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L’adultère : mon Prozac à moi

Leonore, 42 ans, mariée depuis 16 ans, en couple depuis 20 ans, 4 enfants. Pratique l’adultère comme une thérapie cognitive. Mieux que se regarder dans le miroir le matin en répétant comme un mantra “tu es belle et désirable” : l’entendre dire par un homme nu contre sa peau nue, dans une chambre d’hôtel en plein après-midi. Beaucoup plus crédible, beaucoup plus efficace et Reine du Pétrole assuré.

monprozacNon pas que mon mari ne me le dise pas, mais lui… il ne m’aime pas que pour ça, il y est obligé par contrat, il y a l’histoire commune, les enfants, tout un réseau de liens qui biaisent son désir. Mes amants éprouvent pour moi un désir brut, dégagé de toute obligation sociale, libre et gratuit. S’ils ne me désiraient pas, ils ne seraient pas là : un amant ne ment pas, pas sur le désir. Et je n’ai pas besoin de leur amour, ce n’est pas ce que je cherche.

Épouse fidèle pendant 15 ans par conviction plus que par nature, analysant les adultères autour de moi comme un manque de volonté, j’ai basculé du côté obscur à la faveur de ma crise de la quarantaine. Sortie du tunnel de la petite enfance, remise en confiance professionnelle, réveil d’une libido autrefois exigeante mais mise à mal par les enfants en bas âge…
Premier essai suite à une rencontre fortuite, un homme séduit par le fantasme mais manquant de lucidité :  atteint d’une crise de culpabilité dès le lendemain. L’affaire a fait pschiiit façon pétard mouillé, me laissant sur ma faim.
Je me suis donc tournée vers les sites spécialisés pour y trouver des hommes avertis et lucides, qui réfléchissent avant et non après. Si, ça existe !

Les sites dédiés aux brèves rencontres sans contrat d’avenir : Gleeden, Casual Dating, permettent l’absence de tout malentendu sur nos objectifs respectifs. La rencontre à distance permet aussi de construire la relation : épistolaire d’abord, elle suppose complicité intellectuelle, humour commun, échanges sur notre conception du plaisir et nos attentes. Je préfère les hommes en couple ou mariés, par souci de symétrie, et de sécurité : ils ont autant à perdre que moi ce qui me met à l’abri d’une imprudence.

Le tri se fait sur la qualité des échanges : intelligence, finesse, humour, hédonisme… La photo compte, bien sûr. Mais je laisse sa chance au produit : ils sont souvent bien mieux en vrai. A travers les échanges monte le désir, alimenté par la distance et l’imaginaire, au fil des mails le contenu devient plus chaud, l’étau de l’envie de l’autre se resserre et la montée en puissance fait partie du plaisir.

Puis vient la rencontre autour d’un déjeuner, et le virtuel fait place au réel : le regard, la voix, les mains, la silhouette… J’aime mieux un déjeuner qu’un verre : plus de temps. L’avantage du site : la transparence. Au lieu de planer dans l’air sous forme de non-dit, le désir, le plaisir, le sexe sont évoqués d’entrée. Tout l’art de la conversation est là : évoquer le sujet plaisamment, finement, sans grossièreté mais sans hypocrisie. La grande inconnue : me plaît-il ? Ai-je envie de lui ? Est-ce réciproque ? Jusqu’à présent j’ai eu de la chance : le plumage était égal au ramage, voire le surpassait, et la séduction était réciproque.

C’est étonnant le nombre d’hommes intelligents, cultivés, sexy, qu’on peut rencontrer de cette manière et que le hasard ne nous aurait jamais fait croiser. Ils recherchent la même chose que moi : une complicité sexuelle et intellectuelle, un appétit et un enthousiasme pour le sexe qu’ils ne trouvent pas ou plus chez eux, être désirés et qu’on le leur dise.

Baiser longuement et recommencer, passer l’après-midi à faire l’amour et à parler, la liberté et la transparence dans l’expression de nos désirs et de nos sensations. Un point commun à ceux que j’ai rencontrés : un solide appétit sexuel et une vraie gourmandise à l’égard du corps féminin. Des hommes raffinés qui savent et aiment faire jouir une femme, aiment à la voir, aiment à l’entendre.

