Il y a un grand ciel bleu au-dessus de Paris. Il y a juste une petite brise qui nous fait frissonner en montant dans le taxi. Dedans, il fait chaud et doux. Tu soupires et la voiture démarre doucement. Je connais le trajet par cœur, je l’ai fait avec toi tant de fois. Mais jamais comme aujourd’hui. Aujourd’hui, tout est différent.
La rue des Marguerites. La rue du Niger. Le cour de Vincennes. Puis les étales de fruits, les poulets qui tournent sur leur broche, le marchand de fleurs qui arrange ses couleurs et la terrasse remplie d’un café. Dans les rues, sur les trottoirs, tout s’agite en silence derrière les vitres. Tout s’enchaîne, tout défile entre deux feux rouges où tout s’arrête.
Il y a une brocante rue des Pyrénées, une comme celles qu’on adore faire les jours d’été, d’où l’on revient avec de tout petits trésors qu’on expose dans un coin. Devant une école maternelle, la voiture s’arrête pour laisser traverser une ribambelle d’enfants derrière leur maîtresse. A la sortie du métro Maraîchers, un homme distribue des prospectus en criant des choses que personne n’écoute. Au croisement de la rue d’Avron, un couple s’embrasse assis à la terrasse du Muguet.
A la radio, ils disent que la crise est une crise systémique. Que c’est très grave. Ils disent aussi que c’est la fin du monde tel qu’on l’a connu. Et je souris. Parce que c’est vrai. Rien ne sera plus jamais comme avant désormais.
Devant leur caserne, les pompiers lavent leurs camions. Assises sous un abri-bus, deux vieilles dames rient à gorge déployée. Leur rire fait rire les jeunes gens debout à côté. Alors les passants rient aussi.
On dépasse la place Gambetta, la rue des Gâtines et la vitrine du pâtissier. Le passage des soupirs, la rue de Ménilmontant, l’avenue Simon Bolivar. Partout des gens qui marchent, mangent, courent, téléphonent, d’autres qui font leurs courses, discutent, gesticulent ou attendent. Je ne saurai jamais quoi. Partout des voitures qui vont, des voitures qui viennent, des bus remplis de gens en transit, comme nous. Je les regarde passer devant moi quelques secondes, une longue file de visages fugaces. Que des visages qui ne savent pas pour toi. C’est pour ça qu’ils n’ont l’air étonnés de rien.
On longe le parc des Buttes Chaumont où nous irons ensemble cet été, quand tout le monde travaillera et que dehors, le soleil brillera autant qu’aujourd’hui. Dans quelques minutes, on sera à la maison. Je te le dis tout bas, à l’oreille, pour ne pas te réveiller.
Le taxi nous dépose sans un mot. Il repart poursuivre sa journée avec le même regard que tous les autres. Un regard sans sourire, sans surprise. Le regard de ceux dont la journée est une journée comme les autres.
Il ne savent pas, tous ces gens. Ils ne savent pas à quel point la mienne est différente. Ils ne savent pas que j’ai dans les bras le plus précieux des trésors, la plus jolie chose au monde. Ils ne savent pas pour toi. Ma toute petite fille, fragile et endormie, au chaud tout contre moi. Ils ne savent pas qu’aujourd’hui, je te ramène à la maison pour la première fois de ta toute petite vie. Ils ne savent pas qu’il y a quatre jours, c’est un peu comme si j’étais née avec toi.
(cc) Alex Dram
posté le 04/06/2012 | 882 vues | 9 commentaires | tags: retour naissance maman bébé mouflet Ego trip | 5 ont aimé
Très belle dĂ©claration d’amour Ă ce petit bout de chou. C’est tout mignon , plein de tendresse et dit si simplement. Elle s’appelle comment? et toutes mes fĂ©licitations
HystĂ©rique, je suis hystĂ©rique. J’ai excessivement envie de spoiler le prĂ©nom, mais ça n’est pas mon rĂ´le. Je me contenterai de te souhaiter un bon retour @ home avec ta petite puce, d’Ă©normes bisous, en espĂ©rant vous voir toutes les deux très bientĂ´t… et merci infiniment pour ce sublime texte ! <3
Tu m’as arrachĂ© une petite larme! J’espère que ta fille pourra le lire un jour.
Merci les filles ! Elle s’appelle Lili et comme l’Ă©crivait Paul Eluard : elle est le grand soleil qui me monte Ă la tĂŞte quand je suis sĂ»re de moi…
c’est magnifique. il y a quelques jours, j’Ă©tais par ici sur ce site et je me disais “tiens ça fait longtemps que cecile-n n’a plus Ă©crit…” plein de belles choses pour vous.
Quel beau texte pour un si beau moment… FĂ©licitations et bon retour chez toi… Ă trois :) D’Ă©normes bisettes en espĂ©rant trinquer IRL au prochain Drink !
Bravo pour cette sublime petite déclaration. Et bravo à toi pour ta puce !
Bonjour !
Ce texte … hummm, un dĂ©lice !
Pour l’arrière grand mère que je suis que de tendres souvenirs !
je vous souhaite tout le bonheur du monde
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C’est trop jolie ce texte. Et toute mes fĂ©licitations pour ta petite puce.