Voici un petit florilège des trucs que je suis capable de dire en société et qui me valent régulièrement des regards consternés et autres cailloux sur le coin de la gueule.  Je tiens à préciser que jamais je ne lance moi-même le sujet. Mais si l’occasion se présente, je ne résiste plus… Tantôt ironique et tantôt sérieuse, je dis les choses sur le même ton neutre, le regard bien droit et le sourire en coin. Oui, je passe rarement inaperçue dans les dîners.
« Arrêtez de dire du mal des salopes. Tu crois que la vie serait aussi intense sans les salopes ? Regarde ton mec ! Pourquoi tu crois qu’il bosse autant pour gravir les échelons ? Pour mieux se faire remarquer par les salopes ! Pourquoi tu crois que tu te donnes autant de mal pour rester belle à coup de shopping et de ravalement de façade ? Pour ne pas de te faire piquer ton mec par une salope. Tu vois, ce sont elles qui animent vos instincts les plus violents : les salopes, c’est le sel de la vie. En plus, elles font tourner l’économie. La zone euro a besoin des salopes ! »
« Ce que je pense de l’épilation pubienne ? Je trouve très excitant d’entendre que pour être désirable, je dois me situer à mi-chemin entre une actrice de cul et une petite fille de huit ans. Ca m’aide vachement à me sentir femme. Et puis si les boites de cosmétiques me disaient soudainement que je suis belle sans avoir d’abord à leur donner du fric, je trouverais sûrement ça un peu louche.»
« Les clubs échangistes ? Mais tu te rends compte que ça a été inventé aux Etats-Unis dans les années 70 dans le but d’encadrer l’adultère et de limiter l’épidémie de divorce ? En fait, c’est un système de gestion restrictif permettant de préserver les institutions. Tu payes pour avoir le droit de baiser le samedi soir, de 23h à minuit, avec les gens qui sont dans la pièce. Y’a pas plus contraire au désir, pas plus conservateur, pas plus petit bourgeois. Et après, ça ose parler de libertinage… Ça me fait bien rigoler ! Le libertinage, c’est accepter l’idée que le désir peut frapper n’importe quand et lui laisser sa place dans la joie. Je revendique mon droit à être bouleversée le mardi matin à la caisse du Shopi ! »
« Avoir envie de se taper sa belle-mère, c’est de l’inceste. Ça a l’air de ne choquer personne, c’est un fantasme tellement anodin qu’on l’entend autour de n’importe quelle machine à café, mais c’est de l’inceste tout de même. Et la pub pour le parfum du mec dans l’ascenseur qui va se taper des triplettes, ben c’est de l’inceste aussi. C’est affolant de voir à quel point ça passe inaperçu. »
 « Au cas où personne ne s’en serait rendu compte, en Amazonie, y’a des gens qui vivent à poil du matin au soir et y’a pas plus de filles violées qu’ailleurs. Alors peut-être, je dis bien peut-être, que ça n’a rien à voir avec la longueur des jupes. »
« Moi je trouve ça très bien, les poupées sexuelles en silicone. On peut enfin se taper un corps de femme inerte sans avoir besoin de le déterrer avant ! Bon d’accord, c’est un peu cher, mais on sous-estime beaucoup le pouvoir d’achat des nécrophiles… Quand on pense à tous ces restos et tous ces week-ends à Venise qu’ils n’ont jamais eu à payer ! »
 « Les débats virulents pour savoir si on doit dire « Madame la proviseure, Madame l’écrivaine, Madame la PDGère,  Madame la cheftaine de chantier» c’est vraiment des considérations féministes de bourgeoises futiles qui s’emmerdent ! Les femmes, les vraies, elles aimeraient bien avoir plus de place en crèche pour pouvoir bosser tranquilles, être payées le même salaire qu’un gars et qu’on arrête de mesurer leur droit au respect en fonction du nombre de leurs amants. Accessoirement, qu’on arrête d’exciser les gamines dans le monde, aussi. Enfin, je dis ça… »
Je dis ça. Et ça m’amuse follement. Longtemps j’ai retenu mes pensées, mes critiques, mes petites piques sur la connerie ou la perversité ambiante. Maintenant, je n’y arrive plus.  Et vous savez quoi ? La lucidité est probablement l’une des causes les plus violentes de dépression nerveuse et on ne peut en sortir qu’en usant pleinement de son droit à rire de tout, à parler sans contrainte, et à être bouleversée le mardi matin à la caisse du Shopi.
(cc)Â Snowflakesarewhite
posté le 16/06/2012 | 609 vues | 4 commentaires | tags: ironie censure liberté | 2 ont aimé
Faudrait que je te présente tata Politiquement Incorrecte. C’est une vieille cousine de mon grand-père. Elle est évidemment octogénaire, mais tu la places 1/4h quelque part et elle pète un scandale. Je pense qu’elle te comprendrais parfaitement.
Ouiiiiii, je rêve d’être comme ça plus tard !!! La vieille dame qui dit la vérité vraie, qui fait honte aux adultes et mourir de rire les enfants…Et a qui on pardonne en se disant qu’elle perd un peu la tête. Ca a au moins un avantage, de vieillir.
Effectivement, Rose H, j’ai bien constaté que ça ne servait pas à grand chose, que même s’ils ont l’air de s’ouvrir un peu, ils peuvent répéter les mêmes conneries le lendemain ( surtout concernant la longueur des jupes des filles agressées…). Mais je continue tout de même à cracher mon petit fiel, ça soulage. En plus, je suis certaine que dire ce qu’on pense en dépit du public doit contribuer à lutter contre le cancer.
Merci à vous. :-)
J’aime beaucoup l’article :) Toute la lucidité que j’adore, pour toutes ces pensées que je me retiens de dire.
Amen ;)
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Rien de tel qu’un bon grand bol d’honnêteté dérangeante pour remettre les pendules à l’heure : j’adore !
Et en même temps, dans la vie, y a deux types de gens : ceux qui comprennent pas et ceux qui comprennent rien. On aura beau essayer de leur titiller un peu les neurones en bousculant un peu les codes que strictement rien de nouveau n’en sortira… Mais bravo de lever la voix (à défaut du poing) !