Aventure sans avenir ne signifie pas sans lendemain. J’aime les relations suivies : plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Ce qui fait rompre : le manque de disponibilité, le manque d’avenir, l’amitié qui prend le dessus. J’ai fait jusqu’ici 5 rencontres sur ces sites. Le premier, frais célibataire en pleine déprime post-rupture, m’a quittée au bout de 4 mois, après avoir trouvé l’amour, tout requinqué par mes soins ! Douloureux, mais c’est le jeu.

J’ai quitté le 2e qui n’était jamais disponible, le 3e est devenu un ami et confident, le 4e un peu Vieille France a été effrayé par ma sexualité explosive mais nous sommes restés en contact amical. Le 5e … est en cours, parfaite symétrie dans nos situations, même désir de fusion.

Bien sûr ces relations mort-nées n’ont pas d’avenir, sauf coup de foudre inattendu. Elles portent en germe leur fin annoncée qui peut générer une certaine souffrance. Mais le jeu en vaut la chandelle et j’en accepte les règles. Vivre, ce n’est pas se préserver de la souffrance, mais en prendre le risque et l’assumer.

Etonnamment mes infidélités successives n’ont pas (encore?) abîmé l’entente sexuelle avec  mon mari, qui n’a ni la forme physique ni l’appétit ni l’endurance que je trouve ailleurs, mais que j’aime profondément pour d’autres raisons. Au contraire, mes aventures nourrissent ma libido et quand je fais l’amour avec mon mari je ne pense pas à mon amant du moment, mais je suis détendue et moins à l’affût d’un orgasme que je sais pouvoir trouver ailleurs… ce qui fait que je le trouve aussi dans ses bras, et plus souvent qu’avant !

Ce n’est pas rare, me dit ma psy, qui m’a bien aidée à me débarrasser de mes accès de culpabilité et de mes interrogations sur l’avenir de mon couple. Un adultère bien assumé est-il compatible avec le maintien du couple ? L’amour au long cours est-il soluble dans les étreintes illicites ? La fidélité est-elle une condition sinequanone de la survie du couple ? Vastes questions…

Ma réponse est que mon infidélité en dit plus sur moi que sur mon couple, qu’il s’agit d’une démarche personnelle liée à mes propres attentes et besoins, plus qu’une remise en cause des fondements de mon couple. Cela peut paraître étrange, mais c’est aussi ce que me disent mes amants mariés. Le plaisir que nous trouvons à l’extérieur nous apporte une bonne humeur que nous ramenons à l’intérieur.

S’y ajoute l’effet revigorant du secret : la bulle, l’espace privatif, préservé, totalement personnel, qui permet de s’évader du réseau de contraintes que forment la vie professionnelle et familiale où tout le monde a besoin de vous.
Dans les bras de mon amant, je ne suis que moi : ni l’épouse, ni la mère, ni la fille, ni la professionnelle efficace. Je suis une femme, je suis un corps et des sensations, je suis l’amante, je suis l’évasion, je suis le plaisir.

Mais il n’y a pas que le plaisir sexuel, car si l’amour profond n’a pas sa place, ces relations n’excluent pas la tendresse, l’attention, l’intérêt pour l’autre, l’écoute et la confiance. J’ai confié à mes amants des secrets de famille que mon mari ne connaît pas, j’ai résolu des problèmes relationnels familiaux en en parlant avec mes amants, dont l’avis était neutre et non biaisé.

Il reste la question du mensonge. Tromper, c’est mentir. Au minimum par omission, parfois activement pour se ménager des alibis solides. C’est, pour moi, la moindre des précautions que de préserver mon mari de la vérité, qui le ferait souffrir inutilement car il ne la comprendrait pas, qui le pousserait à réagir et à prendre une décision qu’il n’a pas demandé à prendre : partir ou tenter de pardonner.

Le mensonge est un dommage collatéral indispensable. L’aveu est une lâcheté qui permet de se débarrasser de la culpabilité en collant à l’autre la responsabilité de la décision. Marcel Ruffo l’a dit, je le confirme : quoi que vous fassiez, n’avouez jamais. Votre conjoint ne veut pas savoir !

(cc) audreyjm529

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