Culture

« Wrapped in plastic » #1, les chroniques culturelles de Mimi

NDLR : Retrouvez chaque mois les chroniques culturelles de Mimi, « Wrapped in plastic » !

« Wrapped in plastic ». De la culture emballée dans du plastique. C’est de ça qu’il est question dans ces chroniques culturelles. La culture qu’on emballe, qu’on étiquette, qu’on achète. « Wrapped in plastic », c’est aussi un clin d’œil à Twin Peaks, la série culte de David Lynch. « Wrapped in plastic », comme le corps de la célèbre Laura Palmer retrouvé emballé dans du plastique dans la scène d’ouverture du pilote. L’expression est devenue culte. « Wrapped in plastic » comme un clin d’œil à la pop culture.

Pour cette première chronique, je vous emmène ailleurs, dans des terres froides, enneigées, glacées, perdues en Amérique du Nord. Imaginez. Une région boisée où l’on n’entend que le vent. Et le son des flocons qui se déposent sur la surface du lac gelé.

« Wrapped in plastic » #1, les chroniques culturelles de MimiQuelques fous y patinent la nuit tombée. Plus loin, à des centaines de km de là, l’eau qui coule. Une rivière, une cascade peut être. Le silence. Un silence pénétrant. Un cri d’oiseau qui déchire le silence. Et puis, la forêt, les arbres, une montagne derrière. Un pic. Des maisons isolées ça et là. Tous les habitants se connaissent bien. Du moins le pensent-ils.

Là, dans ces terres froides, des gens qui regardent filer leur vie, des destins ratés. Jusqu’au jour où survient l’événement qui changera leur vie. Tout bascule. La glace craque, les personnages passent de l’autre côté et nous avec, en tant que spectateur, ou lecteur. Les personnages ordinaires voient leur vie tomber dans l’extraordinaire.

Un peu comme Ray dans le film Frozen River qui vit dans une petite ville américaine toute proche du Canada et qui se retrouve à traverser une réserve indienne et sa rivière gelée pour amener des clandestins de l’autre côté de la frontière. Ray manque d’argent et a une famille à nourrir. Comme Ree. Ree Dolly vit plus loin, dans la Forêt des Ozarks, au Sud du Missouri. Terre oubliée des Etats Unis.

Dans Winter’s Bone, Ree Dolly (Jennifer Lauwrence, qui vient de rafler l’Oscar de la meilleure actrice pour Happiness Therapy), 17 ans, s’occupe seule de sa fratrie et de leur mère invalide. Leur père se fait la malle en les laissant endettés jusqu’au cou. C’est Ree qui va se charger de le retrouver. Mais les voisins n’aiment pas parler.

Quand elle les prend enfin entre quatre yeux, c’est pour s’entendre jeter des menaces à la figure, ou pour se prendre un uppercut. Le seul personnage qui aide finalement Ree inspire peur et confiance à la fois. Étonnant personnage d’ailleurs, comme sorti tout droit d’un conte flippant.

Plus loin. En Alaska. Terres glacées dans lesquelles David Vann a situé ses 2 premiers romans, Sukkwan Island et Désolations. Là-bas les histoires sont un peu différentes. L’écrivain a fait de l’Alaska, un milieu hostile, le terrain de drames familiaux. En bottes fourrées et le visage tuméfié par le froid, père et fils tentent de se rapprocher, tandis que les couples tentent de se réconcilier.

L’aventure, plaquer la civilisation pour un retour à la nature, comme solution à tous les problèmes, devient le cœur de l’intrigue de chacun des romans de l’auteur. Peu à peu tout part à vau-l’eau. Les personnages deviennent des criminels potentiels tandis que le lecteur se fait enquêteur. Jusqu’au bout, on ne sait pas vraiment le rôle que chaque personnage prendra. Criminel ? Victime ? Qui appuiera le premier sur la gâchette ? C’est froid, c’est cru.

Dans les pages du romancier, on n’est pas dans un ton décalé à la Tom Drury qui a écrit La Contrée Immobile. Ce roman-ci, en à peine 200 pages, nous fait passer de la chronique ordinaire au polar en passant par un genre de fable. L’histoire est simple. Dans le Midwest, au milieu de forêts, lac gelé et tout le reste, un barman se laisse vivre avec nonchalance en attendant qu’il lui arrive quelque chose. L’écriture complètement décalée, les réflexions profondes, les situations banales. Tout ça crée un drôle de mélange.

La Contrée Immobile a une dimension fantastique, à l’opposé du réalisme implacable de Sukkwan Island. La Contrée Immobile, c’est parfois drôle, parfois incompréhensible, parfois très censé. Cette étrangeté rappelle Lynch. Il y a définitivement quelque chose de Twin Peaks dans La Contrée Immobile.

Twin Peaks n’existe pas. C’est une bourgade entourée de montagnes tout droite sortie de l’imagination de David Lynch et Mark Frost. A Twin Peaks, il ne se passe pas grand-chose. Les femmes au foyer élèvent leurs ados. Les jeunes vont au lycée, tombent amoureux, fument, conduisent des motos et friment. Et puis un jour, le corps de la lycéenne Laura Palmer est retrouvé emballé dans du plastique.

Le spectateur découvre vite qu’à Twin Peaks – comme ailleurs ? – les apparences sont trompeuses. Ici, les pères de famille s’attachent à des jeunes filles qui sniffent, les enfants d’unions adultères naissent cachés, et puis tout le monde est cocu. Mais alors, vraiment tout le monde. Et les femmes au foyer finissent par disjoncter.

A ce propos, Twin Peaks a largement ouvert la voie pour des séries comme Six Feet Under et surtout Desperate Housewives qui voient le jour 15 ans plus tard et qui racontent elles aussi les sagas de familles tout à fait ordinaires…

Il y a des tas d’autres histoires comme celles-ci. Où, à des gens comme nous, comme à nos voisins, il arrive quelque chose d’improbable qui déséquilibre le quotidien bien réglé. De quoi nous faire regarder les gens sans histoires d’un autre œil. Mais bon, tout ça, ce ne sont que des histoires, n’est-ce-pas ?

La Contrée Immobile, de Tom Drury (NDLR : ce livre a été envoyé à Mimi par la rédaction de Ladies Room)
Sukkwan Island / Désolations, de David Vann
Winter’s Bone, de Debra Granik (avec Jennifer Lawrence, John Hawkes)
Frozen River, de Courtney Hunt (avec Melissa Leo)
Twin Peaks, série télévisée de David Lynch & Mark Frost, 2 saisons

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