Théâtre du Palais Royal, vendredi soir, Anne Roumanoff joue son nouveau spectacle. Le rouge est sa couleur porte bonheur. Certains en l’écoutant rient jaune. Qu’importe, elle assène ses répliques avec justesse et intelligence.
De l’ignorance à l’adoubement
Anne Roumanoff a fêté dernièrement ses vingt ans de carrière. Quand certains connaissent rapidement la reconnaissance, d’autres galèrent. Elle fait partie de ce deuxième groupe. Pourtant plébiscitée par le public toujours présent à ses représentations, la critique n’a jamais été tendre avec elle.
Pire encore, malgré son talent, le milieu du spectacle l’ignorait. Elle ne rentrait peut-être pas assez dans le cadre. Si les femmes humoristes ont aujourd’hui la cote, à cette période, elles étaient quasi inexistantes. Comme beaucoup de milieux, l’humour était jusqu’à cette époque plutôt réservé aux hommes. Ignorée, critiquée aujourd’hui, elle est adoubée. Les échecs et les années noires l’ont forgée. Elle savoure, maintenant un succès plus que mérité.
Le prestige du théâtre du Palais Royal est à la hauteur du talent de cette humoriste iconoclaste. Lieu rêvé pour vivre des instants de consécration.
Politiquement correct
Ici impertinence rime avec intelligence. Si l’humour politique demeure à la mode, elle ne cherche pas la confrontation. Elle s’attaque à tous les partis. Aucune personnalité politique n’est épargnée. Elles en prennent toutes pour leur grade. Par des digressions, des métaphores et des diversions, elle transmet avec finesse ses idées. Elle revisite également les fables de la Fontaine et les codes de l’humour politique avec brio. Fidèle à elle-même, elle envoie ses répliques comme des boulets de canon. Droguée à l’actualité, elle en scrute tous les détails pour nourrir son texte. Elle la décortique sans complexe. A sa bouche les mots deviennent des maux. Ses répliques cinglantes produisent l’effet escompté. Le public répond par des rires.
Elles rebondit chaque fois pour relever le niveau. Jeux de mots, calambours, tout y passe. Son humour décalé est décapitant. Des têtes sautent au grand plaisir des spectateurs. Rien ne manque pour produire un résultat explosif. Même l’autodérision est présente. Si elle dénonce avec fermeté les travers des politiques mais aussi des citoyens, elle se moque aussi d’elle-même. Le personnage de « Madame on ne nous dit pas tout » populaire au yeux du grand public participe à cette partie de franche rigolade.
Anne Roumanoff réussit ici un tour de force. Elle stimule autant notre cerveau que nos zygomatiques. Seul bémol, ce spectacle de haute volée ne peut toucher qu’un public averti. Ne disposant pas de toutes les références nécessaires, certains se sentiront peut-être exclus voire lésés. La majorité y trouvera néanmoins son compte et c’est tant mieux.
posté le 06/08/2012 | 877 vues | aucun commentaire | tags: Anne Roumanoff Madame on ne nous dit pas tout Théâtre du Palais Royal humoriste comique spectacle
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