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La Gourmandise (fiction érotique)


LA GOURMANDISE
 
L’air sidéré de Franck accentua le sourire mutin de Leonore.
Interdit, le rouge lui montant aux joues malgré lui, il serrait dans son poing les quelques grammes de dentelle humide et mourait d’envie de les porter à son nez pour s’enivrer de leurs effluves.
 
À son retour des toilettes, elle lui avait chuchoté avec un sourire prometteur: “j’ai quelque chose pour toi, mais je dois te le donner discrètement” et lui avait fait passer sous la table la culotte qu’elle venait d’enlever, prise d’une impulsion soudaine… Ouvrant de grands yeux innocents, elle avait ajouté : “j’ai dû l’enlever :  elle était trempée“.
 
Pour ce déjeuner, à l’issue duquel elle avait décidé d’enfin accéder au désir de Franck et de céder au sien, elle avait choisi une tenue stricte en apparence, mais subtilement sexy. Jupe crayon, escarpins à talon, chemisier en soie imprimé wall-paper au décolleté profond. Dentelle violine en dessous, un soutien-gorge sans armature qui garantirait le moment venu un accès facile à ses petits seins déja dressés.
Dès le matin, le choix de sa tenue l’avait excitée en stimulant son imagination, et son désir était allé crescendo toute la matinée, atteignant le pic d’alerte dès le début du déjeuner. Le regard de Franck, sa façon de se pencher vers elle et de l’effleurer sans en avoir l’air, ainsi que le ton de leur conversation de plus en plus explicite avaient fait le reste: Leonore était à point.
 
Elle avait fait la connaissance  de Franck quelques semaines plus tôt, sur un site pour adultes désirant faire des rencontres légères.
Elle ciblait les hommes de son âge ou un peu plus jeunes, célibataires pour la disponibilité, bruns pour le plaisir des yeux, minces pour le plaisir des mains.
Elle sélectionnait les contacts sur la qualité formelle de leurs messages : orthographe, syntaxe, culture et humour, car elle recherchait la complicité intellectuelle, corollaire indispensable pour elle à la complicité sexuelle. Elle partait du principe que les hommes intelligents et drôles faisaient les meilleurs amants, et ses précédentes rencontres sur le site avaient confirmé son intuition.
Pourtant, le contact avec Franck, architecte lettré correspondant à ses critères intellectuels et physiques, n’avait pas été concluant de prime abord, car leur philosophie de la rencontre n’était pas la même. Là où Leonore souhaitait établir la complicité intellectuelle d’abord, Franck était un homme pressé qui souhaitait établir la complicité sexuelle en premier lieu. Quand Leo commençait par de nombreux échanges épistolaires au contenu de plus en plus explicite, puis quelques déjeuners de plus en plus chauds avant de passer à la suite, il entendait enchaîner premier dîner et sexe dans la foulée.
La philosophie de Léo consistait à faire monter le désir, celle de Franck se résumait à ” je te vois je te baise sinon je ne te vois pas”…
S’instaura alors entre eux une sorte de joute épistolaire, chacun avançant ses arguments et valorisant son approche.
Leonore faisait valoir l’excitation de l’attente, qui favorisait le fantasme et menait le désir à son paroxysme afin de l’assouvir dans les meilleures conditions.
Franck maintenait que l’attente ne provoquait que frustration et lassitude et que faire l’amour était le meilleur moyen de faire connaissance.
Il fallut un premier déjeuner pour que la séduction de Leonore convainque Franck de patienter pour voir ce que la demoiselle avait dans le ventre.
Il décida que ses longues jambes, ses yeux verts et la sensualité promise par la liberté de ses propos valaient peut-être la patience que cette troublante personne exigeait.
 
