ain vient apporter est que ce n’est pas parce qu’on croit défendre la cause féminine en la jouant libérée qu’on n’est pas féminosexiste. Je répondrais même qu’on l’est d’autant plus qu’on semble ne s’occuper que d’une catégorie de femmes – la citadine à fort pouvoir d’achat, en l’occurrence. Alors oui, les lecteurs sont choqués par les propos rétrogrades d’un pédopsychiatre ou se moquent d’un traitement peu journalistique concernant certaines pratiques sexuelles. Mais en plus, avec l’interactivité d’Internet, ces même lecteurs le font savoir, avec l’absence de tact que peut apporter l’anonymat sur Internet.

Je voudrais dire en guise de conclusion que ce n’est pas parce que vous manquez de rigueur journalistique que vous êtes drôle, Alix. Bien au contraire : vous êtes pathétique. La remise en question doit être aussi immédiate qu’une traînée de poudre sur Internet pour que vous soyez enfin en phase avec les préoccupations des femmes en 2013.

(cc) fs999

5 Responses to “Mais qu’est-ce qu’on rigole avec Alix !”

  • La messe est dite.

  • Je sais qu’on touche à un sujet délicat et je n’ai pas la maitrise de la langue qu’a Storia. Je ne fréquente guère les réseaux sociaux, je n’ai pas de compte Twitter mais j’ai “bien entendu” été informée des deux pics de réactions concernant Elle, l’article sur une amante à 40ans et aussi l’interview du psychiatre Aldo Naouri, tout simplement parce j’avais déjà lu ces deux articles, ainsi que l’édito d’Alix Girod de L’Ain. Si j’apprécie la ferveur de Storia que je sais sincère et justifiée, je ne me sens pas une feminosexiste parce que je n’ai pas été choquée par la sortie sur l’amante lesbienne. Abonnée à Elle pendant plusieurs années, j’en ai lu des articles pseudo-hilarants construit sur le même modèle. C’était juste pas drôle et ne méritais pas tout le foin qu’on en fait au vu du nombre d’articles du même acabit qui sortent par mois dans l’ensemble des magazines féminins. Qu’il soit nécessaire de recadrer Elle, qui se la joue un peu trop bonne élève de la féminité, ça me semble logique, mais les réactions sont disproportionnées à mon goût.
    Quant à Aldo Naouri, je pourrais vous renvoyer aux commentaires sélectionnés sur l’article de Rue89 que je ne pourrais que paraphraser : http://www.rue89.com/rue69/2013/04/15/violez-polemique-apres-interview-daldo-naouri-241489. Je ne connais pas spécialementce Monsieur, qui a été bien maladroit dans le choix de ses termes, mais je ne pense vraiment pas qu’il justifie le viol conjugal, mais détaille une démarche dans le cadre d’une thérapie spécifique.
    Le problème de Twitter c’est justement la réaction à fleur de peau et des combats qui se trompent de cause. La polémique pour la polémique, ça ne fait que noyer le poisson. Après, je suis certainement « tiède » par nature.

  • Pour être honnête, moi j’ai laissé tomber la presse féminine, il y’a des années et du coup, je ne sais pas ce qui s’y dit… Mais j’ai toujours trouvé cette presse de mauvaise qualité…
    Cependant l’édito en question, je l’ai lu; MAIS et je précise bien MAIS je n’ai jamais rien lu d’autre!!! Moi cet édito ne m’a pas choqué… Perso, je commence à en avoir marre des langues de bois et du politiquement correct… Je trouve que tout est trop mesuré, trop limité dans un carcan… Je voudrais que les gens s’expriment plus librement pour éviter tous les débordements de violence que l’on voit maintenant fruit d’années de frustrations… En plus ne sont sanctionnés que les mêmes… Par exemple ce n’est pas Frigide et ces propos homophobes que l’on va condamner…
    Deuxième point:
    Pour être honnête cela me fait rire quand tu dis que le combat des féministes n’est plus le même… Tu ne t’es jamais confrontée au monde du travail en tant que potentiel reproductrice ou mère de famille, je peux te dire que le sexisme est là et bien présent… Les questions déplacées aux entretiens, etc… Les femmes sont peut-être des garces entre elles, mais cela a aussi évolué… Il y a de plus en plus d’entreprise de solidarité féminine ou de sites d’entraide réservé aux femmes… Je pense qu’avec la crise il va falloir se serrer les coudes et que nos acquis n’en sont pas…
    Mais je m’égare, il faut dire que sur le féminisme, je suis peut-être une fémino-sexiste, comme tu dis… Moi je préfère le terme Amazone…

  • @Nouvelle 30naire : bien sûr que ce que revendiquaient nos mères est toujours d’actualité. Tout comme certaines avancées sociales sont amenées à ne plus être acquises dans la durée. Ce que je dénonce, ici, c’est que les femmes qui ont réussi à acquérir le pouvoir, la plupart du temps par la lutte, en viennent justement à oublier, dans certains cas, les aspirations de leurs consoeurs. C’est justement, selon moi, le cas des femmes comme Alix Girod de l’Ain.

  • J’en ai profité pour aller faire un tour sur les sites d’Acrimed et d’A contrario. Je n’adhère pas à tout, mais ça éclaire pas mal de choses : parfois on ne se rend pas compte de l’énormité de certaines choses, j’aime leur manière de décortiquer. D’ailleurs, j’ai aussi creusé du côté d’Aldo Naouri, pour remettre les choses dans leur contexte, il est un peu moisi ce mec….

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