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The Wire (Sur écoute) : Un chef d’oeuvre du petit écran

Comment parler de la série The Wire sans rien oublier, en rendant compte de tout ce qu’elle est ? C’est que The Wire est brillante, bien plus qu’une simple série télévisée, digne d’une grande œuvre  cinématographique. C’est une série littéraire aussi, magnifiquement écrite. A la fois fiction, documentaire sociologique et témoignage d’une époque. Diffusé aux Etats-Unis par HBO entre 2002 et 2008, elle est restée méconnue du grand public, ignorée des récompenses, mais pourtant largement saluée par la critique.

The Wire (Sur écoute) : Un chef d’oeuvre du petit écranIl faut dire que The Wire n’est pas facile à suivre. La série a tendance à nous larguer si on ne s’accroche pas. Il faut être tenace, patient. Mais quand on arrive au bout, on est frappé par ce niveau rarement atteint dans le domaine télévisuel. A défaut d’avoir fait de grosses audiences, The Wire a fait l’objet de réfléxions, thèses, conférences, et même de séminaires à Harvard, Montréal, Paris, pour réfléchir sur les questions sociales soulevées par la série… !

L’action se situe à Baltimore, ville portuaire du Maryland au Nord-Est des Etats-Unis. La série parle de criminalité, et de quelle manière les choses en sont arrivées à un tel point. La saison 1 s’attachera principalement au milieu de la drogue, la saison 2 au milieu du travail. Dans la saison 3, la politique entre en jeu. La saison 4 nous parle du système éducatif et la cinquième saison, de la presse. Durant 5 saisons, la série nous embarque dans le quotidien de tous ceux qui ont un lien, direct ou indirect, avec la criminalité. Policiers, dealers, junkies, gansters, gamins des rues, politiques, enseignants et journalistes.

Mais on se rend très vite compte que la criminalité n’est qu’un pretexte pour nous raconter une autre histoire. Car The Wire n’est pas une série policière, pas tout à fait. Peu importe que les réseaux de trafiquants soient démantelés ou pas, peu importe que les flics découvrent des indices grâce aux fameuses « écoutes » (wire). Ce qui compte ici, c’est l’histoire de Baltimore, une ville durement touchée par la crise économique et toutes les conséquences que cela implique sur les citoyens. Ce qui compte, ce sont les questions que la série suscite. Qui sont les responsables de la criminalité dans une ville, dans une société ? Si on peut les nommer.

A quel niveau la responsabilité se situe-t-elle ? Quelles sont les conséquences d’une décision financière prise dans les hautes sphères politique sur le corner boy qui vend des pilules roses ? La série nous montre de quelle manière tout est inextricablement et irrémédiablement lié à l’intérieur d’une société. Chaque décision, chaque acte aura une influence sur un personnage. Dès lors, chaque personnage est comme un pion. Dès qu’il bouge, il fait forcément bouger les autres, par équilibre, par logique.

Les 2 créateurs de la série savent de quoi ils parlent. David Simon, ancien journaliste au Baltimore Sun, et Ed Burns, ancien policier et ancien prof dans les quartiers défavorisés de Baltimore, connaissent bien les rouages des institutions. Leur fiction est en grande partie tirée de leur vécu dans le milieu. A noter aussi que certains acteurs sont d’anciens trafiquants et que certains personnages sont inspirés de personnes réelles.

Et quels personnages ! On pense tout de suite à Omar Little (Michael K. Williams), un des plus marquants, gangster profondément mélancolique. On pense à Snoop (Felicia Pearson), tueuse à gages glaçante qui semble n’avoir ni sexe, ni âge. On pense à Bubbles (Andre Royo), drogué et indic des policiers, son visage abîmé par trop de saloperies prises en intraveineuses. Il y en a tant et tous sont incroyablement bien écrits. Ni fondamentalement bons ou mauvais, les antipathiques finiront par nous toucher, les sympathiques se révéleront plus troubles que ce qu’ils ne paraissent. Il n’y a pas un personnage principal, ou alors ce serait Baltimore, unique point d’ancrage de la centaine de personnages qui gravitent autour.

The Wire peut se voir comme on lit un grand roman. En relisant plusieurs fois le même passage, on finira toujours par découvrir un détail qui nous avait échappé. C’est qu’il y a tellement à voir, à comprendre. Un regard, une phrase, un mot. Et là il faut le dire, cette série doit se regarder en V.O absolument. Le langage de la rue, les expressions, les accents impossibles de Baltimore font partie intégrante de l’histoire.

C’est la série la plus intelligente et la plus fine. Passé la difficulté de départ, se mettre dedans, le spectateur finira happé par son univers, le temps de 60 épisodes, au point de s’habituer à sa violence et à son langage haché, à ses « fuck » incessants – je dis bien incessants - et à la grossièreté de certains personnages, qui participe aussi à une forme d’humour.

On reste scotché pendant 5 saisons, jusqu’à la toute dernière scène, jusqu’à voir défiler cette succession d’images. Les images dévoilant la voie choisie par chacun des personnages. Choisie, vraiment ? A moins que leur voie ait été tracée il y a déjà longtemps par quelque chose qui les dépasse tous. Car il y a bien l’idée de destin, de fatalité dans The Wire. Oui, cette série est bien une tragédie.

La dernière image nous offre un plan d’arrêt de quelques secondes, qui nous laisse le temps de songer à tout ce qu’on a vu. Après avoir parcouru tous les recoins de la ville, on est désormais en dehors, tenu à l’écart, on n’entend plus que le ronron tranquille de la ville. Etrange quand on sait tout ce que les building cachent au loin là-bas. Cette fois, la caméra nous tient éloignés. Le spectacle se termine.

De l’ultra violence urbaine, des personnages inoubliables, des scènes d’anthologie qui relèvent parfois du génie, The Wire est une série bluffante. Le temps de 5 saisons, David Simon et Ed Burns nous ont raconté un bout de l’histoire de notre monde. A la fin, on reste sans voix. Avec une infinie tristesse et résignation. Parce qu’au dehors, on l’a bien compris, ce n’est pas de la fiction. Tout continue.

The Wire, créée par David Simon et Ed Burns, 5 saisons, diffusée sur HBO, 2002-2008

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4 Responses to “The Wire (Sur écoute) : Un chef d’oeuvre du petit écran”

  • Cet article est la goutte d’eau qui vient faire déborder le vase des séries US qui peuplent mes soirées d’ennui. On m’en parle depuis le début ; je pense qu’il est désormais grand temps que je m’y mette !

    Superbe article Mimi, merci :)

  • Vas-y ! Accroches toi bien, mais ça en vaut terriblement la peine! Cette série est juste géniale ! Un truc de dingue….Tellement humaine, tellement bien foutue…regardes là vraiment !!!
    et ça m’a donné envie de regarder le reste du travail de David Simon (Treme, Generation Kill…) dans un autre style, mais toujours avec le même souci de réalisme d’après ce que j’ai entendu…

  • Un chef d’oeuvre total, du Dumas ou Hugo en série du XXIe siecle.

  • Je suis absolument fan (Omar’s coming !!) Dans le top 5 de mes séries favorites ! Merci d’en parler :)

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