Culture

Les produits cosmétiques chinois en question

The Guardian, un quotidien anglais de référence a publié une enquête alarmante sur les produits cosmétiques chinois. Certains d’entres eux vendus en Europe seraient composés de collagène extrait de cadavres de condamnés à mort.

Le collagène : une véritable mine d’or

Les produits cosmétiques chinois en questionLes tissus fibreux,  les os, les tendons et la peau contiennent du collagène. Cette substance est très prisée en chirurgie esthétique. De très nombreux chercheurs lui ont reconnu des vertus anti-âges. Il est également utilisé pour gonfler les lèvres. Pour les chirurgiens, il vaut donc de l’or. Une injection de collagène coûte très cher. Il ravît tout autant les praticiens que les patients. Dans ce marché en très grande expansion, il n’est soumis à aucun contrôle strict. Il est impossible d’en savoir la provenance. À l’heure où l’on demande une meilleure traçabilité des produits alimentaires, les produits cosmétiques ne sont quasiment pas règlementés. Ils n’en demeurent pas moins légaux.

Comme le rappelle Courrier International dans un article : « ils ne subissent ni les contrôles infligés aux médicaments ni à ceux opérés sur les produits de beauté ». Ils se situent dans une zone grise. Pour éviter les dérives, il serait pourtant bon de les soumettre à une réglementation contraignante.

Le collagène chinois dans la tourmente

Cette polémique grave toucherait les laboratoires de biotechnologies situés en Chine dans la région de Heilongjiang”. Comment peut-on extraire du collagène d’un corps de condamné à mort sans autorisation préalable ou de fœtus avorté? Ce constat paraîtrait presque irréel, s’il n’avait pas été dénoncé par le Guardian. Parfois la réalité dépasse les pires scénarios de fiction.

Ces pratiques odieuses seraient récurrentes. Elles s’avèrent pourtant barbares. Elles atteignent clairement la dignité et l’intégrité humaine. Elles participent à l’idée de marchandisation des corps. Elles devraient être dénoncées par les associations défendant les droits de l’homme. Des employés de grandes firmes de cosmétiques chinoises affirment même qu’elles existent depuis un certain temps.  Ils les considèrent comme traditionnelles. Cette confirmation effroyable ne semble pas les choquer outre mesure.

Tout comme le trafic d’organes, le commerce du collagène correspond à un vrai business. Chacun cherche à obtenir du profit.

Les révélations de Wang Guoqi

Les autorités américaines connaissaient l’existence de ces pratiques. Wang Guoqi, un ancien médecin de l’armée chinoise, avait comparu devant le congrès américain en juin 2001. Lors de son témoignage, il avait annoncé “avoir participé aux prélèvements d’organes de plus de 100 prisonniers exécutés”. Ces révélations révoltantes n’ont rien changé. Plus de 10 ans après ces déclarations, ces pratiques perdurent. Les autorités chinoises nient toutes responsabilités et réfutent toutes les accusations portées contre elles.  Le docteur Wang ajoute : “les chirurgiens disséquaient les corps dans des camions garés sur les lieux d’exécution.” Ces dires révèlent le côté abject de la situation. Elles ajoutent de la cruauté à l’exécution que vient de subir le condamné à mort. Sans aucunes précautions sanitaires et médicales, les praticiens s’adonnent à des techniques illégales et dangereuses. Il persiste en avouant « avoir participé au prélèvement de la peau d’un condamné exécuté mais dont le cœur battait encore ». Cet aveu glace le sang et dépasse l’entendement. Cette opération s’apparenterait presque à de la torture.

Où est passé l’éthique ?

Cette  histoire pose des questions éthiques et médicales. Pour entreprendre de telles opérations, il faut obtenir le consentement de la personne. Évidemment, il n’a jamais été demandé. Les tissus extraits doivent subir des traitements et des vérifications. S’ils sont porteurs de virus, il faut garantir leur destruction et ne pas les utiliser. Malheureusement la réglementation européenne est trop poreuse et ne peut pas empêcher dans l’immédiat ces produits douteux. Pour qu’un pays européen puisse transformer ces lois sanitaires, il faut que ce changement soit acté au niveau européen. Cet arsenal législatif doit être revu si l’on veut éviter que de telles polémiques ressurgissent à l’avenir.

Nous utilisons des produits cosmétiques pour  nous procurer un certain bien être et nous embellir. Un vieil adage dit que la beauté n’a pas de prix. En l’occurrence, elle en a un : l’éthique. Ils ne doivent pas attenter à l’humain dans leur processus de fabrication. S’ils ne respectent pas cette éthique fondamentale, ils ne devraient pas être commercialisés. Ce scandale en cache sûrement d’autres. Rester sur nos gardes paraît la seule solution. La vigilance est donc de mise.

(cc) theinvisiblewombat

2 Responses to “Les produits cosmétiques chinois en question”

  • Malheureusement, cela n’a rien de surprenant et les associations de défense des Droits de l’Homme n’ont aucun pouvoir en Chine. On pourra difficilement empêcher ce genre de pratiques, mais on peut, en revanche, ne pas acheter les produits qui en sont issus. Personnellement, je n’utilise aucun produit cosmétique: huile de bourrache ou d’argan (super antirides, ma grand-mère s’en sert depuis toujours et elle est très peu marquée) pour le visage, huile de germe de blé pour les cheveux, pierre d’alun à la place du déo…

  • Entre ça et les corps plastifiés qui servent de pièce de musée dans le monde entier, on n’a jamais était aussi créatif pour rentabiliser ses condamnés à mort…
    C’est juste consternant.

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