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Médias, tolérance et handicap : le triste exemple !

J’ai envie d’en remettre une couche. D’en reparler encore une dernière fois avant deux ans. Du sport, des jeux, des athlètes et de leur combat. Les J.O. sont déjà loin. L’euphorie des journaux, des médias, l’overdose des images.

Médias, tolérance et handicap : le triste exemple !C’était sympa, c’était le mois d’août, on était en vacances, au moins en mode été, ce qui nous permettait de regarder les lives du bureau, de s’enflammer, de crier et de savourer les victoires comme si nous y étions.

Les télés nous balançaient 12h de direct par jour, on revoyait 36 fois les mêmes courses, les mêmes podiums, peut-être même trop de fois, même pour une fana comme moi. Notre pays a succombé au charme et au talent de ses athlètes, a tenu le compte des médailles, s’est réjoui de la beauté de ces J.O., même si ce n’était pas les siens.

Puis les athlètes sont rentrés, ont défilé sur les “Champs” et Londres a fermé ses grandes portes d’honneur, pour rouvrir 15 jours après la petite porte de derrière… Celle par laquelle sont rentrés un mois plus tard, des athlètes inconnus, dont on ne parle pas, pour leurs jeux mais pas seulement, parce qu’ils ne sont pas là seulement pour leurs performances sportives, ils sont là pour mener à bien leur revanche contre la vie.

Tu l’auras compris, je veux parler de nos athlètes paralympiques, qui durant les 15 derniers jours ont fait revivre l’émotion dans les stades, les bassins, les terrains, l’émotion et la ferveur des J.O. Et pourtant, est-ce que t’as vu à la télé une seule épreuve ? Un seul podium, des larmes d’émotion. As-tu vu à la Une de l’Equipe, magazine hégémonique du sport français, un mot sur les jeux paralympiques ?

Non, bien sûr puisque le jour de l’ouverture des – appelons les “les J.P.” - J.P., ce journal miroir des mentalités françaises titrait sur le premier match de Lille en barrage de la Ligue des Champions de foot. Pas de ceci-foot non non, du sport de vrais, du sport de footeux, du sport qui fait vendre.

Des podiums dans les images du zapping de Canal + ? Bien sûr que non, il y a Secret Story à la télé, ça fait drôlement plus vendre que les handicapés, les bimbos débilos. Et pour autant, les stades à Londres étaient pleins. Nos athlètes qui en rentrent sont comblés d’avoir un public de plus en plus présents pour les encourager.

Mais n’aurait-on pas pu voir sur le Service public plutôt que sur TV8 Mont Blanc, la course de Assia el Hannouni sur 100 m et 200 m, et son podium, sur lequel pour la première fois de l’histoire des J.P., son guide a pu monter ? N’aurait-on pas pu voir en direct ce podium plutôt que 3 jours après, et l’émotion de cette jeune femme qui raconte que son plus grand bonheur n’était pas de s’offrir une médaille à elle mais de l’offrir à son guide !

Et puis il y a tous les autres : les 45 médaillés français et le reste de la délégation qui se battent au quotidien pour vivre et faire accepter leur handicap. Et pourtant, avoir une importante couverture médiatique, n’est-ce pas le meilleur moyen pour enseigner la tolérance au public français tellement étroit d’esprit ?

Et puis pourquoi les J.P. n’ont-ils pas lieu début août à l’instar des J.O. et non une fois la rentrée passée ? Quand plus personne n’est dispo pour passer 10 heures par jour devant la Télé…

Alors oui je suis déçue de ne pas avoir pu vivre toutes ces belles émotions, de ne pas avoir pu pleurer lors des podiums, pleurer lors de leurs défaites, et partager avec eux leur combat contre la vie et contre le handicap.

