Article sélectionné par Tevouille lors de sa semaine de Rédaction en Chef.
J’en suis maintenant sĂ»re, c’est de la foutaise tout ça ! Non pas que j’ai longtemps cru qu’un gugusse Ă collants me dĂ©cocherait un sourire ultra-bright qui me ferait instantanĂ©ment fondre d’amour pour lui, avant de m’enlever sur son cheval blanc dans le but semi-avouĂ© de me faire une ribambelle de moutards. Non, de ce cĂ´tĂ©-ci, l’entrĂ©e en fac et la rencontre d’Erasmus ont achevĂ© de rĂ©duire mes illusions Ă nĂ©ant.
Cependant, il faut reconnaître que ce genre de récits a le désavantage de conditionner les petites princesses en puissance que nous sommes, en leur fourrant des idées pas très nettes dans la tête.
Tout d’abord, en nous faisant croire qu’il est normal, pour des parents, de sĂ©questrer leur progĂ©niture en haut d’une tour gardĂ©e par un dragon du genre Ă©nervĂ©, rendant tout contact avec l’extĂ©rieur un chouĂŻa compliquĂ©. Bon, je juge pas les gens, ils ont sans doute un passĂ© chargĂ©, mais quand mĂŞme, niveau hygiène, ça doit vachement laisser Ă dĂ©sirer lĂ -dedans. Surtout que la nana qui passe ses journĂ©es Ă scruter “le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie” au milieu de tout ce foutoir a plus de chances de voir dĂ©barquer les services de la DDASS que William d’Angleterre.
DĂ©jĂ , on nous fait gober que le but ultime pour une femme, c’est de se marier et d’avoir beaucoup d’enfants, ce qui reste un point de vue discutable. Mais surtout, on nous martèle la tĂŞte avec cette idĂ©e bizarroĂŻde selon laquelle nous aurions tous une âme soeur. Une seule personne pour laquelle nous serions destinĂ©s, maintenant et Ă jamais, pour les siècles des siècles, amen… Et que, quels que soient les obstacles que la vie dresserait sur notre route, nous finirions toujours par nous retrouver.
À ce raisonnement niaiseux, je réponds deux mots : mon cul ! Voici pourquoi :
Il Ă©tait une fois, une apprentie Princesse dotĂ©e de toutes les qualitĂ©s inhĂ©rentes Ă son rang (et bien plus encore) qui rendait visite Ă ses Parents-Grands, dans une contrĂ©e lointaine. En l’honneur de sa venue, ceux-ci avaient conviĂ© dans leur humble demeure, leur voisin, le Prince Très Très Canon. L’Apprentie Princesse n’Ă©tait encore qu’une adolescente, mais son coeur s’embrasa instantanĂ©ment d’un amour dĂ©vorant pour ce preux chevalier. Prestige de l’uniforme, me direz-vous, mais pas que.
Car, sous sa flamboyante armure de métal blanc (ouais, un treillis quoi !), se cachait une blessure profonde qui ne le rendait que plus séduisant aux yeux de la jeune fille (et aussi un sacré beau cul, ça ne gâchait rien).
En effet, il avait eu le malheur, dix ans auparavant, d’unir son destin Ă une vile sorcière qui venait de lui jeter le plus malĂ©fique des sorts portant le nom de Divorce. Le pauvre n’avait depuis d’autre choix que d’errer telle une âme en peine, en portant seul son douloureux fardeau.
Mais, l’Apprentie Princesse, initiĂ©e rĂ©cemment Ă la Magie du Couple, savait que seul l’amour d’une jeune femme au coeur pur (de prĂ©fĂ©rence pas très grande, les cheveux clairs et les yeux bleu-verts avec une pointe de gris selon la luminositĂ©) parviendrait Ă briser cet affreux sortilège.
Tout d’abord, le Prince ne vit rien, aveuglĂ© qu’il Ă©tait par les tourments qui le torturaient. Puis, le malĂ©fice sembla se dissiper progressivement et le Prince commença Ă voir l’Apprentie Princesse avec un oeil neuf. Il faut dire qu’il y avait dĂ©jĂ deux annĂ©es qu’elle s’acharnait Ă lui lancer un sortilège d’Amour Inconditionnel et qu’il Ă©tait quand mĂŞme temps que cela porte ses fruits.
