Histoires

Cours petite fille, cours !

Elle était assise au bord de la chaussée. Les voitures passaient, elle ne les voyait pas. Dans sa tête, bourdonnaient mille et un souvenirs : le tendre sourire de sa maman, les bras chaleureux de son frère, les éclats de rire résonnant sans cesse dans toute la maison, la nuit fatidique. Les larmes coulant le long des ses joues rondes, elle commença son deuil sous le regard désemparé des conducteurs et passants. Plusieurs tentèrent d’instaurer le dialogue avec elle. Tous échouèrent.

Cours petite fille, cours !L’endroit grouillait d’une centaine de personnes. Le ciel était rouge sang, tout comme le sol derrière la petite fille. Quant à la maison, elle ne fût plus qu’un simple souvenir. C’était comme si plus rien n’existait. Plus rien n’avait d’importance pour la petite fille solitaire. Horrible tragédie qui fût.

Un homme s’approcha d’elle, lui murmura ces quelques mots « Cours petite fille, cours ». Quelques secondes auparavant, une déflagration retentissante avait eu lieu. Des milliers de tonnes de taules, de pierres ainsi que de poussière furent propulsées en une fraction de seconde sur un diamètre infiniment important. « Ainsi, ce n’était pas fini. » fut la seule pensée qui traversa la petite fille. Une telle réflexion n’est choquante que lorsqu’elle est dite avec une si forte résignation dans une bouche normalement ingénue. Elle a perdu, en une seule nuit, toute sa candeur et son innocence, cette petite fille.

Tous les jours, elle revint s’asseoir, au même endroit. Au fil du temps, les gens ne s’étonnèrent plus de la voir ainsi, ici. La petite fille avait fini par faire partie du paysage, au même titre que ce panneau « interdit de stationner ». Les larmes avaient depuis longtemps déjà disparu. Des yeux vides d’expression les avaient remplacées. Pauvre petite fille qui avait vu sa vie d’enfant se terminer dans la pire douleur qui soit.

Un jour, puis un autre, et ainsi de suite, la petite fille n’apparut pas. Cependant, personne ne s’en inquiéta. Après tout, pourquoi l’auraient-ils fait ? Elle avait cessé d’exister aux yeux du monde, cela faisait depuis longtemps qu’elle n’était plus. Mais pourquoi ? « Cours petite fille, cours ». Pourquoi n’as-tu pas écouté cet homme, petite fille ? Maintenant, c’est trop tard…

(cc) Micky**

3 Responses to “Cours petite fille, cours !”

  • Mais pourquoi diable cette petite fille ne court-elle pas? (le petit garçon court bien lui… “run boy run”…écho féminin?)

  • je ne connaissais pas, avant de chercher sur internet ce que c’était “run boy run”
    elle ne court pas parce qu’elle est tétanisée et puis elle était déjà plus ou moins plus de ce monde je pense
    j’avoue, je ne sais pas vraiment, car je l’ai écrit d’une traite, laissant libre cours a mon imagination :s

  • Vous ne connaissiez pas? Voilà une bien troublante et stimulante coïncidence. Merci pour ce texte-écho et votre réponse…

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