Cela fait longtemps que je pense à écrire à propos de cet accident. Ce dernier a eu lieu le 15 février 2011, il y a pile deux ans maintenant. Je traversais au vert sur un passage piéton quand je me suis faite renverser par une voiture. Il ne s’agissait pas d’un chauffard mais d’un automobiliste qui ne m’a “juste” pas vu.
Il pleuvait beaucoup, la nuit était tombée, je portais un manteau à capuche noire. Lui devait se focaliser sur les voitures pouvant éventuellement lui arriver sur la droite quand il s’est lancé pour tourner et que l’impact a eu lieu.
Je ne l’ai pas vu venir, du tout. J’ai vaguement entendu des bruits de voiture sans comprendre pourquoi d’un seul coup j’étais par terre, avec la vision de la pluie se reflétant dans la lumière des phares et de mon sac m’accompagnant comme au ralenti dans ma chute avant de s’écraser lui aussi sur la chaussée.
J’ai eu la chance de m’en sortir quasiment indemne. J’ai “juste” eu une bonne entorse du genou droit, avec peut-être un ligament d’arraché, on a jamais su le voir clairement sur les IRM. Mais deux ans après, cet accident est toujours très présent dans ma mémoire.
Il a changé ma vie, a laissé des séquelles “psychiques” plus que physiques. Certes, j’ai encore parfois mal au genou et certaines activités que j’apprécie énormément comme les concerts ou les expositions restent douloureuses. Mais ça n’est pas ce qui m’ennuie le plus.
Après quelques jours voire quelques semaines, je m’étais mise à faire des cauchemars toutes les nuits où je revivais l’accident. Une peur panique de traverser s’était également infiltrée en moi. Vivant en plein centre-ville, ça n’était franchement pas évident. Il m’est parfois arrivé de faire des détours de plus d’une demi-heure à force d’éviter certains passages à niveau.
Avec le temps, les choses ne se sont pas arrangées, bien au contraire. Pour éviter les cauchemars, mon cerveau “m’empêchait” de dormir. Je dormais maximum trois heures par nuit, et seulement dans mon canapé. Même morte de fatigue, si j’allais dans mon lit, je me retrouvais alors systématiquement en “pleine forme”, à vouloir tout faire sauf dormir.
Après six mois à ce rythme, j’étais à bout. C’est lors d’une visite à la médecine du travail qu’on m’a conseillé de consulter. Le diagnostic est tombé, le fameux syndrome de stress post-traumatique. Rien de bien méchant donc, mais sur une personnalité déjà bien angoissée, ça n’allait pas se soigner en un rien de temps.
Deux ans après, je fais encore régulièrement des cauchemars. Je panique encore parfois à l’idée de traverser et mets de longues minutes à me calmer après avoir entendu des crissements de pneus, même très éloignés.
Durant plusieurs mois, j’ai également “subi” des “ça n’était pas grave”, “ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort”, et des proches qui malgré toute leur bonne volonté, n’ont pas compris ou n’ont pas voulu voir les répercussions que cet accident avait sur moi. Du coup, je culpabilisais de me mettre dans des états pareils et me sentais encore plus nulle.
Aujourd’hui, je ne me sens pas plus forte, non. Je suis terrifiée quand il s’agit de sortir en fin de journée l’hiver, angoissée face à chaque route à traverser et déprimée quand la pluie tombe (ce qui arrive souvent dans le nord). Aujourd’hui, je suis la première à souhaiter pouvoir dire “ça n’était rien”, mais j’en suis encore incapable.
Néanmoins, une chose très positive ressort de cet accident : la présence de ma famille et de mes amis. Malgré les incompréhensions citées précédemment, j’ai eu la chance d’être plus que bien entourée dans “cette épreuve”. C’est d’ailleurs ce qui m’a aidé et m’a évité de perdre complètement pied je crois. On dit parfois que c’est dans les mauvais moments qu’on reconnaît ses véritables amis. Je connaissais déjà les miens, mais cet accident m’a permis de prendre conscience de la chance que j’avais de les avoir.
En fait, quand je repense à cet accident aujourd’hui, j’ai surtout envie de dire à mes amis à quel point je les aime et à quel point ils comptent pour moi.
posté le 16/02/2013 | 561 vues | 11 commentaires | tags: ma vie mon oeuvre accident voiture amis famille Ego trip amour | 3 ont aimé
Merci La Poupée Russe :-)
PS : ça n’a rien à voir, mais j’adore les photos de ta future collection d’été publiées sur facebook !
