“Yaup” C’est complètement con… Tu aurais pu dire “bonjour” ou encore “re” mais surtout, tu aurais pu ne rien dire.
Mais au pays des ondes rien ne se fait normalement. Tu le savais très bien toi, qu’il valait mieux ne rien faire, le laisser couler parmi les ondes qui t’entourent, mais tu as l’impression de vivre un scĂ©nario usĂ©, abĂ®mĂ© et tu sais que tout cela ne mènera Ă rien.
Surplus d’Ă©go ne nuit pas, tu aimes recevoir ses flatteries Ă des heures improbables, tu aimes ne rien comprendre quand il t’appelle sans but, tu aimes savoir qu’il y aura toujours quelqu’un au bout de l’onde. VoilĂ , il est dĂ©testable, possessif, boudeur et de surcroĂ®t pas du tout Ă ton goĂ»t, mais voilĂ , un jour tu as fait cette rencontre sur la toile et tu as aimĂ© sa façon de te parler.
Tu t’en foutais Ă la limite, jusqu’Ă ce qu’il t’appelle le soir oĂą tu gĂ©missais dans ta chambre d’internat, repue de larmes et de nerfs qui explosent, repue d’angoisse et de colère. Lui, ne se doutait de rien, il ne te connaissait pas, il t’a appelĂ©e ce soir-lĂ pourtant !
Tu ne connaissais mĂŞme pas le goĂ»t de sa voix, il ne connaissait mĂŞme pas le goĂ»t de tes crises. Sans se douter de rien, il t’a rassurĂ©e sans mĂŞme savoir de quoi, ses mots Ă©taient simples, sa voix quasi incomprĂ©hensible et tu te faisais funambule sur les joints des dalles du linolĂ©um, accrochĂ©e au nouveau souffle qu’il semblait te procurer.
Ton smartphone est peu Ă peu redevenu ton meilleur ami, car Ă l’intĂ©rieur, il Ă©tait lĂ , te spamant de messages beaucoup trop chiants, trop gnan gnan et tu avais l’impression de vivre un truc inconnu, ce truc qu’on oublie toujours, la persĂ©cution des ondes dans ton pays rĂ©el car il Ă©tait ta poursuite de l’imaginaire, en rĂ©alitĂ©, tu aurais prĂ©fĂ©rĂ© qu’il soit n’importe qui.
Tu t’amusais Ă l’apprivoiser, tu t’amusais de savoir que lui raccrocher au nez Ă©tait la chose qui le frustrait le plus, il aimait que tu le frustres. Peu Ă peu, il Ă©tait devenu ton jeu prĂ©fĂ©rĂ©, vous aimiez vous embrouiller Ă longueur de journĂ©e, sans mĂŞme vous connaĂ®tre, ouais, vous aimiez vous battre avec l’habitant du tĂ©lĂ©phone, puis tu aimais surtout l’appeler pour lui faire comprendre les choses, faire la grande… mais c’est lui qui te plaignait, c’est lui qui avait voulu ça. Il n’y avait plus qu’Ă rire de raccrocher, inlassablement.
Tu avais aimĂ© le consoler, puis te plaindre Ă lui, lui envoyer de trop longs messages, dĂ©truire ses arguments, le torturer pour qu’il te rende la pareille, mais le soleil se faisait brillant, petit Ă petit tu oubliais ta crise de la semaine prĂ©cĂ©dente, tu oubliais qu’il avait adouci la dĂ©flagration, tu oubliais de lui rĂ©pondre…
Un soir, j’ai rencontrĂ© un Valentin, lors de mes vadrouilles Internet. Ă€ cette semaine oĂą il aura pensĂ© mon vide de mots, Ă cette semaine oĂą il l’aura comblĂ© d’ondes. Ă€ la rĂ©alitĂ©, qui m’a rattrapĂ©e pour me montrer ses beautĂ©s.
(cc)Â 27147
posté le 11/06/2012 | 412 vues | 1 commentaire | tags: sms virtuel rencontre | 2 ont aimé
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