Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

23. mai 2013

Mot de passe oublié

GeorgesFrancois

Saint-Valentin : Mystère et boules de gomme

Je n’ai jamais rien compris à la Saint-Valentin, non pas pour un désaveu inavoué ni une radinerie totalement assumée, non. Simplement parce que cette fête fait partie de la longue cohorte des fêtes qui, au fil du temps, sont venues se greffer à la même excroissance que celles, jadis réduites au plus simple nombre (pourquoi j’ai failli appeler « appareil » l’amour ?), que dans nos contrées du fin fond de la jungle tropicale nous mettions un point d’honneur à commémorer, si tant est que cela puisse s’étendre au-delà du registre du symbolique.

mysteres-et-boules-de-gomme.jpgBref, la Saint-Valentin ne rentrait pas dans le registre des fêtes dont nous autres connaissions l’existence, comme de nos jours il existe certainement de par le monde des récalcitrants, des demeurés ou de simples « largués » qui ignorent encore « Halloween ».

De mauvaises langues persistent à rappeler que le commerce seul profite de ces célébrations à répétition, dont le sens semble avoir disparu derrière les étagères hyper surchargées des chalands (lire ici : la réclame, la télé, le web (à propos, pourquoi il n’est pas au féminin, celui-là – ah, oui, c’est vrai, la toile !) et tutti quanti (bon, tutti quanti, ça résonne cadeau un peu, non ?). Mais parlons sérieux, pour une fois. La fête des amoureux, c’est la fête de l’amour aussi ?

J’adore les images d’Epinal. De toute façon, elles n’existent pas. C’est comme l’amour, diriez-vous. Je vous vois venir. Si, si, si, il existe parce que, chaque fois que je tombe en arrêt devant l’amour — pas les amoureux, que je regarde avec « stupeur et tremblement » : j’aime beaucoup Amélie Nothomb quand elle parle de l’Empereur du Japon, mais j’ai une particulière commisération pour les « amoureux des bancs publics » ; Georges Brassens, pour sa part, leur voue une admiration sincère.

Entre ces deux sentiments, je ne saurai me définir. Est-ce donc « mon bel amour » que je regarde avec « égarement » ou avec « des yeux de merlan frit », ou est-ce le sentiment d’aimer qui me propulse sans autre forme de procès dans un tel désarroi ?

La Saint-Valentin me pose ainsi cette interrogation ontologique, à laquelle je dois donner réponse : Dire « je t’aime » au jour de la Saint-Valentin consacre mon être puisque j’aime donc je suis. Cela consacre tout autant, d’autre part, l’existence de mon amour en tant qu’objet et sujet, dans leur être à toutes deux (le sentiment d’aimer autant que la personne aimée).

Las, le secret réside là, lorsque soudain je me sens défaillir. Le pied ! Bien sûr, il est là, le pied, lorsque dans « L’Art d’aimer », Ovide ruait dans les brancards, outré par les linges qui dissimulaient les jambes de leurs matrones !

Alors l’amour ? Il tient à quoi ? A ces Saint-Valentin ? Que certains ou certaines n’ont jamais connu ? Non, il tient à cette image d’Epinal à laquelle je songeais au début de mon propos. Il se vit dans l’instant qui jamais n’échappe à ceux qui aiment, aussi fugace soit-il. Il est constamment là, tapi en nous, non pas comme un ennemi embusqué, mais comme un gardien de nos espoirs. Le gage de notre bonheur. Ces petites choses connes à pleurer.

J’adore la Saint-Valentin, elle me rĂ©concilie avec ces menues joies qui nous font aimer la vie. Elle me rappelle ce moment d’hĂ©sitation, vital, lorsqu’on se rend compte que l’autre, celui ou celle qu’on attendait, est lĂ . On le sent. Et puis on se dit : Basta ! Fi des règles de la chevalerie, foin des stratĂ©gies de conquĂŞtes : la longue attente avant de goĂ»ter enfin au fruit dĂ©fendu, le long ballet amoureux avant l’accouplement, les briques en carton-pâte des forteresses imprenables, le dĂ©sir qui vous tient comme la rage aux dents…

Ou alors on l’attend. Des années durant, une interminable attente qui semble ne jamais prendre fin, alors qu’elle est là. Devant soi. Chaque Saint-Valentin. Les yeux dans les yeux, main dans la main. Les roses distillent leur parfum dans l’air. La flamme de la bougie tremble, comme la commissure de ses lèvres. Ses yeux donnent cette drôle d’impression, comme un léger strabisme. La flamme de la bougie tremble. Comme la commissure de ses lèvres.

C’est le moment ou jamais de le lui dire : « Je t’aime, ma belle amour adorée. » Je te redis le poème d’Aragon. Celui-là même, il me semble, qu’on l’a chanté pour toi. Rien que pour toi.

(cc)  beccachairin

 

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Tout à fait péplumesque comme article.


Je ne connais pas le poème d’Aragon, mais j’irai le lire Ă  l’occasion, et je me souviendrai de ce bien bel articulet.


Chapeau bas monsieur !


 

je plussoie en ce jour j’ai mis mon homme en grève de l’amour, interdiction formelle de l’ombre d’une dĂ©claration d’amour.


 

@ Rose H.: j’ai une tendresse particulièrement affligeante pour le peplum, c’est le genre qui, hormis le vaudeville, me touche aux larmes en raison de son acharnement Ă  l’idiotie, malheureusement, je doute d’avoir pu arriver Ă  sa hauteur dans mon article. Peut-ĂŞtre aurais-je dĂ» m’en tenir aux relations absolument absurdes qui font, elles, la beautĂ© mĂŞme de l’amour… Et pourtant, “il n’y a pas d’amour heureux”, c’est le texte de la chanson de Brel tirĂ©e du poème d’Aragon citĂ© en rĂ©fĂ©rence, si ma mĂ©moire ne me joue pas des tours. il eĂ»t Ă©tĂ© prĂ©fĂ©rable de dĂ©clarer ma flamme Ă  l’envers (hum !) comme dans “La Non-Demande en mariage” de Brassens. @ French Bukowski Girl: Toutes les grèves relèvent de la mĂŞme posture, mais il en va des grèves du zèle (qui fondent leur action sur l’exagĂ©ration de l’exercice de la fonction) comme des grèves de piquets ( qui comme leur nom l’indique bloquent les entrĂ©es ou les sorties). Pour ma part, je ne saurais vous recommander ni les unes ni les autres. L’amour est sans issue, au demeurant. Bon, c’est pas bien sĂ©rieux, tout ça. Non.


 

@GeorgesFrancois : Mais je connais quasiment par cĹ“ur “Il n’y a pas d’amour heureux”, dĂ©licieusement interprĂ©tĂ© par Danielle Darrieux dans Huit Femmes :)


En revanche, je ne me souviens pas de cet extrait… Ça ressemble lĂ©gèrement Ă  “Mon bel amour, mon cher amour, ma dĂ©chirure, je te porte dans moi comme un oiseau blessĂ©” mais je vais ranger mon violon tout de suite, hein ? VoilĂ .


Au temps pour moi pour le peplum. Je crois savoir que 2h moins le quart avant JĂ©sus-Christ est un bien joli exemple du comment sublimer l’absurde, je pense. En cela, tu pourrais tout de mĂŞme apprĂ©cier la rĂ©fĂ©rence, non ?


Tu l’as dit, et Gainsbourg aussi : l’amour, physique surtout, est sans issue :)


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