@Plipli : Ne confondrais-tu pas notre Poupée Russe à Poupée Rousse la créatrice de bijoux ? Pour connaître les deux, je te le confirme : ce sont bien deux Ladies bien distinctes ;)
Arf oui, je sais pourtant que c’est deux personnes distinctes, je les connais “virtuellement” toutes les deux. Mais pour le coup j’ai cru que c’était Poupée Rousse qui avait laissé un commentaire. Au temps pour moi Poupée Russe ! En plus vu la thème de l’article, je n’aurai pas du faire cette erreur et me douter qu’il s’agissait de toi.
J’aime beaucoup la photo associée à l’article, elle colle parfaitement à son contenu, Merci !
Il y a un an , je suis passée à 2 doigts de voir ma fille écrasée sous mes yeux. A chaquenfois que je traverse avec elle je la tiens fermement… Elle n’a pas oublié elle m’en parle encore… J’avais écrit tout de suite un article en rentrant pour exociser le mal… Et la peur! Courage à toi et n’hésite pas à de demander de l’aide, si c’est nécessaire!
Courage à toi!!!!!
Je pense aussi que ça t as fait du bien d écrire.
En tous les cas, en tant que lectrice je comprends ta peur même s il y a que toi qui l ait vécu au final…
Merci les filles ! :) Je me souviens très bien de ton article Nouvelle 30naire, il m’avait marqué ! Je n’ose même pas imaginer ce que tu as pu ressentir.
Aller consulter m’a vraiment aidé. Il fallait d’abord que je “récupère” niveau sommeil pour pouvoir exorciser ensuite. Ça m’aide aussi à être moins “dure” avec moi-même. Comme me le répète souvent mon thérapeute, “si on se casse une jambe, une fois guérie et consolidée, elle reste tout de même un peu plus fragile qu’avant”. Et bien avec les “blessures psychiques” c’est pareil, on a le droit de ravoir peur de temps en temps, ça n’a rien d’anormal.
Plipli, je sais très bien ce que tu traverses, mais je ne t’écris que maintenant.
Ma soeur et moi traversons en ce moment ce que tu traverses depuis deux ans. Chacune a eu droit à son accident grave avec destruction de bagnole. Personnellement, c’était il y a 4 mois, j’étais en tort et j’ai tapé dans deux voitures. Je m’en suis sortie avec ma voiture pliée en deux, une fracture du pied non soignée, puisque détectée après trois semaines et un kyste à la poitrine. Heureusement, en face, il n’y a eu qu’une destruction de voiture et le passager de la première voiture qui s’est pris du verre dans le front. Malgré tout, je reste traumatisée, mais j’ai l’impression depuis quatre mois de reprendre ma vie en main et de grandir aux yeux du monde (même physiquement).
Ma soeur, c’est un peu plus compliqué : ça s’est passé il y a un mois. Elle rentrait chez elle un soir de janvier. Une dame a fait un malaise au volant et a atterri dans la voiture de ma soeur. Cette dame est décédée. Ma soeur a aussi sa voiture détruite et des commotions un peu plus graves que les miennes. Mais psychologiquement, c’est compliqué. Heureusement que nous partons toutes les deux dans une semaine, ça nous permet de tenir face aux cauchemars que nous faisons continuellement.
C’est un joli témoignage Plipli. il peut peut être servir à celles (ou ceux) qui te lisent, le syndrome du stress post traumatique on en entend parler mais on ne sait pas toujours bien ce que c’est…
En effet, ma collection d’été pour l’instant c’est surtout bavettes et couches, je commence à peine à redécouvrir que j’ai un dressing ;)
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Merci pour ce beau et sensible témoignage, Plipli, je pense que pour toi, c’était important de le circonscrire par l’écriture, c’est peut-être le signe que la résilience est en marche… En effet, même si les conséquences physiques n’ont pas été énormes, chacun réagit à sa manière et peut vivre un cauchemar suite à une expérience douloureuse. Comme tu le dis, tu en as aussi tiré des leçons, comme le soutien de ton entourage. Prend soin de toi.