Un beau matin (ben oui, il Ă©tait minuit passĂ©, c’Ă©tait le matin), le Prince succomba au(x) charme(s) de l’Apprentie Princesse. Mais, cette dernière Ă©tait encore une novice en Magie du Couple et son sortilège s’estompa rapidement. Alors que l’on s’apprĂŞtait dĂ©jĂ Ă apposer la mention habituelle “Ils se marièrent et eurents beaucoup d’enfants…” au bas de la page, la romance prit fin, au bout de trois minuscules jours et sans apothĂ©ose physique d’aucune sorte (ça va, ça arrive Ă tout le monde de s’endormir, mĂŞme aux Princes Très Très Canons).
Notre petite Princesse en herbe Ă©tait dĂ©sespĂ©rĂ©e, d’autant que la rechute de sa tendre moitiĂ© s’Ă©tait doublĂ©e d’un envoĂ»tement aggravant, dit de “CĂ©libat endurci”, dont il Ă©tait fort difficile de se dĂ©barrasser. Mais peu importait. Il Ă©tait Ă©vident qu’ils Ă©taient faits l’un pour l’autre, c’Ă©tait l’oracle de la Mère-Grand qui le disait, d’abord ! Alors, elle continua, longtemps, longtemps. Un jour, ils se retrouveraient. Elle le savait, elle le sentait.
Quatre-vingt-quatre lunes plus tard, elle avait renoncĂ©. Peu de temps auparavant, alors qu’elle venait de comprendre que jamais cet homme ne la rendrait heureuse, le Prince Très Très Canon l’avait contactĂ©e par le biais d’un instrument tĂ©lĂ©pathique très compliquĂ© appelĂ© “tĂ©lĂ©phone”. Cette nuit-lĂ , il lui dĂ©clara enfin sa flamme et voulut la voir sur-le-champ afin de concrĂ©tiser une fois pour toutes ce qui lui paraissait maintenant limpide.
HĂ©las ! Il ignorait que l’Apprentie Princesse venait de s’exiler sur une ĂŽle Fort Lointaine, pour fort longtemps. Il jura alors sur ses aĂŻeux qu’aucun obstacle ne l’empĂŞcherait de retrouver son adorĂ©e (oui, enfin, textuellement, ça donnait plutĂ´t “on s’tient au jus sur MSN, d’acc’ ?” mais ça revient au mĂŞme, hein ?). La belle jeune femme attendit dĂ©sespĂ©remment de ses nouvelles, en vain. Le Prince ne donnait plus signe de vie. Au soir du troisième jour, elle fila son 06 au Vrai Prince Charmant, rencontrĂ© quelques jours plus tĂ´t.
La vie s’Ă©coulait paisiblement sur l’ĂŽle Fort Lointaine et l’Apprentie Princesse avait successivement rempli toutes les conditions nĂ©cessaires pour prĂ©tendre au titre de Princesse Tout Court (en gros, elle avait changĂ© son statut Facebook “CĂ©libataire” par “En couple”). Mais cette quiĂ©tude Ă©tait sur le point de voler en Ă©clats. Et pour cause : le Prince Très Très Canon - dĂ©gradĂ© au rang de Prince Moyennement Galant suite Ă ses innombrables manquements impolis - venait de dĂ©barquer, après une longue traversĂ©e pendant laquelle il avait connu la faim, la soif, l’abstinence et les gens qui se plaignent tout le temps (j’vous jure, Air France, c’est plus ce que c’Ă©tait !). Bien dĂ©cidĂ© Ă reconquĂ©rir le coeur de sa dulcinĂ©e.
Quand elle le vit, la Princesse eut un coup au coeur. Ses mains et ses jambes se mirent Ă trembler, ainsi que sa lèvre supĂ©rieur, ce qui lui donnait le mĂŞme sourire sexy qu’une guenon. Mais le Prince Moyennement Galant n’en avait cure et son visage affichait l’air extatique d’un bienheureux.
