Humeurs

Au théâtre ce soir !

Françaises, Français, Moutons et Brebis, mes chers compatriotes, je me présente : Guignola. Je suis l’Incarnation parfaite du candidat à l’élection présidentielle, pour aujourd’hui comme pour les siècles des siècles, amen.

Au théâtre ce soir !Ne cherchez plus ce Sauveur de l’Humanité tant attendu qui transformera radicalement la société actuelle à l’avantage du plus grand nombre, car il ne viendra pas. Le Messie a décommandé son passage et Superman a revendu sa cape et ses collants (et je ne vous dirai pas qui les a achetés). Le mieux que vous puissiez espérer, maintenant, c’est moi.

Quand je dis « le mieux », c’est pour moi, évidemment. Mais ça, vous vous en doutiez un petit peu, au fond de vous, non ? Vous n’êtes quand même pas si bêtes (même s’il est vrai que je compte beaucoup là-dessus, je l’avoue).

Mon programme est extrêmement simple et se résume en quelques mots : me remplir au maximum les poches une fois en place. Et celles de mes amis puissants et déjà pleins de pognon, au passage.

Que vous mangiez des pâtes les vingt-cinq derniers jours du mois et que vous vous trainiez une carie pendant un an et demi parce que vous n’avez pas les moyens d’aller chez le dentiste ne me fait ni chaud, ni froid. Tout ce qui m’importe, c’est que vous payiez les divers impôts et taxes déjà existants, ainsi que ceux que je m’évertuerai à créer sur tout et rien. Croyez-moi, j’ai une imagination débordante en la matière!

Vous pensez probablement que je ne pourrai pas faire cela éternellement, que vous finirez sans aucun doute par en avoir marre et par me pousser vers la sortie. N’ayez crainte, je sais que ça n’arrivera pas. J’ai une confiance absolue en votre sens de l’obéissance et en votre panurgisme aigü.

Et puis, si jamais certains se mettent à râler trop fort, j’aurai toujours quelques cartes à abattre, bien cachées à l’intérieur de mes manches. L’immigration, l’assistanat, la crise économique mondiale…

C’est vrai qu’elles sont un peu écornées par l’usure, mais je n’ai aucun doute quant à leur efficacité. Combinées dans le bon sens, elles feront porter le chapeau aux plus démunis et vous serez tellement occupés à vous en prendre à eux que vous ne penserez même plus à protester. Un vrai jeu d’enfant!

Surtout, ne comptez pas sur moi pour embellir votre quotidien et vous assurer un avenir radieux! L’environnement m’emmerde au plus haut point, même si je fais un grand travail sur moi pour afficher le contraire. C’est d’ailleurs pour ça que je participerai à quelques conférences et signerai deux-trois accords, sans les lire. De toutes façons, ça n’a aucune importance, puisque je les piétinerai sans l’ombre d’un remord dans la deuxième partie de mon quinquennat.

Bien sûr, je sais qu’il faudrait développer des solutions écologiques et que, si je les finançais, vous ne vous en porteriez que mieux. Mais, voyez-vous, cela déplairait fortement à mes petits copains des lobbys pétroliers et nucléaires. Vous n’avez quand même pas envie de les contrarier, quand même? Allons, faites un effort, prenez donc un peu sur vous!

Et puis, si une catastrophe survient, je pourrai toujours compter sur mes laquais amis des médias pour vous persuader que vous n’êtes pas en danger. Vous n’esquisserez pas le moindre mouvement de panique une fois que David Pujadas vous aura expliqué comment les radiations vont s’arrêter au seuil de votre porte.

C’est un fait, si je suis élue, vous allez souffrir. Beaucoup. Et des magouilles, je vais en faire un paquet. Je sacrifierai la morale, la justice, la liberté et même certains d’entre vous, si cela peut multiplier de manière exponentielle la taille de mon compte en banque.

Évidemment, je ne paierai jamais pour tout ça. Dans trente ans, quand mes « affaires » éclateront au grand jour, je serai vieille et malade. Qui osera interrompre ma retraite dorée pour me mettre en prison?

Un observateur lucide objecterait que je commets une erreur en vous dévoilant mon vrai visage. Mais nous savons bien, vous et moi, que cela ne changera rien. Même en étant pleinement conscients de l’enfoirée finie que je suis, vous voterez pour moi, quoi qu’il arrive.

Alors, je me dois de saluer le peuple d’ovins que vous êtes et sans qui je ne serais rien. Oui, vous, infâme masse laborieuse et inculte. Vous qui bêlez béatement mon nom dans les meetings, vous qui me défendez becs et ongles pendant le repas familial du dimanche, vous qui serez des millions à me porter aux plus hautes fonctions de l’Etat, le mois prochain. Oui, vous, je vous dis… à dans cinq ans!

(cc)  Elfo Tógrafo

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