Au bout de nombreux mails et de plusieurs déjeuners, il en tenait enfin dans son poing l’éloquente confirmation…
Il ne tarda pas à reprendre ses esprits et huma discrètement le tissu odorant, ses yeux se fermant de plaisir à ce parfum.
Quand il les rouvrit, il adressa à Leonore un sourire d’une gourmandise absolue assorti d’un regard incendiaire qui la renversa. “Tu es décidément délicieuse” ajouta-t-il “et je vais me faire un plaisir de te dévorer“. Puis il se leva pour régler l’addition, glissant dans sa poche  comme un trophée la dentelle compromettante, tandis que Leonore menaçait de se liquéfier d’excitation et en oubliait de réclamer un dessert.
Fort heureusement il n’habitait pas loin, et ils parcoururent  à vive allure la rue Saint Antoine jusqu’à la cour pavée de son immeuble.
Ils ne résistèrent pas à la tentation de s’embrasser dans la cour déserte. Léo prit l’initiative et le plaqua contre le mur en haletant d’envie, tandis que son excitation, libérée par la disparition du rempart de dentelle, commençait à couler le long de sa jambe. Tout en l’embrassant, sa langue la pénétrant profondément comme une préfiguration de la suite, Franck cherchait à remonter sa jupe pour glisser une main entre ses cuisses mais celle-ci était trop serrée pour qu’il y parvint. Il recueillit du bout du doigt le liquide translucide qui descendait le long de la cuisse de Léo et le porta à ses lèvres avec délectation.
Puis ils montèrent les escaliers quatre à quatre, gémirent tous deux de désir et de frustration tandis qu’il bataillait avec la serrure, s’engouffrèrent dans l’entrée en jetant leurs affaires par terre, les vêtements volèrent et Léo enfin nue referma d’un coup de pied la porte restée entrebâillée sur leur déshabillage express. Sous le regard avide de Franck qui se régalait des détails de son corps seulement imaginés jusque-là, elle s’allongea sur le parquet, les jambes ouvertes sur son sexe affamé et luisant d’envie.
Il se jeta à genoux pour le déguster avec gourmandise, tandis qu’elle soulevait et ondulait le bassin, gémissant maintenant de plaisir autant que de désir. Franck se régalait de sa chatte offerte, parcourant de la pointe de sa langue les contours de ses lèvres, suçant son clitoris, la pénétrant de sa langue. Elle arquait son corps sous la montée du plaisir, respiration coupée, yeux embués, douloureusement consciente de chacun des mouvements de langue de Franck, de ses mains soulevant ses fesses pour la savourer plus profondément, de son doigt excitant son anus, de ses soupirs de plaisir. Il semblait adorer ça, il s’enivrait de son goût et de son parfum, la dévorait en grognant de plaisir comme quelque fauve à la curée, et elle enfonçait ses ongles dans ses épaules pour ne pas hurler, jusqu’à ce que, submergée par la puissance de l’impact, elle lâchât prise dans un cri rauque, tremblant de tous ses membres et se répandant dans la bouche de Franck, subjugué par l’ampleur de la jouissance qu’il avait provoquée.
Elle mit de longues minutes à s’apaiser, en silence, secouée par les vagues refluantes de l’orgasme, comme autant de répliques du tremblement de terre initial. Puis elle se releva sur les coudes et lui décocha un sourire de victime comblée, les joues rougies, les yeux brillants et les cheveux en bataille, sa respiration soulevant encore violemment sa poitrine menue.
Alors elle se rapprocha de lui en attachant ses cheveux, son sourire changeant de ton : de proie elle devenait prédatrice, la dévorée devenait dévoreuse.  Avant de s’offrir à son tour la gourmandise de sa queue délicieusement dressée, elle lui dit de sa voix râpée par l’ampleur du plaisir « Tu vois bien que ça valait la peine de faire monter le désir, c’est moi qui avais raison. Comme souvent, d’ailleurs », ce qu’il admit bien volontiers avant de fermer les yeux sous la douceur de sa langue. Dans ces conditions il se sentait prêt à admettre n’importe quoi. « Et c’est pas fini, crois-moi » conclut-elle en s’interrompant dans un dernier sourire de jubilation « je meurs encore de faim ! »
Puis elle se tut, absorbée par le plaisir de sa tâche.

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