Cependant, la Princesse avait fait son choix depuis longtemps. Elle aimait le Vrai Prince Charmant et dĂ©sirait plus que tout passer le reste de ses jours avec lui. La mort dans l’âme, l’amoureux Ă©conduit se retira sur ses terres froides et arides.
La Princesse et le Vrai Prince Charmant ne se marièrent pas et ils eurent un seul enfant, ce qui, au vu de la conjoncture Ă©conomique actuelle, n’est dĂ©jĂ pas si mal. Les jours dĂ©filaient, semblables Ă des locomotives ronronnantes nommĂ©es Quotidien et Routine.
Et, voyez-vous, si les contes de fĂ©es prennent toujours fin Ă ce stade-lĂ de l’histoire, c’est pour ne pas avoir Ă nous dire qu’après ça, tout est parti en sucette. En gĂ©nĂ©ral, le Prince et la Princesse finissent par s’emmerder tellement qu’ils en arrivent Ă ne plus pouvoir se voir en peinture. Leur libido est aussi frĂ©missante que l’EEG de mon grand-oncle Iginio, enterrĂ© depuis 30 ans. La Princesse, qui a pris dix ans dans la tronche avec la grossesse, a l’impression que son statut de “mère au foyer” n’est pas reconnu Ă sa juste valeur par son mari et repense avec nostalgie au temps oĂą elle se trĂ©moussait sur un bar en se tapant tout ce qui passait.
Le Prince, de son cĂ´tĂ©, regrette que sa femme ait perdu son insouciance du dĂ©but. Il aimerait bien qu’elle arrĂŞte de râler Ă longueur de journĂ©e et qu’ils se prennent plus de cuites ensemble, comme avant. Surtout, il voudrait qu’elle cesse de se prendre pour sa mère.
Dans un contexte sentimental aussi perturbĂ©, il pourrait se rĂ©vĂ©ler dangereux qu’un individu de sexe masculin, très très canon qui plus est, vienne rĂ´der dans le coin… Voyez-vous venir le rebondissement gros comme une maison qui se profile Ă l’horizon?
Bingo ! C’est le moment que choisit le Prince Moyennement Galant pour faire sa rĂ©apparition. FatiguĂ© d’un long voyage dont la route l’avait conduit dans le coin, il dĂ©cida de faire Ă©tape une nuit chez l’heureuse famille, comme la Princesse le lui avait proposĂ©, par une lubie inexplicable. Tous les Ă©lĂ©ments du cosmos s’Ă©tant liguĂ©s ce jour-lĂ , la prĂ©sence du Vrai Prince Charmant Ă©tait requise ailleurs. La Princesse ne put s’empĂŞcher d’exulter Ă l’idĂ©e de cette soirĂ©e tant de fois espĂ©rĂ©e.
Pourtant, contrairement Ă ce que son nom laisse entendre, le Prince Moyennement Galant ne profita pas de la situation, malgrĂ© les nombreuses liqueurs disposĂ©es Ă cet effet sur la table. Au grand dam de la Princesse qui, dès le dĂ©part, escomptait un rapprochement physique, mĂŞme minime, pour enfin se dĂ©barrasser de ce fantĂ´me qui Ă©tait parti pour la hanter moults annĂ©es encore. Pire, elle savait maintenant qu’elle ressentait plus qu’une attirance sexuelle de dingue pour lui. Quelque part au fond d’elle, elle l’aimait toujours et, puisque c’Ă©tait un amour contrariĂ© et impossible, il en serait ainsi jusqu’Ă la fin de ses jours.
Évidemment, elle ne quitterait jamais le Vrai Prince Charmant (sinon il s’appellerait juste le Prince Temporaire ou Prince de Transition), car elle l’aimait. D’un amour diffĂ©rent avec le temps, moins intense mais plus durable. Ainsi va la vie, tout se transforme, tout s’use. MĂŞme les sentiments les plus fous. Et, si elle avait vĂ©cu ne serait-ce qu’un an avec le Prince Moyennement Galant, elle s’en serait retrouvĂ©e au mĂŞme point. Si seulement elle pouvait avoir les deux ! Il faudrait qu’elle en touche deux mots Ă sa marraine la FĂ©e…
Quand le Prince Moyennement Galant partit, le lendemain matin, elle resta longtemps perchée sur la plus haute tour de son château, regardant au loin la poussière soulevée par le galop de son fidèle destrier, agitant un mouchoir blanc, avec un pincement au coeur.
