En ce moment je n’ai pas le temps de vivre car j’ai enfin trouvĂ© mon stage. Non, l’expression accorte est “J’AI ENFIN TROUVE MON STAGE !!!!!” avec plein de points d’exclamation. Après presque trois mois de galère Ă brandir ma convention de stage et un sourire grand format sensĂ© dĂ©montrer ma motivation, ma rage de vaincre et mon potentiel sympathique, j’ai trouvĂ© mon stage dans une grosse maison d’Ă©dition.
Me voici propulsĂ©e stagiaire assistante d’attachĂ©e de presse pour une durĂ©e de trois mois. Je suis dans la dernière ligne droite de ma semaine de bleue et je suis sur les rotules. Manifestement, mes employeurs n’ont aucune notion du temps d’adaptation. Bref, je n’ai pas chĂ´mĂ©. J’ai passĂ© la semaine Ă rĂ©pondre au tĂ©lĂ©phone, faire des photocopies, monter et descendre des escaliers, faire du mailing intensif, Ă©crire des communiquĂ©s et tenir un calendrier excel de toute beautĂ© et je me sens extĂ©nuĂ©e.
Position de sous sous subalternes oblige, j’ai une chef, Aurore, et la profonde antipathie que j’ai ressentie Ă son Ă©gard Ă son premier “Mahlia Stones”, s’est rapidement confirmĂ©e en haine pure. Aurore est une femme surnaturellement blonde, mince, aux lèvres et seins charnus, et au comportement quelque peu acide. Comprendre : une adepte de la chirurgie plastique et une sacrĂ©e conne.
A son Ă©nième minauderie au passage d’un cadre ++ , j’ai cernĂ© sa dinderie. Et puis très vite, son inĂ©vitable pimbĂŞcherie. Son truc? User et abuser de son pouvoir pour me faire faire la serveuse de cafĂ© et plus gĂ©nĂ©ralement la larbine. Ok, je fais un stage donc JE SUIS une larbine, mais j’aimerais assez ne pas voir sa tĂŞte de fouine dĂ©daigneuse me le rappeler Ă peu près toutes les secondes.
Donc, ce matin (car oui, je travaille le samedi matin et j’adore ça) je sers cafĂ©, le thĂ© et le sucre dans la salle de rĂ©union oĂą tous les messieurs et dames de la boĂ®te discutent. Le style gĂ©nĂ©ral de la maisonnĂ©e est bobo chic, faussement dĂ©contractĂ©, avec le combo veste + chemise + jean et chaussures en daim chez les hommes, et tailleur jupe + chemise bucheronne + talons vernis et collants chez les femmes. Mis Ă part les couleurs qui varient un peu, la pièce respire le mimĂ©tisme.
Je marche vers la grande table circulaire et remercie le ciel d’avoir Ă©tĂ© serveuse avant, car le plateau est lourd. Puis, je me demande si ce ne serait pas la raison prĂ©cise pour laquelle j’ai Ă©tĂ© embauchĂ©e. J’en suis au troisième thĂ© et au quatrième cafĂ© quand la porte s’ouvre derrière moi. Je suis toute affairĂ©e et quasiment au bout de ma mission quand je vois Monsieur Grand Patron se lever pour accueillir la personne qui est entrĂ©e.
Je dĂ©pose le dernier cafĂ© et appuie le plateau sur ma hanche avec la satisfaction du devoir accomplie et l’anticipation de ma libertĂ©. Monsieur Grand Patron ouvre la bouche quand je relève les yeux : “Mesdames et Messieurs, j’aimerais vous prĂ©senter le nouveau Chef de produit Junior au sein de la section Jeunesse, Benjamin Nau.”
Stupeur et tremblement. C’est lui. C’est Coup Du Soir. Merde, merde, merde. Ma mâchoire se dĂ©croche de stupĂ©faction, tandis que le regard de Benjamin balait la salle pour se ficher dans le mien Ă©carquillĂ© et en pleine confusion. Lui est beaucoup plus sobre dans sa surprise, Ă peine un haussement de sourcils et un regard Ă©tonnĂ©. Je referme bien vite la bouche et me mets immĂ©diatement Ă Ă©valuer mes options de sorties.
Aux congratulations et serrage de main de la petite foule qui converge vers nous, j’en profite pour essayer de tracer ma route. Je suis Ă la porte quand Grand Patron m’interpelle.
- Mademoiselle ? Seriez-vous assez aimable pour aller chercher un… ? Il se tourne vers Benjamin avec un regard interrogateur.
- Un cafĂ© noir fera très bien l’affaire.
- Un cafĂ©, je vous prie mademoiselle… ?
Apparemment, Grand patron est expert en question muettes. Mais dommage pour lui, ma bouche est sèche et je ne parviens qu’Ă Ă©mettre un vague borborigme.
- Quel est votre nom ? me demande-t-il.
- Stones, je réponds avec empressement ma bouche soudainement en état de marche. Dahlia Stones.
Je jette un bref regard Ă Benjamin, qui m’observe avec un sourire en coin. Le fameux sourire en coin. Je fais vite volte face et prĂ©pare dans la salle attenante un cafĂ© super rapidement sans rĂ©flĂ©chir. De retour dans la salle de rĂ©union, je dĂ©pose le cafĂ© sur la table, en face de Benjamin et me retourne très très vite pour m’en aller. A mi-chemin vers la porte, je l’entends murmurer.
- Merci… Dahlia.
Je suis quasiment sĂ»re qu’il sourit, mais je n’ai aucune envie de vĂ©rifier alors je hoche la tĂŞte et franchis la porte pour me retrouver bien vite derrière mon bureau en proie Ă une crise de “What… The… Fuck????!!!!!” vĂ©ritable.
(cc)Â Aih
posté le 26/11/2012 | 484 vues | 1 commentaire | tags: larbin coup d'un soir stagiaire réunion café | 3 ont aimé
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Je vais dans un resto branchĂ© de Boulogne sur ma pause dĂ©jeuner avec quelques collègues, et je bouscule (sans le faire exprès, bien entendu) un jeune homme attendant sa commande Ă emporter en fumant sa cigarette, entourĂ© de ses collègues. Qui Ă©tait-ce? Mon ex. Je l’ai larguĂ© l’an dernier, Ă peu près Ă la mĂŞme pĂ©riode.
Il m’a regardĂ©e, effarĂ©, Ă travers la baie vitrĂ©e du restaurant, pendant que je mangeais mon escalope normande.
C’Ă©tait un peu trop Ă©trange pour moi.