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22. mai 2013

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Rose H.

Chéries-Chéris, ou quand l’amour n’a pas de frontières.

La rédaction de Ladies Room a été invitée à la 18e édition du Festival Chéries-Chéris, qui s’est tenu du 5 au 14 octobre dernier au Forum des Images, à Paris.

J’ai eu la chance, vendredi 12 octobre, d’assister à la projection de deux films sélectionnés lors de cette édition : le Deuxième Commencement d’André Schneider, ainsi que Joe + Belle, de Veronica Kedar.

Ces deux films diamétralement opposés, tant par les histoires qu’ils défendent et la manière dont ils sont traités, étaient, chacun à leur manière, particulièrement brillants. Mais c’est surtout la vision de l’amour qui y est dépeinte, un amour absolu, indéfectible, qui m’a considérablement touchée. Dans les détails ? J’y viens.

Film de et avec André Schneider, Laurent Delpit

On s’attend simplement à découvrir un film résolument gay, parce qu’il met en scène deux hommes, Laurent et André, ayant été éperdument amoureux l’un de l’autre. On reste dans l’expectative, déterminés à découvrir ou redécouvrir des codes de la culture gay dont seuls les initiés ont le secret, et savent apprécier à leur juste valeur ; il n’en est rien.

  • Le deuxième commencement, c’est avant tout une histoire d’amour qui parle à tous ceux, hommes et femmes confondus, tout individu à part entière d’ailleurs, qui sont un jour tombés amoureux, pour le meilleur comme pour le pire. Un amour qui les a épanouis, les a rendus heureux puis malheureux, un amour qui a même fini par les désunir.
  • Désunion s’il en est, puisque les deux protagonistes de cette histoire décident finalement de se donner une deuxième chance, quelques années après leur rupture consommée. Cas de figure ouvert à de nombreuses interprétations - pour avoir posé la question au réalisateur, André Schneider (qui joue également le rôle d’André dans le film), après la projection, qui s’est bien gardé de livrer un message univoque à son Å“uvre.
  • A mon sens pourtant, deux individus s’étant véritablement aimés un jour ne cessent jamais de s’aimer : c’est du moins la sensation que j’ai éprouvée en sortant de la salle de projection. C’est forte de ce constat que je me suis préparée à voir Joe+ Belle, le film de l’Israélienne Veronica Kedar.

Film de et avec Veronica Kedar, Sivan Levy

Changement radical de décor, et pourtant ; ici encore, la codification de la communauté lesbienne est décortiquée, malmenée par les spectateurs pendant les premières minutes de ce film dont l’intrigue se situe dans un Israël déchiré par la guerre, entre Tel Aviv et Eilat, “la ville des réfugiés”, rythmé par les couvre-feu et le bruit des obus qui tombent ça et là, longeant le chemin de nos deux protagonistes.

  • Tout semble séparer Joe et Belle au départ : l’une est dilettante, isolée, singulière, roulant sa bosse bon gré mal gré dans un monde où elle ne trouve pas sa place ; l’autre est profondément dépressive, hypersensible, fragilisée par une vie qu’elle ne maîtrise pas et dont elle veut se débarrasser, coûte que coûte.
  • Leur rencontre est due au hasard, un hasard bien étrange puisqu’il voudra que Joe découvre l’étrangère qu’est Belle dans sa baignoire, souhaitant se suicider avec un rasoir qui ne lui appartient même pas.
  • La suite des événements est une succession de moments tragiques tournés au ridicule, dans laquelle naît peu à peu une complicité entre les deux jeunes femmes, complicité qui atteint son paroxysme à l’instant même où tout leur semble perdu.
  • Dès lors, c’est l’énergie du désespoir qui nourrit l’amour que Joe et Belle se portent l’une à l’autre, un amour intemporel, sans passé ni futur, qui se fiche bien des conventions ; un amour absolu, ici encore, qui nous laisse pantois face à la complexité des relations sentimentales en général. “Love that is not madness is not love.” Pedro Calderón de la Barca
  • En peu de mots concluants, je conserve de ma première expérience au Festival Chéries-Chéris une sensation planante de “Love is everywhere”, sous toutes les coutures, quel qu’il soit.
  • Et alors que la polémique du mariage pour tous et de l’adoption par les couples LGBT fait rage dans l’opinion publique ces derniers temps, le visionnage de ces deux films en particulier fait office de rappel à l’ordre : l’Amour se fout considérablement du genre. A l’année prochaine pour une nouvelle édition !
 

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On oublie très, trop souvent que l’Amour est une personne, une essence, un esprit, qui souffre éperdument des distorsions qu’on peut lui donner en même temps que son nom sur des choses qui sont d’un autre ordre, l’être humain étant blessé et par ses blessures des perception confuses, tronquées, ou parcellaires de ce qu’est, de qui Est, véritablement l’Essence d’Amour dans sa pureté indélébile.


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