« On ne badine pas avec l’Amour » d’Alfred de Musset.
Alors voilà . Je vais vous parler du XIXème siècle. D’une pièce de théâtre qui commence comme une gentille bluette et qui finit en tragédie. On était pourtant bien prévenu, voilà ce qui se passe quand on badine avec l’amour.
Il y a des vieux ridicules. Un baron, un curé, un précepteur, une gouvernante, tous sont là pour mettre la jeunesse en valeur et accentuer la critique sociale.
Il y a Perdican, le fils du baron qui vient de finir ses études. Il est le type même du jeune premier, le fils prodigue qui rentre au foyer, le jeune homme qui ne se rend pas compte du mal qu’il peut faire parce qu’il ne comprend pas grand chose aux femmes. Et puis il y a Camille, qui sort du couvent dans lequel elle a passé la majeure partie de sa vie. Elle ne rêve que d’y retourner. Le baron a prévu de les marier prochainement.
Camille et Perdican ne s’aiment pas. Pas encore. Ils vont d’abord badiner. Puis seront conscients d’avoir joué avec le bonheur qu’on leur avait offert sur un plateau. Seulement ils ont inclu dans leur badinage une toute jeune paysanne, Rosette, la sœur de lait de Camille. Elle ne badinait pas. Le fatum tragique est lancé.
Pourquoi lire « On ne badine pas avec l’amour » ?
Peut-être parce que cette situation existera toujours, parce que le langage nous permet de jouer avec les sentiments des gens, parce qu’on peut leur faire beaucoup de mal sans s’en rendre compte et que cette pièce expose à merveille le pouvoir des mots et du mensonge ; le si coutumier mensonge, celui qui consiste à faire croire que l’on aime ou que l’on aime pas. Cette pièce nous touche pour une raison simple, parce que tout le monde a été la victime naïve ou le bourreau inconscient une fois dans sa vie. Et parce que nous sommes tous susceptibles de le devenir à nouveau.
Peut-être aussi pour la vision de la condition féminine du dix-neuvième siècle, pour la description de la vie des femmes qu’on retient loin de la société avant de les marier. Puis qui retourneront au cloître une fois meurtries par un monde qu’elles ne connaissaient pas. Parce que l’argumentation de Musset est l’influencée par la vie de Georges Sand et parce que cette dénonciation du badinage laisse deviner les déboires sentimentaux qu’il a connu avec elle.
Et si ces raisons ne suffisent pas, alors je dois ajouter qu’il y a dans cette pièce quelques unes des plus belles phrases écrites sur l’Amour. Parce qu’une seule de ses phrases mérite qu’on lise l’œuvre jusqu’au bout.
Et si vous voulez un exemple alors voilĂ celui qui raisonne le plus :
« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange, mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux.
On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »
Pour ceux qui n’ont jamais lu “On ne badine pas avec l’Amour”, dites-vous que rares sont les ouvrages qui permettent d’apprendre autant sur la nature humaine. Et c’est peut-ĂŞtre aussi l’un des intĂ©rĂŞts de la littĂ©rature : pouvoir jouir de l’expĂ©rience des autres sans avoir Ă souffrir soi-mĂŞme.
posté le 12/05/2012 | 434 vues | 3 commentaires | tags: Musset badiner tragédie théâtre amour | 3 ont aimé
Il faut absolument que je lise ce bouquin. Je rĂ©alise Ă quel point j’ai quand mĂŞme pas mal de lacunes… Super article Maianna, merci beaucoup !
Merci pour cet article. Effectivement, l’homme et la femme sont des etres TRES imparfaits, et en general, on s’arrette la, on ne cherche pas plus loin et on rate beaucoup de choses… comme le veritable amour.
Moi j’en suis au point de remettre en question l’existence meme de l’Amour! oui oui a ce point!!!
J’ai etudie des extraits du livre il y a bien longtemps quand j’etais au lycee. Le passage que tu cites est le meilleur, je le connais par coeur. Il faut que je lise l’integralite! bisous et merci.
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y’a des oeuvres comme çà qui sont intemporelles ^^ merci de nous les refaires dĂ©couvrir. Celles dont je me souviens c’Ă©tait celle de l’avare je la connaissait by heart ^^