The End.
Eh ben, moi je dis que, si c’est pas de la connerie toutes ces histoires de princesses Ă deux balles, pourquoi Blanche-Neige elle se tape pas le Chasseur en plus du Prince ? Hein ?
(cc)Â andy castro
posté le 13/07/2012 | 956 vues | 13 commentaires | tags: sortilège conte de fées prince magie princesse conte amour | 7 ont aimé
mdrrrrr. Super article! j’ai bien rigolĂ©, pleurĂ© aussi, lol vraiment super article. Et oui, je te rejoins, les contes de fee, c’est n’importe na oik! Les parlementaires devraient se pencher la dessus franchement, l’education des enfants conditionnent leur devenir social, et si on leur met des trucs comme ca dans la tete, faut pas s’etonner que bientot les statistiques vont indiquer que 5 couples sur 2 divorcent! mdrrrrr allez, bonne contiinuation avec ton vrai prince charmant!
Quel gentleman ce prince moyennement galant qui n’a pas cĂ©der aux tentations des liqueurs dĂ©posĂ©es Ă cet effet ;-) J’adore ton texte ;-)
C’est le genre d’histoire qu’on devrait raconter aux enfants. La sociĂ©tĂ© s’en porterait certainement mieux :-)
@Steph: Merci beaucoup:)
@Sehen: Il paraĂ®t qu’Ă l’origine les contes de fĂ©es sont lĂ pour Ă©duqyer les enfants, c’est pour ça qu’ils sont souvent cruels. Sauf que maintenant, on ne connaĂ®t que les versions Ă©dulcorĂ©es Ă la disney. J’aime bien (ok, j’adore!), mais après faut pas s’Ă©tonner si au premier mec qui te propose un plan cul alors que tu croyais qu’il avait te passer la bague au doigt, tu te prends une claque monumentale dans la gueule!!! lol
@Laurie: Gentleman, ouais… n’empĂŞche que s’il avait fait le gros goujat, ça m’aurait pas gĂŞnĂ©e! XD
@Plipli: t’as raison, je vais m’insĂ©rer dans le crĂ©neau “histoire pour les mioches”, ça fera de la concurrence Ă madonna!
super bien Ă©cris que ce conte, je le transmet tout de suite aux studios pixars bein oui tout le monde sait que chez disney les princesses sont toutes des frustrĂ©es du cul ou de la chatte ^^ bravo et merci moi aussi j’aurais bien rie ^^
ps: (j’adore les ps) je bĂ©nie le conte ou la princesse se mariera avec sa bonne et ou le prince se tapera son Ă©cuyer ^^
j’ai un livre de prĂ©dilection il est de anne rice celle la mĂŞme qui aura mit au monde entretien avec un vampire and co , et bein elle a réécris le conte de la belle au bois dormant sous le titre; les infortunes de la belle au bois dormant^^ çà commence par le prince qui lui fait un missionnaire pour la rĂ©veiller pas mal hein ^^ http://www.amazon.fr/Les-infortunes-Belle-bois-dormant/dp/2266092030
il y’a trois tomes ^^ ils se lisent comme du petit lait par contre attention ^^ ne vous y mĂ©prenez pas, anne rice Ă travers ces trois livres aura vraiment ,mais quand je dis vraiment laissĂ© libre cours Ă son imagination ^^ perso j’ai adorĂ© enfin une femme qui Ă©cris sans complexe ^^ (y’en a d’autre,mais elle je la love ) ^^
Excellent!!!Je me suis éclatée!!!
j’espère que cela ne t’ennuiera pas si cela devient le “conte de chevet” de ma fille?
Merci!
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MĂŞme si les contes de fĂ©es finalement c’est du gros mensonge et que ton histoire ne se dĂ©roule pas comme dans un conte, tu as Ă©cris une bien belle histoire :)