Mais dans ce triste exemple qu’ont donné les médias français, j’aimerais faire un big up à une radio, qui tout au long de la quinzaine des J.P. a donné la parole à l’ensemble des athlètes et à l’ensemble des disciplines dans lesquels les français étaient représentés. Cette radio, c’est RMC, avec ses équipes de brillants journalistes, qui dans chaque émission, que ce soit le matin ou le soir, ont donné la parole à nos athlètes en général.

Et je retiendrai surtout une phrase de Jean-Jacques Bourdin, qui dans une journée matinale, a donné la parole à l’entraîneur de l’équipe de France de cécifoot qui était qualifié pour la finale en disant : “Et ben oui, il est fou ce Bourdin, il est fou, il donne la parole au cécifoot” ! (PS : citation de mémoire, Monsieur Bourdin voudra bien m’excuser).

Et puis les athlètes sont rentrés et les médias font un update. Mais c’est trop tard, le mal est fait. Les enfants souffrant d’un handicap n’ont pas pu voir que c’était dans le champ de leur possible, les enfants valides ne sont pas prêts de courir avec des personnes souffrantes de handicap dans les stades… Enfin, une centaine de personnes pour accueillir les athlètes à la gare seulement, pas de défilé sur les Champs Elysées.

Un petit espoir dans ce triste constat : ils seront reçus par le Président en même temps que les valides. Si le Président ne réitère pas sa bourde en disant à notre athlète malvoyante qui lui a fait coucou mais qu’elle n’a pas dû le voir, on pourra dire que c’est un progrès !

Alors RDV dans deux ans, pour ceux d’hiver et peut-être d’ici là je vous aurais parlé de lui, qui chasseur alpin, a perdu une jambe en Afghanistan il y a deux ans, qui vient de gravir le Mont Blanc avec sa prothèse, et qui a pour nouveau rêve de participer en ski aux J.P. d’hiver !

4 Responses to “Médias, tolérance et handicap : le triste exemple !”

  • @Laurie J’adore ton coup de gueule, et il devrait en y avoir plus! Plus d’indignation face à l’indifférence des autres.
    Etre différent est aujourd’hui “un problème”! Rentrer dans le moule, dans la case ou disparaître! Ne pas faire trop de vague, ne pas montrer que l’on peut faire autant ou mieux que les autres!
    Je n’ai pas regardé les JO quels qu’ils soient, je ne suis pas sportive et regarder les autres ne m’apporte rien! Mais je pense que l’on aurait pu faire le 2 en 1 et par ex: les JO le matin et les JP, l’après-midi ou vice-versa?
    En tout cas mon Ourson, lui avait été particulièrement impressionné par la prestation du coureur (russe?) double amputé qui avait couru les JO… Et le Cécifoot, il était scotché! Comme quoi, même les enfants sont sensibles à l’exploit!
    Merci!

  • @ Nouvelle 30naire : Merci de t’associer à mon coup de gueule ! En effet quelle victoire sur la vie pour cet athlète (sud africain ;-)) qui a pu courir avec ces deux prothèses en même temps que les valides ! Mais on a parlé de lui à donf pendant les JO mais du tout pendant les JP auxquels il participait aussi.

    Et de par ma petite expérience, je sais que les enfants ne rejettent pas forcément le handicap des autres tant qu’ils y sont sensibilisés ;-)

  • Très beau coup de gueule ! Quasi tous les jours je peste comme un folle devant les gens dans le métro qui ne s’arrangent pas pour laisser entrer les gens en fauteuils facilement, qui au lieu de proposer leur aide à un mal voyant qui semble être un peu perdu font semblant de ne pas l’avoir vu, etc. Si les médias pouvaient jouer un rôle dans la prise en compte du handicap ou de la différence en général dans notre société, ça serai un réel progrès !

  • @ Plipli : Merci ! Mais sur le rôle des médias je suis quand même sceptique ! S’ils n’utilisent pas l’effet JO pour en parler je vois pas ce qui va pouvoir créer un évènement déclencheur !

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